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Permis de conduire : Et si les candidats pensaient à supprimer le monopole des auto-écoles ?
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Permis de conduire : Et si les candidats pensaient à supprimer le monopole des auto-écoles ?

Invité surprise de la campagne présidentielle, le permis de conduire inspire les candidats. Les propositions fusent mais constituent-elles des solutions efficaces ?

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig a fondé en 2013 le think-tank libéral GenerationLibre. Il enseigne la philosophie à Sciences Po Paris. Il a travaillé précédemment au cabinet de Christine Lagarde à Bercy, et à la BERD à Londres. Il est l’auteur de romans et d’essais, et apparaît régulièrement dans les médias, notamment à travers ses chroniques dans Les Echos et l’Opinion. 

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Atlantico : Tarifs allégés pour les chômeurs, enseignement du code dès le collège, gratuité de l'examen... pourquoi les candidats se prononcent-ils tous en faveur d'un réaménagement du permis de conduire ?

Gaspard Koenig : Il y a plus d’un million de jeunes par an qui sont inscrits dans les auto-écoles et essayent de passer leur permis. Le coût moyen du forfait (code et permis) se situe entre 1500 et 2000 euros. Les gens mettent, un an, deux, parfois plus pour passer le permis. Cela devient un véritable calvaire pour toute une génération. Cela explique que l’on comptabilise 300 000 à 400 000 conducteurs qui circulent sans permis chaque année. Par ailleurs, c’est un passage obligatoire pour tous les jeunes or ces derniers sont en âge de voter. Il s'agit donc d'un sujet à traiter pour un candidat à la présidentielle car il préoccupe un million de personnes par an.

Avoir le permis de conduire devient une véritable obsession pour les gens : ils le ratent, doivent reprendre des heures, s’endettent ... et tout cela sans compter les complications administratives N'oublions pas non plus le code, pour lequel il faut se réinscrire au code car il n’est plus valable après un an. Moi-même j’ai raté l’examen une dizaine de fois entre deux pays ! J’ai donc pu en faire l’expérience sous toutes les coutures.

Le permis de conduire constitue un domaine où il y a énormément de problèmes et d’absurdités qui persistent. Mais je ne suis pas certain que les propositions émises sans préparation et en toute improvisation par les candidats répondent au problème. On atteint un point de cafouillage bureaucratique et de pénalisation pour les jeunes, très importants.

Les propositions émises par les différents candidats peuvent-elles venir à bout des problèmes rencontrés au long du passage de l'examen ?

Nicolas Sarkozy propose que le code soit enseigné au lycée. Mais l'apprentissage du code est une aberration en lui-même ! Le code est un enseignement extrêmement simple. De plus, tous ceux qui conduisent une voiture savent que lorsqu’on connaît les panneaux « Stop » et « Cédez le passage », il suffit d’un peu de bon sens, et de connaissance du mécanisme de la voiture pour circuler. On devrait juste avoir à acheter le livre du code, ou des dvd, éventuellement avoir la possibilité de prendre des cours de code donnés par des instructeurs pour ceux qui veulent. Sous prétexte de sécurité routière on rend le passage de l'examen complexe et on impose aux gens de prendre des cours.

J’ai passé le permis en Angleterre où les situations de route sont très similaires à celles rencontrées en France mais le système est fait de telle manière que c’est beaucoup moins coûteux, moins bureaucratique et plus simple de passer le permis de conduire, à exigences égales. Vous avez en votre possession le livre de code que vous apprenez puis vous allez passer l’examen après vous y être inscrit tout seul.

Il faudrait appliquer cela en France mais personne ne le fait pour des raisons très simples : il faudrait s’attaquer aux réseaux que sont les auto-écoles sur l’enseignement de la conduite. Cela illustre un problème fondamental que nous avons en France : lorqu'un problème est créé par des monopoles ou par la mainmise de l’Etat, au lieu de le résoudre en libéralisant le système, on ajoute des normes ou des propositions encore plus compliquées.

Tout est centralisé par la préfecture, il y a donc toujours un intermédiaire  de trop qui est l’auto-école – obligatoire en France – qui introduit des absurdités dans les délais et dans les coûts de passage de l'examen. Il faut payer le salaire des moniteurs, du propriétaire de l’auto-école, le loyer des locaux... l’auto-école entretient sa rente grâce au monopole qu’elle détient.

Le choix le plus simple serait de proposer plus de libertés : il faudrait mettre toute la procédure en ligne, proposer des cours de conduite ou de code délivrés par des moniteurs brevetés par l’Etat, etc. Car il ne s’agit pas de libéraliser n’importe comment, le permis doit rester un examen officiel.

Comme en Angleterre le moniteur est un professionnel libéral. L'inscrit est, par conséquent, mieux traité puisqu'il est un client. De plus les coûts sont plus bas puisqu’on ne paye pas une structure mais un professionnel directement et le service est meilleur car un bon taux de réussite du moniteur lui permet d’attirer plus de clientèle. C’est donc un cercle vertueux.

Lorsqu’a été faite la réforme du permis en 2008 par l’équipe de Dominique Bussereau, j’ai rencontré  Jeannette Bougrab, Secrétaire d’état à la jeunesse, dans le cadre de l’écriture de mon livre. Je lui ai demandé  " Pourquoi ne vous attaquez vous pas au système des auto-écoles qui imposent des coûts très élevés ? " Elle m’a répondu : "Matignon m’a dit Faites ce que vous voulez mais ne touchez pas aux auto-écoles car vous aurez les voitures d’auto écoles dans la rue qui comme les taxis, représentent des relais d’opinion ." On demande donc de réformer un système sans s’attaquer à ce point de blocage central ni aux rentes de situation que prélèvent certaines professions parce qu’elles ont des relais au parlement et constituent des lobbys. Il existe un lobby très bien organisé des auto-écoles qui bloque toutes réformes intelligentes.

Jean-Luc Mélenchon propose la gratuité du permis à terme, est-ce possible ?

Je trouve cela absolument absurde, la gratuité n’existe pas. Qui paye ? Ce sont les contribuables, à savoir les classes moyennes. C’est une supercherie rhétorique.

En revanche on peut développer le système de bourse déjà existant pour aider ceux qui en ont le moins les moyens, au lieu de penser au blocage des prix. Pourquoi ne pas penser à faire baisser les prix simplement par les mécanismes des marchés - ce qui aujourd’hui n’existe pas dans le cas des auto-écoles - et qui, si cela était mis en place, débloquerait la situation. L’Etat va dépenser plus d’argent en voulant instaurer des mesures coûteuses au lieu de le régler de manière réglementaire.

Ce débat est symptomatique du fait que les candidats se copient les uns les autres. Il y a des différences techniques mais pas de différence idéologique entre les deux principaux candidats.

Aucun des deux candidats ne veut s’attaquer au vrai problème : il faudrait avoir une vision globale du système français, et avoir la volonté de libéraliser plusieurs professions ultra réglementées qui créent artificiellement des coûts trop élevés. Ce qui par la suite pourrait se décliner sur l’auto-école. C’est un sujet qui a sa place dans la campagne mais pas traité de cette manière.

Propos recueillis par Axelle Ewagnignon

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