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Le Footsie monte, les taux anglais remontent aussi, et finalement reviennent au niveau post-Brexit.
Le Footsie monte, les taux anglais remontent aussi, et finalement reviennent au niveau post-Brexit.
©Reuters

Lendemains qui oublient de pleurer

Brexit, suite : les secrets de cette croissance britannique qui défie les prédictions cataclysmiques

Alors que de nombreux experts ont prédit un avenir catastrophique à l'économie britannique suite à la sortie du pays de l'Union européenne, toutes les variables macro-économiques affichent de bons résultats. Le Brexit pourrait ainsi s'avérer une opération très peu préjudiciable.

Mathieu  Mucherie

Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Atlantico : La croissance a atteint 0,5% sur le troisième trimestre, contre les 0,2% prévus par la Banque d'Angleterre il y a un mois. Nombreux étaient les observateurs qui tablaient sur une baisse de la croissance à la suite du Brexit, mais la croissance depuis l'année dernière a atteint 2,3%, un chiffre nettement élevé pour un pays en situation économique périlleuse. Qu'est-ce qui explique le décalage entre ces résultats et les prévisions pessimistes annoncées ?

Mathieu Mucherie : Le PIB britannique n'est pas la seule donnée à se comporter de manière satisfaisante : c'est bien l'ensemble des variables macroéconomiques (dont le chômage) qui donne de bons résultats. Pour le moment, effectivement, on ne voit pas de trace matérialisée du Brexit dans les données macroéconomiques. 

Si l'on a noté un ralentissement par rapport à la croissance de 3% que le pays connaissait, il faut souligner le fait que celui-ci a commencé avant le Brexit, et d'ailleurs cette tendance n'avait pas vocation à rester à ce niveau pour un pays comme l'Angleterre. Mais même ce ralentissement est resté mesuré.

Les seules variables qui ont bougé de façon excessive sont le taux d'inflation (peut-être pour de bonnes raisons d'ailleurs...) et le sterling. Sauf que cette baisse a aussi permis de faire monter la bourse. Le Footsie monte, les taux anglais remontent, et finalement reviennent au niveau post-Brexit. 

La baisse de la livre à la suite du Brexit a fortement relancé le tourisme en Angleterre. Quel est l'effet de cette dévaluation, considérée comme le symbole des dangers économiques et financiers pesant sur le Royaume-Uni aujourd'hui sur la situation économique britannique ?

C'est possible, mais il y a aussi probablement eu une sortie de capitaux. Il est aussi possible que certains aient cru que le moment était venu de faire ses emplettes, qu'elles soient touristiques ou en termes d'actif. Si vous êtes un rationnel, que vous êtes en euro (et que donc les rendements sont faibles), une monnaie comme le sterling, qui baisse de 25 points de pourcentage en 9 mois contre votre monnaie pourrait vous intéresser au point d'acquérir des actifs au Royaume-Uni. Il est toujours dangereux de ramasser un couteau qui tombe mais actuellement, c'est peut-être le moment d'acheter une entreprise anglaise, et un certain nombre d'autres actifs anglais libellés en sterling.

Il suffirait que la Banque d’Angleterre refuse les taux négatifs et qu'elle n'aille pas plus loin dans son programme de Quantitative Easing pour ne pas avoir de dévaluation supplémentaire du sterling. Avec la forte probabilité qu'il reprenne 10 points... Compte-tenu de la résilience du marché des actions britannique, et compte-tenu de la très faible cherté du sterling, des investisseurs peuvent être attirés.

A lire également sur notre site : Big Surprise ! La croissance britannique résiste aux Cassandre du Brexit : que reste-t-il de crédibilité aux experts qui nous gouvernent (et qui ont tant d’avis très politiques) ?

En gros, nous avons là une monnaie qui joue son rôle d'amortisseur : celui de la flexibilité des changes (et que nous n'avons pas avec l'euro). C'est comme avec la crise financière de 1992 mais en mieux : en 1992, les Anglais avaient été punis mais aujourd'hui, il n'y a pas de remontée de taux aussi violente. De plus, il se pourrait que la baisse de la livre sterling soit encore plus favorable qu'à cette époque. A court terme, les esprits malins de la zone euro jubilent et pensent récupérer une partie de la City, mais à moyen terme on s'apercevra, à mon avis, que le Brexit n'était pas si irrationnelle que cela. D'autant que cette baisse risque d'amortir une énorme partie des chocs. Il faut bien noter que les vrais chocs sont monétaires, et que les autres chocs, en dehors des chocs comme celui de Fukushima au Japon, deviennent en réalité indolore avec une bonne politique monétaire.

Peut-on s'attendre à un effondrement ou une détérioration dans les mois ou années à venir, ou est-ce que là encore, les experts se trompent majoritairement ?

On est obligés de les écouter car on entend dans tous les médias des discours catastrophistes sur l'avenir de l'économie anglaise. Personnellement, je les entendais déjà dans les années 1980-1990... A Sciences-po, tous les cours nous disaient déjà que l'Angleterre avait raté une magnifique opportunité en n'entrant pas dans la zone euro, et même que la City était morte. C'était au moment précis où la City nous a pourtant littéralement dévoré... 

Non, si véritablement on était dans une logique catastrophiste, on le verrait à la bourse anglaise, or elle a pris 10% depuis le Brexit. Soit les investisseurs sont totalement irrationnels, soit ils font confiance à la Banque d'Angleterre pour amortir 75% du choc. 

La réalité c'est que le Trésor britannique, qui annonçait des conséquences horribles en cas de sortie, est obligée de se rétracter. Il semble qu'elle ait agit sur commande et pour le compte du "remain". Si la Banque d'Angleterre continue à être pragmatique et accommodante, et si on n'a pas une France qui se cabre, qui souhaite sanctionner l'Angleterre par dessus tout, le Brexit pourrait s'avérer être une opération très peu préjudiciable. 

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