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Avec la poussée des Verts et des populistes, le nouveau parlement européen saura-t-il porter une politique industrielle capable de concurrencer les Etats-Unis et la Chine ?
©Reuters

Guerre commerciale

Avec la poussée des Verts et des populistes, le nouveau parlement européen saura-t-il porter une politique industrielle capable de concurrencer les Etats-Unis et la Chine ?

Les chefs d’entreprise estiment que la politique pro-business n’est pas acquise au niveau européen. Les états-majors s’attendent à un durcissement des accords commerciaux et à une aggravation de la fiscalité écologique.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La majorité des chefs d’entreprise sont évidemment soulagés par le résultat des élections européennes. Le taux de participation est apparu comme une divine surprise puisqu‘il marque un attachement à l’Union européenne, alors que beaucoup craignaient une montée en puissance des courants souverainistes et populistes. Ce courant existe certes, mais il s’avère très éclaté, incapable de constituer un bloc qui pourrait peser sur la stratégie.

Pour autant, ce résultat laisse très perplexe sur l'analyse de l'impact des inflexions possibles de la politique économique française et surtout la politique européenne.

Au niveau du parlement européen, la politique pro-allemande va perdre de son influence. Si on estime que le poids de coalition allemande (CDU-CSU) a cédé au profit du bloc des écologistes et des libéraux sociaux (LREM), ça signifie que le nouveau parlement va pouvoir reprendre du pouvoir sur la Commission qui était très pro-allemande. Cette évolution va forcément peser dans le choix du président de l‘Assemblée européenne, mais surtout dans la désignation du président de la Commission en remplacement de Jean-Claude Juncker et du président de la Banque centrale européenne qui arrivent tous les deux en fin de mandat.

Sur le contenu de la politique économique soutenue par le Parlement, il paraît donc probable que les écologistes vont disposer d’une influence beaucoup plus importante, ce qui paraît légitime compte tenu de cette vague verte qui a déferlé sur l’Europe. Les écologistes vont pouvoir beaucoup mieux pousser les projets structurants mais aussi l’arsenal fiscal.

Toujours au niveau européen, il faut aussi s’attendre à un durcissement des positions européennes dans la négociation d’accords commerciaux et sans doute une réforme des régulations migratoires. Les règles fiscales peuvent se durcir, avec moins de possibilités d’optimisation fiscale, et plus de régulations financières, mais aussi en contrepartie une interprétation un peu moins sévère des critères de Maastricht en matière de budget. Donc plus de coordination, mais une coordination plus chère à financer.

Au niveau de la politique nationale, Emmanuel Macron a déjà fait dire qu’il ne changerait pas de cap. A priori, il n’a pas de raison. Alors, il n’a pas gagné le match avec Marine Le Pen, mais les conditions strictement politiques sont réunies pour qu’il puisse faire dans les trois ans, la course des européennes sans trop de risques. Il lui faut simplement délivrer des résultats sur le plan économique et pour ce faire, il doit persister dans sa politique de réformes structurelles et gagner des points de croissance qui génèrent de l’activité et de l’emploi. Le retour de la croissance n’est pas gagné en France.

D’abord parce qu‘il existe une pression sociale encore très forte. Mal organisée mais puissante et sourde, si on la mesure à la force du mouvement des gilets jaunes. Il va falloir continuer à lui apporter des réponses. Pas évident.

Ensuite, parce qu’il n’y a pas de gisement de croissance évident. La demande publique n’est pas solvable. La demande « verte » est encore mal définie et hors marché. Reste l‘exportation, et sur ce point, la France a deux faiblesses : un déficit de compétitivité et un déficit de projet.

On va retomber là sur l’Europe, parce que l’Europe n'a pas plus de projets industriels après les élections qu‘elle n’en avait avant. La campagne électorale pour les européennes a été extrêmement pauvre dans le domaine des équipements collectifs européens, elle a même été très timide dans le domaine des investissements pour assurer la transition écologique, la campagne a été absente dans la définition d’une stratégie industrielle européenne face aux stratégies des Américains ou des Chinois.

Qui sera au Parlement ou à la Commission l’équivalent d’un Donald Trump, capable dans les tractations commerciales, de balancer des Tweets sans faiblesse pour définir et incarner une ligne stratégique qui profite au label européen ?

En bref, les chefs d’entreprises du Medef ou du Cac 40 sont perplexes face à la capacité de cette Europe-là à développer une posture et une politique pro-business et pro-concurrentielle. L'inquiétude, c’est d’avoir des responsables politiques qui ont certes compris la demande des électeurs, mais qui ne seront capables d’y répondre que par des dispositifs règlementaires et fiscaux. Le gros risque : jouer sur les régulations et multiplier les taxes.

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