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Apple : votre iPhone 11 enregistre votre localisation même quand vous lui demandez de ne pas le faire. Et voilà pourquoi vous en entendez parler à nouveau
©Josh Edelson / AFP

Données personnelles

Apple : votre iPhone 11 enregistre votre localisation même quand vous lui demandez de ne pas le faire. Et voilà pourquoi vous en entendez parler à nouveau

L’iPhone 11 Pro est suspecté de collecter des données de géolocalisation. Apple a tenté de se défendre. Doté d'une nouvelle puce, le dernier iPhone a besoin du GPS pour localiser les appareils. Apple promet une option pour le désactiver.

Gilles  Dounès

Gilles Dounès

Gilles Dounès a été directeur de la Rédaction du site MacPlus.net  jusqu’en mars 2015. Il intervient à présent régulièrement sur iWeek,  l'émission consacrée à l’écosystème Apple sur OUATCHtv  la chaîne TV dédiée à la High-Tech et aux Loisirs.

Il est le co-auteur avec Marc Geoffroy d’iPod Backstage, les coulisses d’un succès mondial, paru en 2005 aux Editions Dunod.

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Atlantico.fr : On reproche à Apple de nouveau de géolocaliser ses utilisateurs constamment sans qu'ils en aient forcément conscience. Une polémique récurrente, qui dit sans doute autant à propos de l'espace public, que sur l'emprise d'une société technologique devenue incontournable. 

Qu'est-ce qui est reproché à Apple à propos de son Iphone 11 et de ses possibilités de géolocalisation ? Les utilisateurs ont-ils bien consenti à ces services ?

Gilles Dounès : Il ne s'agit pas tant d'une histoire de géolocalisation, ou de données personnelles, que de communication. Mi-novembre, Brian Krebs (un journaliste spécialisé dans la sécurité techno) a remarqué que son iPhone 11 Pro sollicitait fréquemment la puce GPS du smartphone, et ce alors que l'interdiction totale d'accès aux données de géolocalisation avait été paramétrée dans les réglages. Krebs a classiquement signalé les faits chez Apple, on ne sait pas par quel canal, et a publié une note dans son blog après avoir reçu une réponse évasive d'un ingénieur de Cupertino. Cette note de blog a ensuite été repérée par un site Web spécialisé, le sujet a fait boule de neige pendant trois jours jusqu'à ce qu'Apple éteigne la polémique en publiant, cette fois, des infos détaillées sur le comportement questionné.

La firme à la pomme a en effet introduit sur les trois modèles de son dernier  millésime (iPhone 11, iPhone 11 Pro, iPhone Pro Max) un nouveau type de puce à très large bande (Ultra Wideband), une technologie avec une bande passante beaucoup plus importante que l'actuel Bluetooth 5. 0, et surtout une consommation d'énergie bien moindre. En outre, la géolocalisation est beaucoup plus précise. Apple a fait savoir que si l'iPhone 11 faisait appel à cette géolocalisation de façon régulière, c'est pour vérifier que l’iPhone ne se trouve pas dans une zone où l'utilisation de l’Ultra Wideband est interdite, auquel cas il basculerait en mode Wi-Fi + Bluetooth comme sur les générations précédentes. En aucun cas ces données ne quittent le smartphone de l'utilisateur certifie le Californien, qui a également promis une option spécifique pour désactiver effectivement la fonction, dans une prochaine mise à jour de l'OS.

Comment comprendre la récurrence de ces scandales autour d'Apple malgré leurs réponses et leurs tentatives de regagner la confiance du public ? 

En l'occurrence, il s'agit plutôt de rémanence sensorielle que de récurrence à proprement parler, puisqu'on en est à commenter un « scandale » 10 jours après une mini-polémique qui en a duré à peine trois : le 3 décembre Krebs publie sa trouvaille sur son blog, celle-ci est reprise le 4 par TechCrunch avec à sa suite l'essentiel des titres techno du Web États-unien avec plus ou moins de gourmandise, selon qu'ils se sont fait ou non une spécialité de dauber sur le compte du fabricant de l'iPhone. Le 5, TechCrunch reçoit une mise au point enfin circonstanciée de la part d'Apple et la publie, et le 6 le sujet s’éteint de lui-même au fur et à mesure des fuseaux horaires. Le billet publié par Krebs était d'ailleurs très mesuré, et se bornait à s'interroger à voix haute sur le but exact des appels au GPS, et sa distance apparente avec la communication institutionnelle d'Apple qui insiste sur le respect de la vie privée de l'utilisateur et de ses données.

