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Banquiers : entre salaires astronomiques et démagogie, comment trouver une juste voie ?
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Justice

Banquiers : entre salaires astronomiques et démagogie, comment trouver une juste voie ?

Certaines rémunérations sont tellement déconnectées du réel qu'elles n'en ont plus de sens. Et pourtant, l'égalitarisme absolu aurait bien des effets pervers... Que faire ?

Franck Margain

Franck Margain

Franck Margain est vice-Président du Parti Chrétien Démocrate et conseiller régional UMP en Ile-de-France.

Après des études en finances, il est devenu cadre dans une grande banque internationale.

 

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Les banquiers sont-ils trop payés ? Quand on dit banquier, on n'entend pas l'employé de banque que l'on peut rencontrer dans son agence, et qui est payé 1900 euros. Non, on parle là des dirigeants des banques que vous ne voyez jamais, qui gagnent jusqu'à des millions d'euros par an, des dizaines de fois ce que gagnent leurs subalternes. On parle de ceux qui gagnent plus en un an que ce que la plupart des êtres humains gagnent toute une vie.

Alors ces banquiers-là sont-ils trop payés ? La réponse intuitive est claire. Ils gagnent parfois 100 fois le salaire moyen pratiqué dans leur entreprise. Qu'est-ce qui légitime cela ? Sont-ils 100 fois plus intelligents, plus instruits, plus utiles ? Travaillent-ils 100 fois plus d'heures ? Sont-ils si uniques, si irremplaçables ? Probablement non.

Alors ces banquiers sont-ils trop payés ? Au fond, ils gagnent ce que gagnent les grands joueurs de football ou les acteurs à succès. Et eux, ils ont bien plus de responsabilités. Ils sont pour la plupart d’entre eux comme les chefs des très grosses entreprises à la tête d’entités de 150000 personnes à travers le monde.

En face de l'océan de misère, regardons ces leaders, ces chefs d’entreprises, ces joueurs de foot, ces acteurs et même ces journalistes, la question de la répartition de la richesse ne se limite pas à quelques salaires extravagants, cette différence est hélas celle connue depuis la nuit des temps.

A la cour de Versailles au XVIIIème une robe d’apparat de la reine coutait le salaire d’une vie d’une couturière, qu’en est-il aujourd’hui ? Une robe de défilé d’une grande maison de couture vaut 300 000 euros soit les ¾ du salaire d’une vie de couturière française et 2 vies d’une couturière de l’Europe de l’Est… Les rapports ne changent pas significativement.

Peut-on trouver des solutions dans les réponses radicales préconisées ici et là : interdiction, plafonnement, confiscation... les différents modèles communistes ont démontré que l’inégalité était bien plus forte. Pour autant cela ne signifie pas qu'il faille renoncer à répondre à ce défi d'une répartition de la richesse.

Aujourd'hui Il y a un tel afflux de capitaux dans l’économie mondiale ; l’argent du pétrole et des matières premières, le fruit du commerce mondial. Les liquidités sont si abondantes (les milliards de réserve en dollars ou en euros des banques centrales asiatiques, les fonds souverains pétroliers…), les masses financières énormes drainées par le sport dans la consommation ; que la valeur de l'argent a perdu son sens. Le sens et la valeur des choses, c'est ce qu'il faut retrouver pour que le système cesse sa course folle. Pourquoi la toile sublime « le cri » du célèbre peintre Munch devrait partir aux enchères a plus de 80 millions de dollars soit 4 fois plus qu’il y a 20 ans, si ce n’est l’inflation dans une certaine catégorie socioprofessionnelle? Autrefois ce qui n’avait pas de valeur n’avait pas de prix, aujourd’hui ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur.

Si les solutions immédiates ne sont pas crédibles, il faut faire évoluer la gouvernance des banques des entreprises (grandes multinationales, société de production cinématographique, club de sports, etc). Donnons aux salariés ou à leurs représentants l'occasion de s’asseoir à la table de négociation des salaires des dirigeants avec un vrai pouvoir, avec une véritable influence. Renforçons comme dans les pays Anglo-Saxons (Etats Unis, Angleterre, Allemagne, Norvège, Suède…) la capacité des petits porteurs à contrôler la politique salariale des entreprises. Alors, probablement, les salaires reprendront un sens, plus mesurés plus représentatifs de l’échelle socio-économique de l’entreprise.

La juste rémunération n’existe pas, elle est le reflet d’une acceptation sociale, il faut donc informer, instruire, les acteurs de la vie économique afin que le consensus puisse émerger comme le font l’ensemble des pays développés et en particulier les pays nordiques.

La démagogie autour des très gros salaires cache le véritable enjeu : quelles sont les politiques économiques proposées pour diminuer la pauvreté, l’exclusion ? Certainement pas en diminuant le nombre de riches…..

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