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Bruno Le Maire : "De tous les candidats de la primaire, je suis le seul à dire haut et fort que nous ne pourrons plus rien faire en France à moins de changer la classe politique"
©Reuters

Entretien

Bruno Le Maire : "De tous les candidats de la primaire, je suis le seul à dire haut et fort que nous ne pourrons plus rien faire en France à moins de changer la classe politique"

Si le candidat à la primaire croit en la nécessité de réduire les dépenses publiques du pays, il refuse en revanche de se lancer dans une purge, qui aurait pour conséquence d’affaiblir l’économie française. Par ailleurs, Bruno Le Maire préfère éviter d’évoquer l’identité nationale "qui enferme", lui préférant la culture "qui ouvre".

Bruno Le Maire

Bruno Le Maire

Bruno Le Maire est député LR de l'Eure, et candidat à la primaire de la droite et du centre.

Il a été successivement directeur de cabinet de Dominique de Villepin, secrétaire d'État aux Affaires européennes et ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche.

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Atlantico : Selon un récent sondage IFOP relatif aux traits des personnalités des candidats à la primaire de la droite, vous profitez d'un regain d'opinions favorables, notamment à propos de votre capacité à tenir vos promesses, à être proche des préoccupations des Français, à réformer le pays, et à incarner le renouveau. Comment expliquez-vous une progression aussi subite, sur les 3 derniers mois seulement ?

Bruno Le Maire : Seul le travail de terrain paye. J'ai fait plus de 375 déplacements depuis 2013. J'y ai rencontré des milliers de Français et de Françaises : salariés, enseignants, artisans, demandeurs d’emploi, fonctionnaires, ouvriers, policiers, chefs d’entreprises, agriculteurs, membres d’associations, retraités, étudiants, militaires… Ce sont eux que j’écoute. Leur avis compte pour moi, beaucoup plus que les sondages. Ce sont eux qui ont fait le projet que je porte. Ce travail de terrain paye et continuera de payer, parce que les Français savent que mon projet est le leur. C’est la condition absolue pour que ce projet puisse être mis en œuvre dans un an.

Cette progression semble s'être faite au détriment d'Alain Juppé, ce qui semble valider l'ancrage de votre slogan relatif au renouveau. Cependant, n'avez vous pas peur d'être principalement identifié par un qualificatif marquant un rejet plutôt que par une offre politique clairement identifiée ? Quelle est cette offre ? De quoi Bruno Le Maire est-il le candidat ?

La soif de renouveau est considérable dans notre pays. Tous les Français ont compris que nous étions au bout d'un système politique devenu impuissant. Prenez la loi El Khomri : il n’en reste plus rien, et pourtant elle met le pays sens dessus-dessous. Nous sommes au bout d’un un modèle économique qui distribue les richesses avant de les créer. Au bout d'un système éducatif qui valorise le diplôme plus que le travail. 

En 2017, la France doit se réinventer. Une génération nouvelle doit arriver au pouvoir, sur le modèle de Matteo Renzi en Italie, de David Cameron en Grande-Bretagne ou de Justin Trudeau au Canada. Cette génération doit porter des idées nouvelles et incarner une pratique politique différente. Le renouveau est tout sauf un slogan. Le renouveau veut réinventer notre démocratie, porter au pouvoir des responsables politiques qui tiennent parole. Le renouveau veut rétablir l'autorité de l'Etat, donner aux entrepreneurs toute la liberté nécessaire pour créer des emplois. Le renouveau porte la volonté de réinventer notre système éducatif pour permettre à chaque enfant de trouver sa place en France. 

Je reviens d’un long déplacement à Toulouse puis dans l’Aude. “Qu’est-ce qui me prouve que vous le ferez ? Pourquoi vous croirait-on ?” Ces questions sont récurrentes. Nos idées peuvent être belles sur le papier, nos compatriotes doutent de notre capacité à traduire tout cela en actes. Leur doute a été renforcé par les blocages à cause de la loi El Khomri. On me dit que j’aurai la CGT contre moi, des manifestations monstres...

Ma réponse, c'est le renouvellement de la démocratie et de la méthode politique. De tous les candidats à la primaire, je suis le seul à dire haut et fort que nous ne pourrons plus rien changer en France à moins de changer au préalable la classe politique. Je propose d'organiser un référendum au deuxième tour des élections législatives en juin 2017 pour permettre ce renouvellement. Ce référendum proposera la fin définitive du cumul des mandats, la limitation à trois du nombre de mandats successifs, la réduction du parlement à 400 députés et 210 sénateurs, l'obligation pour tous les hauts fonctionnaires de démissionner de la fonction publique une fois qu'ils sont élus. Ce référendum sera le point de départ pour que notre démocratie retrouve sa dignité et notre classe politique, sa légitimité. 

