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Confronter son enfant à la saleté renforce son système immunitaire.
Confronter son enfant à la saleté renforce son système immunitaire.
©Reuters

C'est pour leur bien

Avis aux obsédés de la désinfection : laissez vos enfants jouer dans la saleté, c’est bon pour leur système immunitaire

A trop vouloir protéger son enfant du manque d'hygiène, on prend clairement le risque de l'exposer aux maladies allergiques qui ont explosé ces dernières années. Bien que le phénomène reste encore en partie inexpliqué, il semble qu'un peu de "relâchement" soit bénéfique pour la construction du système immunitaire.

Bertrand Delaisi

Bertrand Delaisi

Bertrand Delaisi est pneumopédiatre spécialiste des maladies respiratoires de l'enfant. 

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Atlantico : Selon certains chercheurs, le fait pour un enfant d'être rapidement confronté après sa naissance à la "saleté" (c'est-à-dire certains allergènes comme les blattes, les chats, ou certaines bactéries), par exemple en jouant, permettrait de développer un meilleur système immunitaire. Est-ce plausible ? Comment se forme le système immunitaire des jeunes enfants ?

Bertrand Delaisi : La vision actuelle repose, depuis une quinzaine d'années, sur la "théorie hygiéniste". L'idée est que l'allergie est une interaction entre des gènes favorables et un environnement. Or, si l'on a les gènes favorables, l'exposition très précoce (y compris in utero) peut avoir un rôle à jouer. 

Cette théorie s'appuie sur une constatation : notre mode de vie moderne est associé de manière indiscutable à une augmentation des maladies allergiques. On ne peut pas avoir des mutations génétiques aussi rapides dans une population, donc si les maladies changent, c'est parce que c'est l'environnement qui évolue. L'une des plus grandes spécialistes de ce sujet, c'est l'allemande Erika Von Mutius. Elle a beaucoup travaillé sur les comparaisons Allemagne de l'Ouest/Allemagne de l'Est afin d'étudier deux populations génétiquement homogènes mais ayant un mode de vie très différent. Elle a aussi beaucoup travaillé en Europe de l'Est sur le cas de villes qui, tout en étant très proches, pouvaient avoir soit un mode de vie moderne, soit un mode de vie proche de l'avant-guerre. Ses études poussées ont montré clairement que les populations vivant avec un mode de vie rural, éloigné de la modernité, ont moins d'allergies que ceux vivant dans la "modernité". Elle a ainsi démontré que si votre mère fréquentait des étables pendant qu'elle vous portait, vous étiez exposé à des poussières contenant des dérivés de bactéries qui apportaient un gain positif sur la question des allergies. Même chose si vous buvez du lait non pasteurisé. Cependant, rien n'indique que cela nous avance beaucoup en termes de santé publique. Personne n'a envie de revivre comme au Moyen Age et si on voit le bénéfice de ce mode de vie sur le plan allergique, on ne parle pas des effets secondaires, comme par exemple la mortalité liée à la listériose. La quête du Graal serait donc à bien caractériser ce qu'il y a de positif dans ces poussières, et exposer les nouveau-nés à des environnements réellement protecteurs.

Concrètement, quelles sont les maladies concernées, et quels sont les schémas d'exposition les plus favorables ?

Pour les maladies concernées, il s'agit évidemment des allergies et de l'asthme. Concrètement, on a noté par exemple que pour la présence d'un chien dans une maison, la protection apportée ne se fait pas tant par l'exposition à un environnement allergénique mais parce que quand il y a un chien, cela entraîne une augmentation de la poussière et des bactéries. Le cas du chat est plus complexe. Il s'agit d'un allergène très puissant et plusieurs d'études montrent qu'un chat introduit très précocement dans l'environnement (avant la naissance de préférence) peut être protecteur. Mais toutes les études ne sont pas unanimes sur la question. En tout cas, il faut songer à cette possibilité d'introduction d'un chat dans famille seulement dans les cas où un frère, une sœur où l'un des parents est allergique.

Y a-t-il malgré tout certains allergènes, ou certains contextes, qu'il faut absolument éviter dans l'enfance ? Quels sont-ils ?

Clairement, le bénéfice pour la santé ne vient pas d'un excès d'exposition aux allergènes. Il vient principalement de dérivés bactériens qui stimulent le système immunitaire. Donc, des environnements clairement trop allergisants et trop humides, comme une maison malsaine avec plein de moisissures et des taux d'acariens très élevés, cela augmentera votre probabilité de devenir allergique. L'exposition, c'est bien (du moins l'évitement du "trop d'hygiène") mais trop d'allergènes, c'est indéniablement très mauvais.

Vivons-nous actuellement dans des sociétés "trop propres" ? Quelles en sont les conséquences en termes de santé publique ?

Le risque c'est que, certes si le bébé ne meurt pas d'une gastro-entérite ou d'une listériose, il verra son risque allergique augmenter. Cela conduit aussi à une hausse des cas d'asthme ou d'eczéma. L'augmentation récente du nombre de cas de ces maladies est vraiment à rattacher à des causes environnementales. Il faut une certaine stimulation du système immunitaire, qui passe par les allergènes et par la confrontation aux dérivés bactériens que l'on trouve dans la poussière. On a encore beaucoup à apprendre et l'on n'a pas encore d'application bien claire à proposer. Par contre, il existe aussi des circonstances où les inconvénients sur la santé en général sont bien supérieurs aux bénéfices en termes allergiques : je pense par exemple que boire du lait non pasteurisé apporte plus de dangers que d'avantages. Mais à l'inverse, trop de propreté à la maison, dans la vie de tous les jours, cela ne va pas protéger un enfant de choses extraordinaires mais cela l'exposera très fortement, s'il a les gènes prédisposés, aux maladies allergiques.

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