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La BCE, pompier pyromane 
de la crise incapable d’apprendre 
de ses erreurs passées
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Banque bien pâle

La BCE, pompier pyromane de la crise incapable d’apprendre de ses erreurs passées

Mario Draghi multiplie les recommandations aux dirigeants européens. La Banque centrale européenne, malgré les apparences, semble pourtant ne pas contrôler la situation. Pire, elle pourrait ne pas avoir tiré les conclusions de précédents, comme la crise asiatique de 1997.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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11% de chômage, des anticipations de taux d’inflation à 0,71% en Allemagne pour les cinq prochaines années (taux breakeven 5 ans au 4/06/2012), une récession frappant l’ensemble de la zone Euro ... et pourtant rien ne se passe. La Banque Centrale Européenne est aujourd’hui la cause du désastre Européen et ne semble ni vouloir s’en rendre compte, ni modifier quoi que ce soit d’un système qui prouve depuis 2008 sa totale inefficacité économique.

Le rôle d’une banque centrale est de contrôler le niveau de la demande (ou son synonyme le PIB nominal) à savoir la somme de la croissance et de l’inflation. Ce rôle a pour objectif de permettre un développement économique stable et optimal. La faillite de l’action de l’autorité monétaire est dès lors une évidence flagrante et ne provoque pourtant que peu de réactions. Il est même toléré que son président, Mario Draghi, se permette de faire quelques recommandations aux dirigeants Européens sur les politiques nationales à mettre en place. Pour rappel, ces différentes recommandations de politique de l’offre sont insignifiantes dans le contexte actuel, bien que nécessaires sur le long terme.

L’objectif n’est pas ici de provoquer de l’inflation mais d’exiger de la banque centrale qu’elle remplisse le mandat qui est le sien, stabiliser les attentes et faire évoluer les anticipations d’inflation à un niveau de l’ordre de 2%. Nous en sommes aujourd’hui très loin et cela signifie que la politique monétaire est historiquement contraignante, et ce malgré des taux directeurs extrêmement bas. Comme nous le rappelait Milton Friedman, des taux bas sont le signe que la politique monétaire est restrictive, des taux élevés que la politique est trop souple.

Les années 30 et le Japon des années 1990 ont pourtant été étudiés de très près mais rien n’y fait, les mêmes erreurs sont commises. Des taux directeurs de 1,00% donnent le sentiment que la politique monétaire est accommodante, mais cela est simplement faux. Le raisonnement ne peut être aussi simpliste, les taux ne se jugent pas à leur valeur numéraire mais à leur valeur relative. Et les valeurs relatives sont ici la croissance, l’inflation et le taux de chômage.

Ces trois variables économiques sont à des niveaux alarmants, la chute du PIB, de l’inflation, et l’explosion du chômage sont des signaux suffisants pour mettre en place un plan de soutien monétaire de très grande ampleur. Les fanatiques de l’inflation, ceux qui confondent Keynes et Friedman devraient se concentrer sur les taux anticipés d’inflation pour les 10 prochaines années en Italie : 0.70%, c’est-à-dire la ruine. Car l’inflation n’est autre que le corollaire de la croissance. Les prix des matières premières subissent actuellement une forte rechute et mettront alors à nu les chiffres de l’inflation dus à la croissance européenne, c’est-à-dire le néant.

Il convient de rappeler que les exploits de Jean Claude Trichet en 2008 ont propulsé l’économie européenne en récession. Incapable de percevoir la chute libre de la croissance dès juillet 2008 le président relevait les taux directeurs et engendrait ainsi une baisse supplémentaire de la demande. Le phénomène est pourtant simple, la hausse des prix des matières premières provoque une contraction de la croissance dans un jeu à somme nulle. Pourtant, afin de contrer ce phénomène « inflationniste » la BCE relevait ses taux, entrainant la consommation encore plus bas et l’Europe en récession. Un exploit qui restera dans les annales du bêtisier monétaire. Au mois d’avril 2011 les mêmes causes auront les mêmes effets, et l’Europe reprend le chemin de la récession suite à deux hausses de taux directeurs dénuées de sens décidées par le président Trichet.

Après des débuts prometteurs, (Mario Draghi est revenu sur les deux hausses de taux décidées en 2011, puis lancé le programme de refinancement à long terme LTRO) le nouveau président de la banque centrale ne semble pas être perturbé par la gravité de la situation. Pourtant, l’enjeu est bien de donner un puissant signal monétaire au marché. Sans cela il n’est pas question de résoudre quoi que ce soit en Europe. Les mesures d’austérité ne pourront avoir l’effet escompté que par le soutien d’une politique monétaire ambitieuse.

Mais une telle solution nécessite une prise de conscience des responsables politiques sur la nature de cette crise. La crise que nous vivons depuis 2008 est monétaire, en tous points de vue, et la crise de la dette n’en est qu’une conséquence directe. La mise en place d’un nouveau mandat pour la Banque Centrale Européenne est une urgence pour en finir avec un système qui a démontré ses failles et ses limites. La stricte observation de la stabilité des prix a entrainé de façon évidente l’Europe dans une situation de crise extrême. L’objectif de PIB nominal ou « Market Monetarism » offre une alternative. La prise en compte de la croissance et de l’inflation dans une même mesure comme cadre de la politique monétaire vient palier toutes les erreurs commises depuis 2008. Il est temps d’accepter ses erreurs et d’évoluer en ce sens.

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