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François Hollande a annoncé lundi une baisse des impôts.
François Hollande a annoncé lundi une baisse des impôts.
©Reuters

Terrain vague

Baisse des impôts par gros temps budgétaire : quelle crédibilité pour la promesse de François Hollande ?

Après le fiasco des élections municipales, François Hollande a décidé d’accompagner son pacte de responsabilité d'un nouveau pacte de solidarité, conçu pour soulager les finances des ménages. Une belle annonce encore loin d'être mise en place.

Atlantico : Pour rebondir, le président a décidé d’accompagner son "pacte de responsabilité" d'un "pacte de solidarité" promettant des baisses d'impôts. De quelles marges de manœuvre le gouvernement dispose-t-il pour y parvenir ?

David Thesmar : Il dispose de peu de marges de manœuvre, mais il n'en avait pas beaucoup déjà à la base. Tant que l'économie ne redémarrera pas vraiment, il n'y aura pas vraiment de rentrées fiscales supplémentaires. D'autant plus que Bruxelles va nous contraindre à tenir les engagements pris cet hiver. On a le sentiment que c'est essentiellement de la communication, je dirais même qu'il s'agit d'annonces très en dessous de ce dont le pays a besoin.

Nicolas Bouzou : Tout dépend de ses capacités à baisser la dépense publique, ces manœuvres en termes de baisse d'impôts et de baisse des cotisations salariales. Personnellement, je suis plus favorable aux baisses de cotisations salariales parce que l'impact sur la consommation et l'impact psychologique est à mon avis plus fort quand on fait des baisses d'impôts, parce que cela touche tous les salariés. Mais, pour qu'il y ait un effet psychologique et donc un effet économique, il faut que cela représente 3 ou 4% des salaires nets. Il faut donc baisser la dépense publique, non pas de 50 milliards comme c'était prévu dans le cadre du pacte de responsabilité, mais de 70 milliards.

Gilbert Cette : Ces marges de manœuvre sont actuellement très faibles. Le respect des engagements français dans le cadre européen amène à envisager 50 milliards d’économies de dépenses. La crédibilité d’ensemble de la démarche implique bien évidemment une cohérence, qui n’est pas évidente dans ces différentes annonces. Mais, simultanément, il est clair que les ajustements opérés ces dernières années et les économies qui vont être annoncées peuvent amplifier l’exaspération de la population, qui s’est déjà manifesté dans les urnes. Personne ne peut souhaiter que cette exaspération ne s’amplifie. Le moins que l’on puisse dire est que la situation est complexe…

Qui ces baisses pourraient-elles concerner ?

David Thesmar : Il me semble qu'il s'agit des salaires assez bas, proches du SMIC. L'idée c'est d'essayer de défaire les hausses d'impôts actées l'année dernière, à l'origine du ras le bol fiscal généralisé. Mais ces hausses d'impôts étaient nécessaires pour rétablir l'équilibre budgétaire.

Nicolas Bouzou : Tout dépend du mix entre baisses d'impôts et baisses de cotisations salariales. A priori un gouvernement de gauche voudra plutôt diminuer les impôts de ceux qui sont dans les tranches basses de l'impôt sur le revenu, ou alors augmenter le seuil de l'impôt sur le revenu pour en faire sortir des gens qui y étaient entrés ces dernières années. Mais, économique, il est plus intéressant de diminuer les cotisations salariales car cela touche l'ensemble des salariés. Si on baisse les cotisations salariales on augmente le salaire net au niveau du SMIC par exemple, qui est une incitation en plus à reprendre un emploi.

Gilbert Cette : Toutes les classes sociales se sentent fiscalement maltraitées par les ajustements opérées sur les dernières années. Mais très souvent, des intervenant qui se présentent comme représentants des classes moyennes ignorent qu’ils font en fait partie des ménages les plus favorisés, à qui il était donc légitime de demander l’effort le plus important. Pour autant, concernant la fiscalité des ménages, la priorité est de réduire les situations de pauvreté extrême, plus rendues plus fréquentes par la crise. Et en particulier la pauvreté qui frappe les enfants. Mais cela ne répond évidemment pas à l’exaspération fiscale d’un grand nombre de ménages qui ne sont heureusement pas dans ces situations de pauvreté…  

Comment l'exécutif pourrait-il s'y prendre ? A quels impôts pourrait-il toucher en particulier et pour quels effets ?

David Thesmar : Les baisses de charges salariales ont pour effet d'augmenter les salaires. Mais on ne sait pas exactement comment ces baisses de charges seront redistribuées entre l'entreprise et les salaires, mais on peut imaginer que cela va permettre essentiellement une hausse des salaires. Le problème c'est le financement, on cherche à maintenir mais en même temps on redistribue de l'argent à droite à gauche, on ne voit plus très bien quelle est la logique d'ensemble. L’État en France est obèse et aura des choix difficiles à faire, ce n'est pas en saupoudrant de l'argent au grès des élections que l'on va réussir à atteindre le but de rendre le pays compétitif.

Nicolas Bouzou : Au préalable, il faut expliquer ce pacte pour que ce soit crédible. Pas pour des raisons politiques, mais pour qu'une baisse d'impôts ait un impact sur la consommation, il faut qu'elle soit juger comme durable. Et elle ne peut être jugée comme durable que si elle est gagée par une baisse au moins équivalente d'une baisse des dépenses publiques. Le cœur du sujet, c'est la capacité du nouveau gouvernement et du président de la République à diminuer la dépense publique. C'est faisable, notamment avec l'arrivée de Bernard Cazeneuve au gouvernement.           

Gilbert Cette : La France se caractérise par de très nombreux dispositifs de prélèvement et de redistribution. Ce qui appelle d’ailleurs à terme des simplifications, car une telle situation aboutit souvent à une faible lisibilité. Le RSA, dans ses deux composantes (socle et activité), est par exemple un outil puissant pour lutter contre la pauvreté sans désinciter la recherche d’emploi, et peut être davantage familiarisé si on veut lutter plus particulièrement lutter contre la pauvreté des enfants.  

A quelle échéance un tel projet vous semble-t-il réalisable ?

Gilbert Cette : Il revient aux décideurs politiques de décider comment, par le calendrier des réformes fiscales, il est possible de concilier le respect des engagements européens, la réponse à l’exaspération fiscale, la mobilisation de la fiscalité pour dynamiser la croissance… Ce qui est clair, c’est que cette conciliation peut difficilement être simultanée et immédiate… Des choix doivent être faits.

Nicolas Bouzou : Il peut commencer dans la prochaine loi de finances pour le budget 2015 qui sera présenté fin septembre et discuté au Parlement au dernier trimestre. Mais il est clair que cela va forcément s'étaler dans le temps jusqu'à la fin du quinquennat, baisser la dépense publique de 70 milliards d'euros ne va pas se faire en un an.

Propos recueillis par Marie Deghetto

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"


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