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Anxiété, dépression, addictions : comment détecter un adulte hyperactif
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Bonnes feuilles

Anxiété, dépression, addictions : comment détecter un adulte hyperactif

Bouger, zapper, consommer et faire barrage à l'ennui : dans les cas les plus sévères, l'hyperactivité peut pénaliser toute une vie et conduire à la spirale de l'échec. Le Dr Olivier Revol, lui-même hyperactif, témoigne et donne des solutions. Extrait de "On se calme !" (1/2).

Olivier Revol

Olivier Revol

Le Dr Olivier Revol est chef du service de neuropsychiatrie de l’enfant à l’Hôpital neurologique au CHU de Lyon. Il est un des tout premiers pédopsychiatres à s’être consacrés aux enfants dits hyperactifs qu’il accueille depuis plus de vingt ans. Il a publié avec succès: Même pas grave, L’échec scolaire ça se soigne (2006) et J’ai un ado mais je me soigne (2010) aux éditions Lattès.

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Poser le diagnostic de l’hyperactivité chez l’adulte est un vrai défi. La plupart d’entre eux ignorent de quoi ils souffrent, et beaucoup de médecins font fausse route par méconnaissance de la réalité de cette affection. Rien à voir avec l’hyperactivité de l’enfant, la différence est flagrante dès le premier rendez-vous.

Face à un enfant agité, le spécialiste est, avant tout, interpellé par l’environnement. Cette consultation a-t-elle été demandée par les parents, par l’école ? Est-ce pour faire entrer cet enfant dans la norme, en faire un premier de la classe par ambition ?

Pour le Dr Véronique Gaillac , cette question se pose aussi face à un adulte. Mais la relation est plus directe, plus simple. C’est lui-même qui décide de venir, exprime ses plaintes et sa souffrance. Au médecin de les prendre en compte et d’essayer de lui proposer un cadre théorique (TDAH ou autre) dans lequel on pourra mettre en place une stratégie thérapeutique : « Avec un adulte, je me demande aussi dans quelle mesure la société exerce une pression sur lui. Pourquoi certains veulent à la fois tout assurer à la maison, travailler et poursuivre des études. Être performant, c’est peut-être ce que la société attend d’eux ! »

Tension intérieure

Dans les symptômes, ce qui change de façon visible chez l’adulte par rapport à l’enfant, c’est qu’il bouge moins. Certes il marche vite, monte les escaliers quatre à quatre, mais devenu adulte, il a appris à s’adapter et l’agitation motrice qui caractérise les enfants disparaît. Ce qui a longtemps conduit à penser que l’hyperactivité s’arrêtait à l’âge adulte. Faux. Cette agitation est toujours là, mais elle a évolué. Elle s’est transformée en tension intérieure, qui habite l’adulte hyperactif. Pour lui, pas de répit. Toujours en éveil ou sur ses gardes, il bouillonne de l’intérieur et panique face à une tâche qu’il ne sait par quel bout entreprendre. Mal à l’aise et fragilisé par son incapacité à démêler le fouillis qui envahit son cerveau. Il se sent dépassé et, déstabilisé face aux autres, il n’ose plus. Il perd ses moyens.

L’impulsivité, autre symptôme de l’hyperactivité, se traduit à l’âge adulte par un comportement souvent socialement inapproprié. Tendance à couper la parole, à ne pas écouter, à quitter un travail du jour au lendemain. Une incapacité à différer, qui entraîne parfois des conséquences plus graves. D’après une étude publiée en 2009 par Rachel Klein 1, qui a suivi une cohorte de patients pendant quarante ans, il y aurait un nombre de décès plus important parmi les hyperactifs. En particulier des morts violentes. L’abus de substances, notamment l’alcoolisme, et les délits conduisant à une incarcération sont également davantage représentés dans la population hyperactive adulte.

Quant au déficit d’attention, troisième symptôme et noyau dur de l’hyperactivité, pas de changement à l’âge adulte. Il persiste avec ses corollaires, les oublis, les manques, l’incapacité à se fixer sur une tâche. Dans ce domaine, on a tous l’impression de se reconnaître. Oublier de mettre la lessive dans la machine, laisser la carte bleue dans le distributeur ou les clés sur la porte… « Oui, bien sûr, cela arrive à tout le monde, rassure en souriant le Dr Gaillac, mais chez les hyperactifs, imaginez que c’est tout le temps comme ça ! » Finalement une difficulté à se fixer tout court. Un cumul de handicaps qui fait de la vie socioprofessionnelle un parcours d’obstacles. À commencer par la difficulté de garder un travail.

Plus complexe

Chez l’adulte, l’hyperactivité est rarement isolée. Dans 70 % des cas, elle s’accompagne d’autres troubles, comme anxiété, dépression, addictions, TOC, troubles du sommeil et/ou alimentaires. Appelés « co-morbidités », ces problèmes associés aux symptômes de l’hyperactivité compliquent le diagnostic. Le médecin doit en effet essayer de trouver le point de départ de la « maladie ». Est-ce l’hyperactivité qui a engendré une souffrance et par la suite une dépression du fait d’échecs successifs, scolaires puis professionnels. Ou l’inverse ? Le patient est-il agité car en pleine dépression. Et dans ce cas, le problème pourrait- il n’être que passager ?

Mais l’adulte hyperactif est surtout exposé au risque de dépendance. En règle générale, il est attiré par toutes sortes d’excitants. Chez lui, la prise de drogues (tabac, alcool, cannabis) répond au diktat du « circuit de la récompense  ». Ce besoin de satisfaction immédiate qui favorise les addictions en tous genres, y compris les jeux (machines à sous, casino, champ de courses). La prise de risque en fait partie. Le danger, la vitesse agissent également au niveau du cerveau comme des substances apaisantes. Une sorte « d’auto-médication » vers laquelle l’hyperactif se dirige inconsciemment.

Le Dr Véronique Gaillac a récupéré un jour dans son service un SDF qui, après avoir été sevré dans le service d’alcoologie de l’hôpital, n’arrêtait pas de bouger. Effectivement diagnostiqué hyperactif, il a pu bénéficier d’une prise en charge adaptée. Depuis, l’ancien laissé-pour-compte a un travail et un logement.

Dans les cas extrêmes, quand un hyperactif a perdu tout repère et tout soutien, il peut en effet devenir SDFou même se retrouver en prison. Seul et en situation d’échec, il est victime d’un engrenage. Rejeté du système scolaire, marginalisé, il trouve dans la délinquance une façon d’exister. Plus tôt que les autres, il brave les interdits, devient toxicomane. Il recherche les émotions fortes, ne craint pas de se mettre en danger. Rien ne le retient. Il quitte son boulot, divorce et se retrouve à la rue.

Un engrenage qui aurait pu me piéger, moi le premier…

Extrait de "On se calme !", Olivier Revol, (JCLattès Editions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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