Deuxième étape : la rénovation profonde de notre démocratie sociale. Sans quoi, aucune transformation d’ampleur n’est envisageable. Les bases de notre démocratie sociale ont été jetées en 1946. Nous sommes en 2016. 70 ans plus tard, il serait peut-être temps de refonder le syndicalisme de notre pays. En finir avec le syndicalisme politique pour aller vers un syndicalisme de salariés. En finir avec des syndicats qui défendent une idéologie pour les remplacer par des organisations qui défendent les intérêts de leurs adhérents. Mettons fin au monopole syndical et, pour cela, ouvrons les élections professionnelles à tous les salariés. Fixons des limites pour éviter le syndicalisme à vie : trois mandats successifs au maximum, et pas plus d'une journée par semaine consacrée à ses activités syndicales. Un représentant du personnel, c’est d'abord et avant tout un membre du personnel. 

Refonder la démocratie politique et refonder la démocratie sociale : deux nécessités absolues pour que l'on puisse mettre en oeuvre les transformations nécessaires à notre pays.

Troisième et dernier point de blocage à lever : l'administration. Celle-ci doit revenir au service de l'intérêt général et des citoyens français. Aujourd’hui, ce sont plutôt ces derniers qui sont soumis à l'administration. 

Pour cela, chaque directeur d'administration centrale recevra une lettre de mission précise contenant des objectifs chiffrés et alignés, jusque dans le détail, sur le projet présidentiel. Le directeur d'administration qui réussira à les tenir sera maintenu et celui qui n'y arrivera pas sera remercié et remplacé. 

Je veux également installer, auprès du Président de la République, une équipe dont la seule mission sera de veiller à l'application du contrat de mandat que je proposerai en septembre prochain. Ce contrat de mandat fixera de manière précise les mesures à prendre, les voies législatives à emprunter, le coût de ces mesures, leur financement et leur calendrier. Cette équipe sera chargée de suivre et d’assurer sa mise en oeuvre.

Enfin, je tiens à ce que les hauts fonctionnaires soient soumis aux mêmes règles que les salariés : en cas de faute lourde, ils devront pouvoir être licenciés.

Voilà les trois réponses à apporter aux inquiétudes profondes des Français sur notre capacité à aller au bout du changement nécessaire : rénover la démocratie politique pour qu’elle retrouve sa dignité et son efficacité, rénover la démocratie sociale et remettre l’administration au service des citoyens.

Au regard des différents sondages, il apparaît que la sociologie des électeurs de Nicolas Sarkozy est composée plus largement de CSP- et des plus jeunes, à l'inverse des autres candidats LR. Comment l'expliquez vous ? Comment souhaitez vous convaincre plus largement ?

Je suis acteur de la vie politique, je ne suis pas commentateur. Je souhaite convaincre tous les Français, quel que soit le territoire, leur origine, leur niveau de diplôme ou leur l'âge. Je veux créer un élan national. Je veux que 2017 ne soit pas un nouveau rendez-vous manqué. Ne cédons pas au fatalisme. Ouvrons de vraies perspectives. Ne nous enfermons pas dans un quinquennat unique, qui sera un horizon bouché pour la France. Le quinquennat unique c’est refuser de rendre des comptes aux Français et l’assurance que le Président sera faible dès le premier jour de son élection. Je crois au contraire que 2017 peut marquer une nouvelle page de notre histoire. 

Je dis aux Français : quelle que soit votre situation, vous pouvez participer à la réinvention de la France. En 2017, reprenons nous les mêmes qui monopolisent le pouvoir politique depuis 30 ans et nous font croire qu’ils feront demain ce qu’ils n’ont pas fait hier ou fait-on confiance à une nouvelle génération ? En 2017, continue-t-on encore 5 ans comme avant, ou est-ce que nous réinventons notre pays ? Je propose que nous lui redonnions un élan pour que notre nation soit respectée, fière de ce qu'elle est, capable de produire des richesses, d'éduquer correctement ses enfants, qu’elle soit attendue et écoutée sur la scène européenne et internationale. 

Nicolas Sarkozy, Président du parti, a récemment fait un discours qui met en avant l'identité de la France. Partagez vous l'idée du politologue Olivier Roy, qui indique que "l'identité, c'est quand on a perdu la culture" ?

Je défends la culture. Je me suis opposé au débat sur l'identité nationale, en son temps, parce que ce débat tournait en rond et n'apporterait rien. 

Je ne parle pas d'identité, je parle de culture. Je considère que l'identité enferme quand la culture ouvre. L'identité est immobile quand la culture est en mouvement. Nous sommes suffisamment forts comme pays, notre culture est suffisamment forte pour pouvoir intégrer et s’enrichir de différentes cultures. Je me rends cette semaine à La Réunion. C'est la force et l’honneur de la France que d’avoir en son sein des cultures d'outre-mer. 

La culture est au coeur de ce qui fait la France. C’est pourquoi la vraie défaite française aujourd'hui, au-delà des faiblesses sur le plan économique ou politique, est une défaite culturelle. Nous avons renoncé à ce que nous sommes en tant que nation et en temps que culture. D'abord notre langue : réaffirmons sans attendre l’importance de la langue française et la nécessité absolue pour tous les enfants de bien la maîtriser. C'est ma priorité pour l’école primaire. A l’entrée au collège, tous les enfants doivent parler, comprendre et écrire correctement le français.

