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Joe Biden a affirmé, dans une interview, que le président russe, Vladimir Poutine, était "un tueur". Que cache cette stratégie américaine face à la Russie ?
Joe Biden a affirmé, dans une interview, que le président russe, Vladimir Poutine, était "un tueur". Que cache cette stratégie américaine face à la Russie ?
©Eric BARADAT, Alexey NIKOLSKY / AFP / Sputnik

Climat de guerre froide ?

Biden/Poutine : deux ennemis pratiques l’un pour l’autre

Joe Biden a affirmé, dans une interview diffusée mercredi, que le président russe, Vladimir Poutine, était "un tueur". Les pressions sont nombreuses à Washington pour durcir le ton face à la Russie, après le mandat de Donald Trump. Quel est l'objectif de cette stratégie de communication de Joe Biden ?

Florent Parmentier

Florent Parmentier

Florent Parmentier est enseignant à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié La Moldavie à la croisée des mondes (avec Josette Durrieu) ainsi que Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

 

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Atlantico : Lors d'une interview accordée à la chaîne ABC, Joe Biden a affirmé vouloir faire "payer" au président russe l'ingérence dans les élections américaines de 2016 et 2020. Dans ce même entretien, il est même allé jusqu’à le qualifier de "tueur". En réponse Vladimir Poutine a rebondi sur ces propos par un placide "C'est celui qui le dit qui l'est" puis a ajouté défendre "travailler avec eux aux conditions qui seront avantageuses pour nous". Quel est l’objectif de cette saillie de Joe Biden ?

Florent Parmentier : L’entretien de Joe Biden à la télévision américaine traitait de nombreux problèmes nationaux et internationaux, allant de la lutte contre la pandémie à la relation problématique avec l'Arabie saoudite et aux perspectives encore peu claires de retrait du contingent américain d'Afghanistan. La saillie concernant Vladimir Poutine n’est donc qu’un élément de cet entretien, et c’est le présentateur qui a fait réagir Joe Biden avec ce mot.

Le Président américain doit se comprendre selon plusieurs niveaux de discours. Il y a clairement un discours interne, pour se démarquer de Donald Trump et évoquer les soupçons d’ingérence russe sur les élections de 2016. C’est également un discours interne à Washington dans la mesure où il existe également un fort courant hostile à la Russie au Congrès américain, y compris au sein des républicains : de nouvelles sanctions contre Nord Stream 2 avaient été prises sous Trump. Il existe également un discours vis-à-vis de ses alliés traditionnels, notamment en Europe, afin de les « rassurer » sur les intentions américaines, à un moment où les relations avec la Russie sont également compliquées. Enfin, il y a bien un niveau bilatéral dans le discours, une manière de montrer que Vladimir Poutine n’impressionne pas le Président américain.

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Sur le fond, Joe Biden tente d’apparaître dans la lignée classique de la politique étrangère américaine, avec une attention plus fort porté aux droits de l'homme. Cela n’a pas empêché le président américain de tempérer sa déclaration au cours de l’entretien, notamment sur la question du nucléaire : « Nous avons des domaines où nos intérêts coïncident. Par conséquent, j'ai prolongé le Traité START (Traité sur les mesures visant à réduire et à limiter davantage les armes stratégiques offensives). »

En représailles, la Russie a annoncé qu'elle rappelait dès ce samedi son ambassadeur, pour des consultations sur l'avenir de la relation russo-américaine. Est-ce la preuve que ceux qui pensaient que Biden allait renouer avec des relations internationales apaisées se sont trompés ?

La réponse des Russes ne s'est pas faite attendre. Vladimir Poutine lui-même est descendu dans l'arène, en évoquant l’idée qu’on voit généralement le monde à travers son propre miroir – en d’autres termes, selon l’adage infantile, « c’est celui qui le dit qui l’est ». Dans la foulée de ces déclarations, la Russie a effectivement rappelé son ambassadeur, une première depuis 1998.

Joe Biden va chercher à se différencier de son prédécesseur, parler de multilatéralisme et taper sur la Russie est une manière montrer un retour à la normale. En matière de politique internationale, pourtant, on ne se baigne jamais totalement dans le même fleuve : la Chine s’est renforcée depuis que Biden a quitté la vice-présidence, les Européens ont été réellement déçus par le comportement américain, dont ils ne peuvent plus présupposer la fiabilité ad vitam aeternam. Le monde d’avant Trump n’était pas stable par nature, et nous n’y retournons pas de toute façon, tant les déséquilibres et les points de conflits sont nombreux.

Après la Chine, Biden revient-il a une opposition plus traditionnelle contre la Russie ?

De manière intéressante, l’accusation d’ingérence contre la Russie passe totalement sous silence la Chine, qui n’est pas mentionné dans le rapport des renseignements qui accusent la Russie. Or, le camp Républicain soupçonne la Chine d’avoir déstabilisé son candidat, affichant une attitude négative vis-à-vis de Trump.  

Il est donc tentant de revenir à une opposition traditionnelle à la Russie, mais la vraie puissance montante est la Chine. Les principaux défis seront vraisemblablement liés à elle. Ce facteur externe risque de peser davantage à l’avenir entre Républicains et Démocrates, chaque camp dénigrant la vanité et la naïveté de l’autre. 

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