Ce type de cycle (« information », emballement, démenti, polémique) illustré par Krebs n'est ni nouveau, ni réservé au domaine de la tech. Il semble même être devenu une respiration habituelle de la sphère médiatico-journalistique, et même de la société tout entière à laquelle la structure particulière des réseaux sociaux a fini par imposer son rythme. Comme des pans entiers de l'économie marchande, la presse est passée d'un modèle de séduction de son client à un modèle pavlovien, de type « stimulus-réponse ». De l'achat « un clic » indolore au titre bien provocateur de la dépêche gratuite, suivi d'un chapeau qui ne l'est pas moins, tout est désormais construit pour cantonner le comportement de l'utilisateur au seul circuit aversion/récompenses de son cerveau reptilien : je « like », je partage ou je me soulage dans les commentaires. Et tant pis si la réponse comportementale a tendance à s'éteindre : on en rajoute une couche dans la provocation dans les « contenus sponsorisés ».

Ce type d'approche n'est pas nouveau : toute une branche de la psychologie sociale, en majorité américaine, s'en est fait une spécialité depuis les années 50, et les résultats des études des modèles anatomo-physiologiques des rongeurs et de leur comportement ont largement été exploités. Il n'empêche : si Internet n'est pas encore totalement transformé en boîte de Skinner et si des solutions sont explorées avec succès avec des dossiers longs sur le Web ou des podcasts, voire même sur papier et même s’ils peinent encore à se rémunérer, Apple a eu le chic pour mobiliser tout au long de son histoire les affect autour de sa marque… et de son logo à la pomme croquée.

En l'espèce, Apple a sans doute aussi indirectement contribué à la petite « fusée éditoriale » dont il est question ici : l'Ultra Wideband permet en effet également de connecter des périphériques plus nombreux que le seul Bluetooth 5, et de les localiser très précisément. L'ingénieur initialement contacté par le journaliste n'a vraisemblablement pas voulu s'étendre sur la nouvelle pépite et l'utilisation qu'Apple compte en faire à l'avenir, au moment où une nouvelle classe de produits connectés au smartphone est en train d'émerger (les « wearables », dont les premiers représentants sont les montres connectées,  ou les minis écouteurs de type AirPods). Pour la firme de Cupertino qui domine la concurrence sur ces deux types de produits et qui s'apprête vraisemblablement à commercialiser des lunettes à réalité augmentée dès l'automne prochain, il n'est pas question de donner des indications trop précises à des compétiteurs qui la surveillent déjà comme le lait sur le feu !

La gestion de la crise de Hong Kong par Apple peut-elle expliquer que les médias s'intéressent plus précisément au fonctionnement de la géolocalisation des derniers Iphones ? 

En deux mots, sous la pression de la presse gouvernementale chinoise, Apple a retiré de son échoppe en ligne une application collaborative, qui permettait aux manifestants de signaler les regroupements de policiers et les affrontements éventuels. La firme à la pomme s'est rendue à l'argument avancé par un quotidien proche du pouvoir, selon qui les manifestants utilisaient l'application pour chercher l'affrontement, quand pour son créateur celle-ci servait aux manifestants, aux journalistes et même aux passants pro-continentaux à éviter les ennuis. Selon le New York Times, Tim Cook aurait admis une erreur lors d'une discussion privée avec l'un des Représentants du Missouri. On peut même considérer cela comme une faute de la part d’une société qui s’est construite autour de la contre-culture des années 60, et qui a forgé une bonne part de son imaginaire sur la résistance à l’oppression («1984 ne sera pas comme 1984 » ; « Think Different »).  

Quoiqu’il en soit, et même s'il est incontestable que l'épisode a pu laisser des traces, en particulier dans l'ex-colonie britannique où la version pour iPhone de l'application avait été téléchargée plus de 100 000 fois, contre 50 000 pour sa version Android, c'est plutôt en direction de la prise de conscience plus générale à l'égard des applications qui « téléphonent–maison », pendant que le smartphone qui les abrite est en charge… et leur propriétaire est supposé occupé à regarder ailleurs, qu’il faut aussi chercher… le lanceur d'alerte est d'ailleurs journaliste spécialisé. Quand à la pondération des différents facteurs, il appartiendra à chacun d'en juger selon ses préventions ou sa proximité vis à vis de la marque…

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