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C’est aux Ukrainiens de décider, et à l’Ukraine de se réformer
©Reuters

Tribune

C’est aux Ukrainiens de décider, et à l’Ukraine de se réformer

Une tribune de l'ancien Premier ministre slovaque, Mikulas Dzurinda, actuel président du centre Wilfried Martens d'études européennes.

Mikulas Dzurinda

Mikulas Dzurinda

Mikulaš Dzurinda est un ancien Premier ministre slovaque, actuellement président du Wilfred Martens Centre for European Studies.

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Il y a un peu plus d’un an, les Ukrainiens ont élu un président pro-européen et ont fait le choix de se tourner vers l’Occident. Les nouveaux dirigeants ont déclaré être déterminés à défendre la souveraineté de l’Ukraine, à mettre en œuvre un programme de réformes administratives, économiques et sociales et à lutter contre la corruption. Ces objectifs sont ambitieux mais également essentiels pour assurer à l’Ukraine un avenir pérenne - et aux Ukrainiens une meilleure vie dans un pays plus sûr. Je suis fermement convaincu que la meilleure réponse que l’Ukraine puisse donner à l’agression russe, ce sont des réformes amenant à leur tour à une amélioration du niveau de vie du peuple ukrainien.

Malheureusement, à l’heure qu’il est le bilan des réformes n’est pas vraiment encourageant. L’Ukraine avance trop lentement. Seul un projet de loi sur deux est adopté par le parlement ukrainien. Les dirigeants politiques ukrainiens n’expliquent pas à leurs concitoyens à quel point ces réformes sont nécessaires, laissant le champ libre aux populistes et à leurs discours démagogiques. Les dirigeants comptent plus sur une aide extérieure que sur leurs propres efforts. C’est là, selon moi, le principal danger, et ce qui risque de réduire à néant l’espoir des Ukrainiens les plus progressistes : le peuple ukrainien et ses dirigeants doivent rester maîtres de leur programme de réformes. C’est l’une des conditions sine qua non du redressement de l’Ukraine.

Les pays occidentaux doivent l’accepter et résister à la tentation de "diriger" l’Ukraine. S’ils en venaient, non plus à conseiller l’Ukraine, mais à la diriger, cela aboutirait à un échec. Rien ne garantit que cette histoire connaisse un heureux dénouement. De même que les Ukrainiens ont librement choisi de se tourner vers l’Ouest, c’est à eux de décider s’ils veulent avancer dans cette voie jusqu’à destination. En tant qu’Occidentaux, nous pouvons et devons les encourager dans ce sens, en leur servant, en cours de route, des "rafraîchissements", mais ce chemin, c’est aux Ukrainiens de le parcourir. Seuls des dirigeants élus par le peuple ukrainien peuvent prendre les décisions nécessaires pour conduire les réformes car eux seuls ont la responsabilité de ces décisions.

La politique de réformes menée en Ukraine manque de clarté dans ses orientations, et dans sa prise en main, elle manque "d’engouement pour les réformes" et cela m’inquiète. J’ai l’impression que les Ukrainiens ne savent pas vraiment qui est l’architecte des réformes et qui en est leur meneur incontesté. En outre, beaucoup d’Ukrainiens et même certains de leurs dirigeants comptent sur un Plan Marshall pour l’Ukraine et croient que la solution à tous les maux de l’Ukraine viendra de l’étranger. Ils se trompent. Bien entendu, il faut aider l’Ukraine, mais pas en entretenant des attentes déraisonnables et en la berçant d’illusions : une telle attitude se retournerait contre les pays occidentaux, mais aussi contre l’Ukraine elle-même. Les Balkans occidentaux en sont un parfait exemple : les puissances occidentales ont tenu la Bosnie-Herzégovine par la main si longtemps que l’autosatisfaction de ses dirigeants et le renoncement de ses citoyens semblent avoir atteint un point de non-retour. En parallèle, des négociations entre Belgrade et Pristina avaient été initiées par l’UE parce que nous voulions parvenir à une stabilisation de la région et à la mise en place de réformes mais elles se font toujours attendre, en Serbie comme au Kosovo.

La porte vers l’Occident (à savoir l’UE et l’OTAN) devrait être ouverte à tout pays européen remplissant les conditions d’adhésion. Cependant, la décision de se rapprocher de cette porte et d’en franchir le seuil revient en premier lieu au pays concerné. Si l’on pousse ce pays de l’autre côté ou si ce pays attend qu’on l’y entraîne, cela n’aboutira à rien de bon. Soit ce pays n’arrivera même pas à se rapprocher de cette porte ou, s’il y parvient tout de même et qu’il entre, nous aurons du mal, dans notre maison commune, à trouver un langage commun. Je crois que le moment est venu de le faire savoir à nos amis ukrainiens et ce, sans équivoque.

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