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Le chef de l’Etat recueillerait les fruits de ses deux dernières prestations médiatiques et du mariage gay.
Le chef de l’Etat recueillerait les fruits de ses deux dernières prestations médiatiques et du mariage gay.
©Reuters

Rémission

Après la pluie, le beau temps : grâce aux chamailleries de l'UMP, les socialistes voient poindre une légère accalmie

Avec 29% de satisfaits, François Hollande a réussi à enrayer sa chute dans les sondages comme le montre le dernier sondage BVA, qui confirme la tendance de celui de l'Ifop-JDD publié dimanche. Mais le Président reste encore impopulaire.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Chez les socialistes, les motifs de satisfaction étaient devenus tellement rares pour que la petite remontée de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault dans les sondages d’opinion a suffi pour que les élus qui désespéraient de l’impopularité de leurs dirigeants retrouvent un peu  le sourire. Pas vraiment de quoi pavoiser, mais de respirer un peu après le débat tendu sur le mariage des homosexuels et les manifs qui l’ont émaillé. Ce frémissement, amorcé dans le baromètre de l’IFOP pour le Journal du Dimanche  se confirme avec celui de la SOFRES  pour le Figaro Magazine de cette fin de semaine. Pour l’élu de Seine-et-Marne, expert en opinion Olivier Faure, François Hollande "communique mieux et plus régulièrement". Le chef de l’Etat recueillerait aussi les fruits de ses deux dernières prestations médiatiques : de sa conférence de presse au cours de laquelle il s’est montré "offensif et déterminé" : apparemment les Français ont apprécié "qu’il ne laisse plus filer les choses en attendant de décider". L’autre exercice, plus confidentiel mais largement relayé, était l’entretien à Paris Match, dans lequel il déclarait qu’il "n’existe aucune impunité pour les Ministres", et que "personne n’est protégé". Un avertissement très clair pour les ministres qui se contredisaient publiquement qui ont entendu la menace d’être virés ! Et du coup, c’est Jean-Marc Ayrault qui retrouve de l’oxygène !

Le paradoxe, c’est que le mariage pour les couples homosexuel qui déchire la société française, qui  a, d’après les sondeurs, contribué à faire remonter la popularité des dirigeants de l’exécutif . Car, avancent ces experts, les Français savent gré au gouvernement de ne pas avoir cédé à la rue et d’avoir tenu bon pour mener la réforme à son terme. Mais point trop n’en faut : "Nous ne souhaitons pas la scénarisation de la mise en œuvre de la réforme", soulignait hier le porte parole du groupe PS, Thierry Mondon qui a rappelé que "les enjeux  économiques et sociaux restent la priorité".Pour les autres réformes sociétales promises (PMA, cellules souches et fin de vie ), le gouvernement prendra le temps de la réflexion, surtout pour la Procréation Médicalement Assistée, érigée en spectre par les opposants au mariage pour les couples homosexuels (officiellement, on attend le rapport du Comité d’éthique, qui ne parait pas pressé pour rendre son avis).

Pas de quoi pavoiser en effet devant la situation économique et les chiffres du chômage qui sont  bien loin de l’inversion  promise par François Hollande, mais de souffler un peu avant les prochaines tempêtes que vont immanquablement provoquer la réforme de la politique familiale et celle des retraites, qui sont au menu du gouvernement pour les prochaines semaines. La question des allocations familiales (fiscalisation ou modulation des prestations ) n’est pas tranchée. Elle doit l’être dans les tout prochains jours. Le rapport Fragonard se prononçait en faveur d’une modulation. En son temps, Bruno Le Maire, qui rédigeait le programme de l’UMP, avait plaidé en faveur de la fiscalisation; son parti n’avait pas adhéré à sa proposition et a, depuis, perdu les élections...Quant à la réforme des retraites, qui sera au menu de la conférence sociale de fin juin, elle promet de sérieuses secousses et mouvements. Mais la réforme ne peut être remise aux calendes. La France a obtenu un répit pour résorber ses déficits à ce prix.

Et puis le PS n’a pas non plus de quoi se réjouir après deux nouvelles défaites annoncées dans les législatives partielles pour l’élection de deux députés des Français de l’étranger ( en Amérique du Nord, en Italie, en Grèce et en Israël ). Et même si certains se consolent en expliquant que les élections intermédiaires sont toujours mauvaises pour le pouvoir en place, le PS n’a plus que trois sièges d’avance pour conserver la majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Situation d’autant plus délicate que la jeune garde de l’aile gauche du Parti ne respecte pas toujours la discipline de vote ! Le PS va donc être contraint de composer davantage avec les Écologistes et les Radicaux de Gauche !

Quant à l’échec annoncé de la réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature, il apparait presque mineur. Les centristes de l’UDI ont en effet annoncé qu’ils voteraient contre cette réforme, car "la montagne a accouché d’une souris"  et qu’"on est loin du  grand soir de  la Justice",  promis pendant la campagne électorale. Cette défection empêche le gouvernement d’obtenir les trois cinquièmes de voix  de parlementaires nécessaires pour faire entériner cette réforme constitutionnelle lors d’un Congrès du Parlement à Versailles.

Mais on trouve toujours plus malheureux que soi, et aujourd’hui, les responsables socialistes estiment que cela va tellement mal "en face", que l’opposition est tellement "fracassée", qu’ils  peuvent souffler un peu… en attendant la bataille des municipales. Divisée sur le mariage pour tous, l’UMP l’est surtout entre "copéistes et fillonistes", (la décision de ne pas revoter pour l’élection d’un nouveau président n’est qu’un armistice), et sur sa  ligne politique générale. L’attitude à adopter face au Front National est au cœur du débat. François Baroin provoque des remous internes en parlant de "querelle doctrinale profonde". Christian Jacob, le patron des députés UMP, très proche de Jean-François Copé, préfère  tempérer : "il n’y a pas unanimité sur tous les sujets, mais nous sommes rassemblés sur l’essentiel". C’est que l’UMP, qui se veut un Rassemblement, voudrait récupérer le mouvement né de la contestation du mariage pour tous. Et pour cela il lui faut offrir le visage le plus lisse possible, afin d’accueillir toutes les sensibilités de la droite…

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