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Benoît Hamon face aux syndicats de l’Education nationale : un ajustement des rythmes scolaires à haut risque
©AFP

Face à face

Benoît Hamon face aux syndicats de l’Education nationale : un ajustement des rythmes scolaires à haut risque

Benoît Hamon reçoit ce vendredi 18 avril les représentants syndicaux de l'Education nationale pour discuter de sa future loi de refondation de l'école. Un rendez-vous important pour le nouveau ministre, qui a annoncé jeudi qu'un texte de complément sur les rythmes scolaires était sur le point d'être publié.

Jean-Rémi Girard

Jean-Rémi Girard

Jean-Rémi Girard est vice-président du SNALC-FGAF (Syndicat National des Lycées et Collèges). 

Il tient le blog sur l'Education nationale "Je Suis en retard" : http://celeblog.over-blog.com

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Atlantico : Le ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la recherche présente ses grandes orientations pour la refonde de l'école. Il prend la suite d'un Vincent Peillon qui a laissé plusieurs chantiers en suspens. Quels sont les principaux enjeux lancés par son prédécesseur sur lesquels il sera attendu ?

Jean-Rémi Girard : Les principaux chantiers sont bien évidemment la réforme des rythmes scolaires qui ont cristallisé beaucoup de mécontentements, mais aussi la question de la formation des professeurs, et la rénovation du collège.

Pour la question des rythmes scolaires, la ligne de fracture tient au fait que les enfants sont confiés à des animateurs recrutés on ne sait trop comment et que ces derniers investissent les lieux de l’école pour y faire parfois des choses très bien, mais d’autres fois des choses beaucoup plus discutables.

Pour la formation des professeurs, nous étions dans un système où les jeunes enseignants n’avaient quasiment plus de formation. Vincent Peillon a remis en place des centres de formation qu’il a appelé les ESPE (Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation). Malheureusement, ces nouvelles structures ressemblent comme deux gouttes d’eau aux anciens IUFM avec les mêmes dérives : formation idéologique, déconnectée de la réalité du terrain, et des stagiaires qui ont le sentiment de perdre leur temps.

Pour le collège, une grande transformation avait été annoncée sous Vincent Peillon. Depuis, plus rien. Benoît Hamon va donc devoir décider s’il se saisit du sujet. L’enjeu sur ce sujet, c’est de savoir s’il y aura des enseignements plus transdisciplinaires au collège, si les options vont disparaître pour que tout le monde ait approximativement le même nombre d’heures de cours, et ce que doit devenir l’enseignement du latin et du grec qui sont menacés.    

La question des moyens revient souvent dans les revendications du monde enseignant. Est-ce vraiment un enjeu ? Qui a besoin de moyens ?

Si l’on regarde un minimum les comparaisons internationales, notamment dans le cas du collège. Il va y avoir des augmentations d’effectifs dans le second degré dès la rentrée prochaine et que d’autre part, le point d’indice étant gelé, les enseignants sont assez méfiants quant à l’image globale de leur métier, ce qui entraîne toujours des problèmes de recrutement lors des concours.

Les grandes réformes de l'école semblent souvent bloquées à cause du statut des enseignants qui date de 1950 (même s’il a été légèrement réformé sous Vincent Peillon). Faut-il le réformer en profondeur pour pouvoir enfin lancer les grands chantiers ?

Vincent Peillon a effectivement modifié ce décret. IL n’a pas touché cependant aux les heures hebdomadaires que doivent effectuer les enseignants. Il y aura cependant la reconnaissance de nouvelles missions, et une pondération horaire pour les enseignants dans les établissements les plus difficiles. Je ne pense pas cependant que le statut des enseignants empêche de faire des réformes structurelles. On a bien réussi à faire le collège unique ou à réformer les voies du lycée sans toucher au statut de 1950. C’est plutôt la volonté politique qui caractérise la capacité de mener des grandes réformes, pas le statut. Or, au ministère, vous retrouvez souvent les mêmes personnes avec les mêmes idées, ce qui aboutit toujours à la même chose. Un ministre doit savoir s’imposer vis-à-vis de sa propre administration pour pouvoir agir.

Les annonces du Premier ministre Manuel Valls sur le gel du point d'indice ont jeté un froid dans la fonction publique. Benoît Hamon pourra-t-il être un ministre réformateur dans une ambiance aussi crispée ?

C’est effectivement difficile quand il n’y a pas d’argent à proposer. Mais certaines réformes qui amélioreraient les conditions de travail et la manière de faire évoluer les élèves, sans qu’elles coûtent quoi que ce soit sont possibles. Mais à partir du moment où les professeurs risquent de voir des possibles dégradations, il y a immédiatement le retour de bâton de la part des enseignants, comme on l’a vu dans le primaire lors de la mise en place des nouveaux rythmes scolaires, ou dans les classes préparatoires lorsque l’on a voulu revoir les rémunérations. On ne peut pas aller sur ce terrain si l’on veut avoir tout le monde de son côté pour mener de vraies réformes de fond.

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