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Benoît Hamon représente l'aile gauche du Parti socialiste.
Benoît Hamon représente l'aile gauche du Parti socialiste.
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Annick Lepetit : "Je ne comprends pas ces frondeurs socialistes dont certains ont pour leader un membre du gouvernement"

La porte-parole du groupe PS à l'Assemblée nationale Annick Lepetit a déclaré à atlantico ne pas être certaine que les frondeurs cherchent tous la même chose, soulignant la contradiction de ne pas faire confiance au gouvernement tout en ayant comme leader un membre de ce même gouvernement.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Le président du groupe socialiste Bruno Le Roux a manié la "langue bruxelloise" pour faire référence aux deux textes budgétaires formant le pacte de responsabilité et de solidarité qui seront discutés à l'Assemblée à partir de la semaine prochaine et que les députés PS ont examiné au cours de leur réunion hebdomadaire à huis clos, en présence de Manuel Valls. A l'instar des dirigeants européens qui négocient des "paquets", le leader socialiste a décomposé le contenu de ces deux budgets rectificatifs en cinq paquets distincts ( protection sociale, entreprises, modernisation fiscale, collectivités locales et justice fiscale ) dont les limites ne recoupent pas précisément celles des articles de loi pour les soumettre aux députés PS en débat interne avant de leur demander de se prononcer par vote sur chacun d'eux.

Cet exercice, courant pour les textes importants, était destiné à arrêter ce qui, dans le plan d'économies de cinquante milliards, sera modifiable et par conséquent amendable ou au contraire irrévocable aux yeux de l'exécutif. On parle là de modifications pouvant porter sur des centaines de millions, voire de milliards d'euros. Il s'agissait aussi de tenter de mettre au pas, voire de ferrer ces députés "frondeurs" qui contestent la répartition de ces économies et revendiquent le droit de défendre leurs propres amendements pendant le débat alors que seules les modifications votées par la majorité du groupe le sont habituellement. Une discipline à laquelle les députés frondeurs signataires de "L'appel des cent" refusent de se plier et une perspective de guérilla parlementaire qui met les dirigeants socialistes hors d'eux. Impossible pour l'heure d'en chiffrer exactement le nombre ( moins d'une centaine en tous cas ! )  : hier les frondeurs n'ont pas pris part au vote et le nombre de députés présents a varié au cours de la matinée ; en tout cas ils n'étaient pas au grand complet pour la circonstance.

Quand, dans leur plateforme, les frondeurs réclament "moins d'argent pour les entreprises, plus d'argent pour les ménages", Annick Lepetit, la porte-parole du PS, leur rétorque que "tout le monde voudrait pouvoir distribuer plus de pouvoir d'achat", que "le gouvernement a déjà beaucoup bougé, en particulier en direction des ménages les moins aisés, avec des réductions d'impôts et l'abandon du gel des petites retraites, ainsi que l'abandon du gel des indemnités pour les accidents du travail et les maladies professionnelles ; et ce n'est pas terminé" précise-t-elle.  "Nous négocions pour présenter des amendements afin d'éviter le gel des aides au logement". Des amendements ! Le mot est lâché, car hier les députés socialistes n'ont pas été invités à se prononcer sur des textes précis mais simplement sur des options, ce qui permet aux frondeurs d'esquiver et de jouer sur les mots quand on les interroge sur leur refus de prendre part au vote à la réunion de groupe. "Attention, avertit Bruno Le Roux, c'est sur le vote budgétaire que se définit une majorité". Autrement dit, ne pas approuver les deux budgets rectificatifs à venir équivaudrait à se mettre en dehors de la famille. Une menace que les frondeurs ne veulent pas entendre, se contentant de rétorquer "qu'il s'agissait d'un vote d'orientation" et que "le Parlement n'est pas une machine à voter et que le droit d'amendement est attaché à notre mandat de représentation". Et, s'ils admettent qu'il y a "quelques avancées", c'est insuffisant pour rendre les armes "à la première bourrasque", comme le disait Christian Paul, un de leurs chefs de file. A l'inverse, Annick Lepetit salue ce dialogue avec le gouvernement qui "donne du grain à moudre" et s'interroge sur les motivations réelles des récalcitrants : "Je ne suis pas sûre que les frondeurs veulent tous la même chose... ils viennent de différentes sensibilités et il est quand même curieux d'entendre un parlementaire expliquer qu'il ne fait pas confiance au gouvernement tout en ayant comme leader politique un membre de ce même gouvernement ; il y a quand même une petite contradiction", pointe celle qui vise sans les nommer les élus proches des ministres issus de l'aile gauche du PS, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon.

Au nom de la solidarité avec François Hollande qui veut réduire les déficits, Annick Lepetit ne s'attarde pas sur ses propres doutes "sur le chômage qui ne baisse pas toujours quand on réduit la dette", pour fustiger les accusations concernant la "baisse des charges qui équivaut à cadeau aux patrons". Un faux débat selon elle, "parce que, présenté de cette manière, c'est laisser penser que les aides aux entreprises ( qui sont ciblées vers les PME ), iraient directement dans la poche des patrons ou au MEDEF. Or, on aide les entreprises pour qu'elles investissent et là, le constat est unanime : il faut que les entreprises puissent investir et embaucher. Ces deux objectifs vont être regardés à la loupe par les partenaires sociaux et par les parlementaires ; c'est ce qu'on appelle les contreparties". D'autres préfèrent parler de garanties.

En pratique, le PLFR (projet de loi de Finances rectificatives) sera débattu la semaine prochaine. Il ne devrait pas poser trop de problèmes au sein du PS car les frondeurs, après avoir hésité, acceptent le principe de 50 milliards d'économie. En revanche, le PLFSSR (Projet de loi rectificatif de Financement de la Sécurité sociale) est au coeur de toutes les interrogations. Jusqu'où iront ceux qui réclament une politique "plus à gauche" ? Et à quelles sanctions s'exposent-ils ? Le gouvernement sera-t-il contraint de déclencher l'article 49/3 pour éviter d'être mis en minorité ? Pour l'heure, personne ne l'envisage mais "je n'accepterai pas que l'on défende en dehors du groupe des positions qui n'ont pas été défendues devant le groupe ou qui n'ont pas été actées par le groupe", a prévenu Bruno Le Roux sur un ton qui n'appelait pas la discussion. Autrement dit, les "paquets", une fois votés en interne par le PS ne pourront plus être modifiés qu'à la marge. En langue bruxellois,  les "paquets" deviennent des directives. Au PS également .

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