Apocalypse soon : les Américains ont-ils raison de voir en l’euro une grenade dégoupillée ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Les Américains voient en l’euro une grenade dégoupillée.
Les Américains voient en l’euro une grenade dégoupillée.
©Flickr/Georgia National Guard

Zone monétaire non optimale

Apocalypse soon : les Américains ont-ils raison de voir en l’euro une grenade dégoupillée ?

Selon un article de The Atlantic, l'euro serait "condamné". Les pays européens seraient trop différents pour pratiquer la même politique monétaire, les budgets européens seraient trop faibles pour résorber la crise, et les échanges commerciaux seraient trop concentrés à l'intérieur de la zone.

Charles  Wyplosz et Charles Gave

Charles Wyplosz et Charles Gave

Charles Wypłosz est un économiste français, spécialiste d'économie politique, de finance et d'Europe.

Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie) et de l’université de Binghamton (MBA). Charles Gave est président de l'Institut des Libertés, un think tank libéral. Il collabore également à la rubrique Investir du Journal des Finances.  Il est en 1986 cofondateur de Cursitor-Eaton Asset Management à Londres où il résidait depuis 1981. La société, qu'il quitte en 1999, est vendue en 1995 à Alliance Capital. Par la suite il fonde à Hong Kong GaveKal, une société de recherche et de conseil en gestion de portefeuille.

Voir la bio »

Atlantico : Dans un article paru dans The Atlantic (voir ici), un journaliste explique qu'il existe quatre facteurs pour lesquels l'euro est "condamné". La zone euro est-elle une zone monétaire optimale ? En quoi est-ce un problème si ce n'est pas le cas ?


Charles Wyplosz : Non, la zone euro n'est pas une zone monétaire optimale, on l'a toujours su. Ce qui est nouveau, et parfaitement ignoré dans l'article de The Atlantic, c'est que la fameuse rigidité des salaires européens a cédé devant la crise. Contrairement à une légende tenace, nourrie par une manipulation maladroite des données statistiques, il n'y a plus de problème de compétitivité en Europe. Le peu de problème qu'il y a avait en 2008 a été corrigé depuis. L'autre surprise est que les Européens sont beaucoup plus mobiles qu'auparavant. Malgré cela, la zone euro n'est toujours pas optimale, mais qu'est ce qui est optimal dans ce bas monde ? Ce que cela signifie est, de temps à autre, une secousse sera plus difficile à absorber que s'il n'y avait pas d'euros. On l'a toujours su, on y est, mais l'euro est bâti pour l'éternité, pas pour quelques années pénibles.

Charles Gave : La zone monétaire optimale est l'une de ces merveilleuses idées des économistes (Robert Mundell etc..) qui s'attachent a définir les conditions pour créer un monstre technocratique de plus. Lorsqu'une zone monétaire est créée (monnaie unique, taux de change irrévocables) et que cela ne marche pas, alors les économistes déclarent gravement que la raison en est que la zone monétaire n’était pas optimale, selon le vieux principe de Molière que l'opium fait dormir parce qu'il a des vertus dormitives.

Comme l'euro est un désastre et qu'aucun de nos chers économistes n'a bien entendu rien vu venir,  ils déclarent tous en cœur que l'euro ne marche pas parce que ça n'est pas une zone monétaire optimale, ce qui leur permet de donner l'impression qu'ils sont savants et qu'ils ont compris quelque chose difficilement accessible au commun des mortels. Raisonnement de cuistre. Il ne faut surtout pas perdre de temps avec cette notion de zone optimale

Les budgets européens sont-ils trop faibles pour résorber la crise ? Les politiques d'austérité sont-elles un échec ? Y a-t-il un manque de transferts budgétaires automatiques ?

Charles Gave : Le taux de change est un prix de marche comme un autre. Maintenir  les taux de change a un niveau idiot et non "gagne" déclenche a chaque fois des récessions épouvantables dans l'appareil productif.  Si l'on ajoute au fardeau d'un taux de change non concurrentiel, une politique budgétaire et monétaire stupidement restrictive, cela déclenche a chaque fois une dépression (France en 1934, Allemagne en 1934, Argentine en 1998, zone Euro aujourd'hui). Nous y sommes en Europe du Sud.

Charles Wyplosz : Il n'y a pas de problème de taille des budgets mais un problème d'indisicipline budgétaire qui dure depuis des décennies. Les politiques d'austérité essaient de traiter ce problème dans l'urgence et au plus mauvais moment, ce qui est un non-sens économique et un suicide politique. Les transferts automatiques ne sont pas nécessaire car un gouvernement d'ordinaire discipliné peut emprunter durant les mauvaises années pour rembourser durant les bonnes années. Le drame, c'est que les autorités actuelles ne font pas leur travail, hormis la BCE. Ce n'est pas une question de structure de la zone euro mais d'erreurs politiques graves.

Hors Allemagne, le journal explique que plus de la moitié des échanges commerciaux s'exercent entre les pays de la zone. En quoi est-ce un problème ? La récession dans les pays du Sud complique t-elle de facto la situation de tous les pays de la zone euro en matière d'échange commerciaux ?

Charles Gave : Si l'Euro met en faillite  la moitie des États européens il est bien évident que ceux qui seront le moins touches sont ceux qui vendent le plus en dehors de l'Europe. J'aurais honte honte de débiter de telles platitudes

Charles Wyplosz : Ce n'est pas un problème. Au contraire, l'intégration croissante des échanges commerciaux et un des critères pour être zone monétaire optimale. Certes, la récession imposée par les politiques d'austérité heurte tout le monde, mais le problème n'est pas l'intégration grandissante, c'est la politique d'austérité.

Les interconnexions financières entre les banques entre elles et les banques par rapport aux dettes des autres sont-elles devenus trop pesantes pour assurer une véritable stabilité monétaire ?

Charles Wyplosz : Même raisonnement: l'intégration financière contribue à l'optimalité de la zone. Le problème est que chaque pays protège ses banques au lieu de les nettoyer. Si les superviseurs nationaux avaient fait leur travail, on n'aurait pas eu de bulles dans l'immobilier et les banques auraient été plus solides et donc à même de mieux absorber le choc made in USA. Le soutien coupable aux banques continue et rend la récession plus grave et plus longue. Ce n'est pas une question de zone euro. C'est si facile de tout confondre quand on veut prouver ses préjugés...

Charles Gave : Le faux taux de change, en amenant certains États à la faillite, condamne ipso facto le système bancaire de toute l'Europe puisque les actifs des banques sont d'abord les prêts aux sociétés, qui déposent le bilan en masse et ensuite les obligations des Etats européens qui font faillite. L'actif des banques disparait, le passif (les dépôts) reste le même. La différence entre les deux c'est le capital de la banque qui disparait, d'où faillite bancaire. Encore une fois, j'ai honte d'aligner de telles évidences.






En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !