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Jean-Louis Borloo est-il l'ultime chance de François Bayrou ?
Jean-Louis Borloo est-il l'ultime chance de François Bayrou ?
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Retour au bercail

Borloo est-il la dernière chance pour Bayrou de sauver le Modem d'une mort certaine ?

Alors que l'université de rentrée du Modem s'ouvrira ce mercredi, François Bayrou est sorti de son silence dimanche en tendant la main à l'UDI de Jean-Louis Borloo, afin de réunir la famille centriste. Une stratégie qui signe l'échec de sa stratégie d'indépendance vis-à-vis de la droite et de la gauche.

Jean Garrigues

Jean Garrigues

Jean Garrigues est historien, spécialiste d'histoire politique.

Il est professeur d'histoire contemporaine à l' Université d'Orléans et à Sciences Po Paris.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages comme Histoire du Parlement de 1789 à nos jours (Armand Colin, 2007), La France de la Ve République 1958-2008  (Armand Colin, 2008) et Les hommes providentiels : histoire d’une fascination française (Seuil, 2012). Son dernier livre, Le monde selon Clemenceau est paru en 2014 aux éditions Tallandier. 

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Atlantico : Alors que l'université de rentrée du Modem se déroulera du 26 au 28 septembre à Guidel (Morbihan), François Bayrou est sorti de son silence dimanche sur Europe 1 en tendant la main à l’UDI de Jean-Louis Borloo, afin de créer une force politique unie au centre. Une famille centriste unie signerait-elle le retour de l'UDF ?

Jean Garrigues : Il y a une contradiction terrible entre la stratégie de François Bayrou depuis 2002 - construire une force autonome du centre - et le fait de revenir aujourd’hui à ce qui a été la stratégie traditionnelle des centristes, à savoir être un allié électoral de la droite. Alliance électorale qui a toujours été la stratégie de Jean-Louis Borloo.

Voila que François Bayrou, qui avait créé le Modem justement pour échapper à cette tradition d'alliances, se montre favorable à une fédération qui reprendrait exactement ce que Valéry Giscard-d’Estaing avait voulu faire avec l’UDF, c'est-à-dire une formation qui représente toutes les sensibilités centristes. L’UDI et le Modem se représenteraient vraiment comme une nouvelle UDF.

Or, depuis 2002, la raison-d’être de François Bayrou était d’empêcher les centristes d’entrer à l’UMP. Cette stratégie s’est soldée par l’autonomie complète, le refus de voter la confiance à Dominique de Villepin, etc.

Certes, pour l’instant, ce n'est qu'une main tendue. Ca ne veut pas dire que le Modem entrera dans cette nouvelle fédération créée par Jean-Louis Borloo. Pour l’instant, ce n’est qu’un premier pas, mais un premier pas très déroutant.

François Bayrou avait pourtant, depuis plusieurs années, répété que le centre ne pouvait être ni de droite, ni de gauche et que l’on ne pouvait être du centre si l’on estimait que l’on ne pouvait travailler qu’avec l’une des deux formations, ce qui est la position de Jean-Louis Borloo. Pourquoi un tel changement de posture ?

Cela s’explique par la débâcle totale du Modem à l’élection présidentielle et aux législatives. Ils n’ont plus de groupe parlementaire et ont perdu énormément de leurs élus locaux et nationaux entre 2002 et 2012. Il y a aussi eu une déperdition des militants : en 2007, le Modem en revendiquait 60.000… Aujourd’hui ils n’en ont peut-être pas le quart…

Il y a une perte de substance, un désarroi stratégique au Modem, dont certains cadres sont partis à l’UDI, alors que d'autres se réclament de la majorité présidentielle. On est dans un paysage totalement désuni. Malheureusement, c’est quelque chose qui relève d’une sorte de récurrence au centre : une division permanente.

Cette débâcle du Modem est-elle la preuve que l’indépendance totale est utopique, et qu’il est temps de choisir son camp ?

On peut tirer cette conclusion des résultats des élections de 2012. Dans la mesure où, d'une part, l’espace politique du centre s’est refermé du fait du positionnement plus centriste de François Hollande, et d'autre part que l’image anti-système que portait Bayrou en 2007 est aujourd’hui de plus en plus annexée par le Front de gauche et le Front national, on ne peut qu’en revenir à une sorte d’identité traditionnelle qui est celle d’un complément de la droite.

D’ailleurs, au moment des législatives, une bonne partie de l’électorat centriste s’est reporté sur les candidats de l’UMP. Le tropisme de l’alliance à droite est revenu très fortement en 2012, par le biais des électeurs. Il s’était déjà manifesté de façon spectaculaire en 2007, cette fois au niveau des cadres, lorsque les trois quarts du groupe parlementaire de l’UDF avaient rejoint Sarkozy entre les deux tours, avant de constituer le nouveau centre.

François Bayrou avait obtenu 18,57% des voix au premier tour de l'élection présidentielle de 2007. Ce score était-il un accident, ou la preuve qu'un réel espace politique existe au centre... et dans ce cas, où est-il passé ?

Il y a une base électorale centriste, qui tourne autour de 5 et 10% des voix, qui avait doublé grâce à la campagne de François Bayrou, mais surtout parce que les électeurs ne se retrouvaient pas dans les valeurs et l’image de Ségolène Royal. On est depuis revenu à un espace politique réduit pour le centre, espace qui tant à être occupé par Jean-Louis Borloo.

La question du leadership du centre se pose donc aujourd’hui, et de manière négative pour François Baryou. Contrairement à Borloo, sa stratégie n’est plus cohérente pour les militants et les électeurs, alors que Jean-Louis Borloo a l'avantage d’avoir toujours été très clairement dans l’alliance à droite.

François Bayrou a eu plusieurs stratégies. Cette main tendue en est-elle une nouvelle ? On ne le sait pas encore, mais ce problème de lisibilité est rédhibitoire.

Dans le cas où le Modem rejoignait vraiment l'UDI, la famille centriste réunie pourrait-elle peser en 2017 ?

Il faut prendre le référent de 1974, puisque c’est la seule élection pour laquelle un candidat centriste l’a emporté sur un candidat de droite traditionnelle, Jacques Chaban Delmas.

Mais pour qu’un espace important se libère pour les centristes, il faut plusieurs conditions : un désaveu très massif de la gauche et une division au sein de l’UMP. Et le mieux pour les centristes serait que la flexion à droite de l’UMP se confirme. A ces conditions-là, il y aurait un peu plus d’espace pour les centristes, à moins qu’au fond la stratégie de Borloo soit de ménager cette position d’alliance traditionnelle, c'est-à-dire de maintenir le cap d’une famille centriste qui serait l’appoint de la droite.

Cela lui permettrait de ménager les intérêts d’un groupe parlementaire centriste, d'obtenir des portefeuilles ministériels et une influence politique, voire d'accéder à Matignon en cas de victoire de la droite. C’est plus ce scénario qui se profilerait, Borloo n’étant pas dans la rupture avec la droite.

Propos recueillis par Morgan Bourven

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