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Photo prise lors du printemps de Prague, en 1968.
©AFP

« Instantanés »

Benoît Rayski : "Ma plus belle rencontre a été celle avec un jeune Tchèque qui ne voulait pas mourir anonyme"

Et à la fin de mon article j’ai donné son nom.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Atlantico.fr : Vous publiez "Instantanés" aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Vous esquissez les portraits, sur le vif, de grandes personnalités qui ont façonné l'histoire contemporaine, de manière satirique et parfois féroce. Quels sont les principaux enseignements de ces rencontres ? Que retenez-vous de ces expériences ? Qu'avez-vous souhaité proposer aux lecteurs à travers ces portraits croisés, ces "choses vues" sur de nombreuses et éminentes personnalités ? 

Benoît Rayski : J’ai voulu montrer une part de la vérité des personnalités que j’ai croisées. Pas toute la vérité bien sûr. Mais ce que j’ai saisi, ce que j’ai ressenti. Et ce qui les éclaire d’un jour peu connu. Et qui donne à voir un aspect de leur personnalité bien plus qu’un long entretien convenu.

Vous relatez vos rencontres avec des personnalités illustres ou des figures majeures de la vie politique comme Jacques Chirac, Yasser Arafat, Valérie Giscard d'Estaing, Jean-Marie Le Pen, Lech Walesa, Jean-Pierre Chevènement... Considérez-vous que les personnalités de la classe politique et de la sphère médiatique actuelle n'ont plus la même épaisseur et la même "saveur" confrontées aux récits de vos "Instantanés" ? 

Les grands hommes sont grands quand l’Histoire est grande. C’est l’Histoire qui leur permet d’être grands. S’agissant d’aujourd’hui, il me faut, hélas, considérer que l’Histoire est petite. Les hommes qui nous gouvernent le sont également.

Vous brocardez le métier de journaliste avec votre plume et beaucoup d'humour, notamment sur le rôle ingrat des journalistes et sur les longs moments d'attente avant les interviews (notamment dans vos chapitres sur Jacques Chirac, Yasser Arafat ou bien encore Marguerite Duras). Vous offrez une plongée aux lecteurs dans votre quotidien et dans votre carrière à travers votre ouvrage. Quelle est votre vision sur la profession et sur vos années consacrées au journalisme ? 

Le journalisme est un foutu métier. J’ose espérer que ce n’est pas un métier foutu. Encore que j’ai quelques doutes sur la question. Dans le journalisme il y a eu, et je les ai connues, des grandeurs et des servitudes. J’ai eu les deux. Et je ne m’en plains pas.  

Vous décrivez dans votre livre des moments de carrière de journaliste que vous considérez comme peu glorieux (papier de commande, complaisance, petits arrangements avec la vérité…) mais finalement quel est le plus grand danger pour les journalistes ? Etre dépendant des opinions du propriétaire de leur journal ou prisonnier de leur politique ?

Le journalisme est toujours un métier complexe et dangereux. Etre dépendant des opinions du propriétaire ? Certes mais on peut toujours quitter le propriétaire quand on n’est pas d’accord avec ses opinions ou avec ce qu’il cherche à vous imposer. Ça m’est arrivé à plusieurs reprises et j’en suis fier.

Certains défendent l’idée que le meilleur est celui qui ne se préoccupe que des faits et pas de politique.

Le journalisme, même quand le journalisme s’en défend, est toujours un journalisme d’opinion. Le journaliste est un être humain. Il a des partis pris politiques, des sentiments, des ressentiments. Pour l’essentiel, le journaliste quand il choisit son média, et qu’il y reste, a pour objectif de mettre en clair le discours confus et contradictoire du lecteur. Le journalisme est donc nécessairement d’opinion à cette réserve près qu’il doit avant tout prendre en compte l’opinion de ses lecteurs.

Quelle a été la rencontre qui vous a le plus touché ?   

Celle d’un jeune Tchèque. J’étais à Prague, occupée alors par l’armée soviétique. Un contact m’a dit : « viens avec moi à la faculté de théologie protestante : il y a là-bas un étudiant qui fait la grève de la faim, seul, oublié de tous. Ça lui fera du bien de rencontrer un journaliste ». L’étudiant était allongé sur un lit, un verre d’eau près de lui. Il était émacié, fatigué, parlait difficilement. Je lui ai demandé : « Pourquoi faîtes-vous la grève de la faim ? ». Il m’a répondu : « Je veux protester contre l’occupation soviétique ». J’ai enchaîné : « Mais à quoi ça sert puisque personne ne sait que vous faites la grève de la faim ». Il m’a répondu en levant les yeux vers le haut : « Si, Dieu ! ». Je lui ai dit que j’allais faire un article sur lui et que, bien sûr, je ne donnerai pas son nom pour qu’il ne soit pas  arrêté par la police. Il m’a répondu : « Si, mettez mon nom. Je ne veux pas mourir anonyme ». A la fin de mon article, j’ai effectivement mis son nom. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Rentré à Paris, j’ai été pris par d’autres tâches. Et ça, c’est la mauvaise part du journalisme. J’aurai mille fois mieux fait de chercher à savoir ce qui lui était arrivé. Pris par un boulot imbécile, je ne l’ai pas fait. Et ça je le regretterai toujours.

Benoît Rayski publie "Instantanés" aux éditions Pierre-Guillaume de Roux

Deux extraits de l'ouvrage :

- “Tout le monde n’a pas la chance d’avoir eu comme patron un ancien garde du corps de Trotski”

- "Marguerite Duras, sans doute l’entretien le plus réussi de ma carrière"

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