C'est d'ailleurs pour cette raison que je me suis opposé à l'apprentissage de la langue arabe au CP. Il me semble que cela revient à enfermer un certain nombre d'enfants dans la culture de leur pays d'origine. Au lieu de cela, je souhaite que ces enfants soient intégrés, par la langue française, à la culture de la France.

Le combat culturel consiste à défendre ce que nous sommes comme Histoire. Faisons découvrir à nos enfants le récit historique français : d'où nous venons, ce que nous avons été, les différences de mémoires qui traversent notre pays. La commémoration de la bataille de Verdun, de ce point de vue, est un élément essentiel de l’année 2016. Il y a un siècle, des centaines de milliers d'enfants de 20 ans ont sacrifié leur vie pour que nous soyons libres. Ils l’ont fait pour que nous puissions être la nation française d'aujourd'hui. Retrouver notre histoire, c'est pouvoir reconquérir notre avenir.

La bataille culturelle consiste à affirmer haut et fort que la raison l'emporte sur le dogme. Affirmer haut et fort que les femmes sont visibles, que la nation française est une femme, que Marianne est une femme, et que nous devons combattre tous ceux qui souhaitent rendre les femmes invisibles dans l'espace public français. 

Le combat culturel, c'est un combat pour la capacité d'innovation, de création, d'inventivité de la France. Nous avons mis le principe de précaution dans la Constitution française : c'était une erreur car le génie français est un génie créatif, qui ose, qui prend des risques. Retrouvons cette culture. 

Les candidats à la primaire de la droite sont accusés depuis quelques semaines d'être entrés dans une course effrénée au libéralisme, ce qui a été critiqué par Alain Madelin ou Henri Guaino, et qui a provoqué un retour au "séguinisme" de François Fillon. Les républicains sont-ils allés trop loin ? Quel est votre positionnement par rapport à ce qui peut être perçu comme un abandon des classes moyennes ?

Je tiens mon cap. Je ne cherche pas à mettre de l'eau dans mon vin ou à corriger mon projet au gré des commentaires de François Hollande. Faut-il réduire les dépenses publiques ? Oui. Il faudra les réduire notamment car je m’interdis de recourir aux augmentations d’impôts, qui ont été la solution de facilité constamment utilisée par les gouvernements depuis 30 ans. Je veux rompre avec cette pratique. Il faudra donc réduire les dépenses. Mais on peut le faire de manière progressive et intelligente : hors de question d’infliger une purge aux Français. C'est ce que je dis depuis des mois. 

Car une purge affaiblirait la perspective d'un retour de la croissance. Elle nous empêcherait de faire les investissements nécessaires, notamment dans les forces armées et de la Justice.  

La réduction des dépenses publiques doit s'accompagner de réformes de structures sur lesquelles nous avons fait l'impasse depuis 30 ans. Je réaffirme que ces réformes ne peuvent plus attendre. Oui, il est indispensable de réformer l'indemnisation du chômage et d'introduire le principe de dégressivité. Oui, il est indispensable de réformer Pôle Emploi pour mieux accompagner les chômeurs, et leur donner la qualification et la formation dont ils ont besoin. Oui, il est indispensable de simplifier le droit du travail pour faciliter l'acte d'embauche de la part des entrepreneurs. Oui, je compte bien supprimer le statut de la fonction publique territoriale. Il me semble que ce statut ne correspond à rien de nécessaire pour l'intérêt général. Les communes, les départements, les régions auront plus de souplesse pour maîtriser leurs dépenses. 

Mon équilibre a toujours été le même : réduire les dépenses publiques sans pour autant faire de purge. Mon fil conducteur est constant : remettre de la justice dans notre pays, passer du social à la solidarité, retrouver un esprit de conquête.

Quel est votre sentiment au regard du bilan de la loi El Khomri ? Quelles sont les leçons à tirer pour une éventuelle alternance en 2017 ?

La seule leçon à en tirer, c'est que le gouvernement et le Président de la République s'y sont pris comme des amateurs. Pour commencer, ils ont été incapables de dire clairement leurs intentions. Puis ils ont échoué à donner du sens à cette loi, qui du coup a été perçue par beaucoup de salariés comme une agression. 

Enfin, ils se sont mis à négocier avec des gens qui ne voulaient pas le faire, et ont tout perdu. C'est bien ce qui est arrivé : le gouvernement a voulu négocier avec la CGT, or la CGT ne voulait rien négocier. Moyennant quoi ils ont perdu la substance du texte et récolté le désordre dans la rue. 

Le gouvernement et le Président ont tout perdu dans cette affaire. Le peu de crédibilité qu'ils avaient encore a été englouti. 

Négliger la majorité pour négocier avec les minorités est une erreur. Si je suis élu Président de la République en mai 2017, je ne négocierai pas avec les syndicats car mon projet aura été approuvé par une majorité, qui attendra que je le mette en œuvre rapidement au lieu d’ouvrir d’interminables discussions avec les syndicats. La dictature des minorités, ça suffit ! Le principe de la démocratie, c'est que la majorité l'emporte sur les minorités. Il serait bon que ce principe démocratique simple trouve à s’appliquer lors du prochain quinquennat. 

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