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La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, lors du lancement de son nouveau mouvement politique "Libres !", le 10 septembre 2017, à Argenteuil.
La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, lors du lancement de son nouveau mouvement politique "Libres !", le 10 septembre 2017, à Argenteuil.
©BERTRAND GUAY / AFP

Vue de loin

Angela Merkel, un modèle pour Valérie Pécresse. Vraiment…?

La désormais candidate à la présidentielle précisait ce dimanche dans le JDD que la chancelière allemande l’inspirait. Mais en quoi exactement ? A bien y regarder, son bilan est bien moins exemplaire qu’il n’y paraît.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Lettre à Valérie Pécresse qui prend Angela Merkel pour modèle.

Chère Valérie Pécresse, 
J'ai eu l'honneur d'appartenir à votre cabinet quand vous étiez ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. J'ai gardé le souvenir d'une ministre exigeante avec ses collaborateurs, à qui on ne procurait pas d'analyses approximatives. C'est pourquoi, au risque d'être facétieux, je dois vous avouer ma perplexité après avoir lu hier dans le Journal du dimanche que votre modèle est Angela Merkel. Je crains, chère Valérie Pécresse, que, pour une fois on puisse vous prendre en défaut de ne pas avoir suffisamment bossé un sujet. C'est assez rare pour que je me permette une petite note de mise à jour à Madame la Ministre.....

La Chancelière d'une abstention croissante du corps électoral allemand 

De loin, Angela Merkel impressionne. Seize ans Chancelière ! Autant qu'Helmut Kohl. La CDU qui reste le premier parti dans les sondages, malgré cette durée au pouvoir ! Cependant, c'est là que les questions commencent. Angela Merkel a trouvé un parti à 35/38% des votants. Elle le laisse à dix points plus bas: la CDU aura du mal à dépasser 25% aux prochaines élections, fin septembre.  Et puis quand on regarde de plus près, on s'aperçoit que la Chancelière a été réélue en 2009 et 2013 avec 30% d'abstention ; c'est énorme pour l'Allemagne. En France, ce serait l'équivalent de 40/45% d'abstention à une présidentielle. Est-ce vraiment ce que nous voulons en France? Il est vrai qu'on est sans doute parti pour cela avec l'introduction du pass sanitaire. Mais est-ce vraiment ce que nous voulons? 

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De quelle droite Valérie Pécresse est-elle le nom ?

Voulez-vous vous installer au centre-gauche où Macron occupe l'espace? 

En 2017, Angela Merkel a été mal réélue avec une poussée de l'AfD qui a fait remonter la participation électorale de 5%. Et nous touchons là du doigt un gros problème des années Merkel. Elle a déplacé  le centre de gravité de son parti du centre-droit, où il était solidement installé, au centre-gauche. Ce que la Chancelière a gagné aux dépens des sociaux-démocrates, elle l'a perdu sur sa droite. Or ne sommes-nous pas avertis, nous qui avons servi Nicolas Sarkozy, que c'est suicidaire pour la droite? Je me souviens, durant le quinquennat 2007-2012, de tous nos amis bien intentionnés qui pourtant nous ont fait perdre en 2012. Ils expliquaient qu'il fallait "garder le Président de ses propres démons sur le sujet de l'immigration". Les 800 000 électeurs gagnés sur le FN en 2007 sont retournés chez Marine Le Pen en 2012.  Résultat, cela fera bientôt dix ans que la droite n'est plus au pouvoir. Il me semble difficile de prendre Angela Merkel pour modèle quand on a une Marine Le Pen qui ne fera pas moins de 18/20%. La "fierté française", chère Valérie Pécresse me semblerait mieux garantie au centre-droit qu'au centre-gauche. 

Un "en même temps"  prolongé? 

Et encore, je suis gentil quand je parle du centre-gauche pour Angela Merkel. Elle a sur plusieurs sujets donné un coup de barre à gauche toute. Sur l'industrie nucléaire en 2011! Sur l'immigration sans contrôle en 2015! Laissons-lui d'ailleurs une certaine cohérence : Angela Merkel, fille d'un pasteur progressiste qui préférait le socialisme au capitalisme et qui quitta Hambourg pour s'installer en RDA quand elle avait un an, n'a jamais été une femme de droite. J'ai en tête une vidéo où, sur une estrade, elle force des élus de la CDU à replier un drapeau allemand qu'ils sont en train de déployer. Chère Valérie Pecresse, vous ne pourriez ressembler à Angela Merkel qu'en donnant régulièrement des coups de barre à gauche. Mais voulez-vous vraiment être à la droite ce qu'Emmanuel Macron est à la gauche? La présidente d'un "en même temps" prolongé ? 

Angela Merkel a horreur de décider

Cela m'amène à un trait de caractère d'Angela Merkel. Elle a horreur de trancher entre deux options. C'est ainsi qu'elle a échoué en 2008-2010 à sortir l'Europe de la crise. Sans les interventions énergiques de Nicolas Sarkozy puis Mario Draghi, l'Union Européenne se serait bien mal tirée de la crise financière et monétaire. Et jusqu'à aujourd'hui la pénétration des capitaux chinois en Europe Centrale et sur la façade méditerranéenne témoigne du refus merkelien de saisir l'occasion historique de créer une Europe solidaire il y a dix ans. Mentionnons aussi l'incapacité d'Angela Merkel à trancher pour le camp de la négociation et de la raison avec la Grande-Bretagne, avant et après le référendum de 2016. La Chancelière est la première responsable d'un Brexit évitable. Non, décidément, Valérie Pécresse, je vous connais comme une femme qui aime décider, trancher. Vous ne ressemblez pas à Angela Merkel. Vous n'avez pas ces longues périodes indécises suivies d'une décision précipitée et qui penche toujours du mauvais côté (sortie totale du nucléaire civil, ouverture sans contrôle des frontières, diktat très maladroit à Theresa May, pour en finir, à l'été 2018, qui a précipité la chute de cette dernière et amené Boris Johnson au pouvoir). 

Vous auriez pu l'imiter sur le refus de la contrainte vaccinale...

On pourrait continuer l'analyse. Mais quitte à être provocateur je mentionnerai un seul point pour finir. Il y a une déclaration récente d'Angela Merkel que vous auriez dû reprendre à votre compte, chère Valérie Pécresse: le 13 juillet dernier, interrogée sur la question de savoir si elle comptait imiter Emmanuel Macron et son début de vaccination obligatoire, la Chancelière a répondu que non, elle comptait plus sur la persuasion pour que les gens se vaccinent; et, surtout, elle n'imaginait pas renier une promesse qu'elle avait faite, ne jamais rendre la vaccination obligatoire. Il ne fallait pas ajouter à l'angoisse de nos sociétés. Je peux avoir manqué quelque chose mais je n'ai vu nulle part que vous ayez pris position sur le discours présidentiel du 12 juillet. Or, croyez-moi, l'attitude des parlementaires LR qui ont voté pour le pass sanitaire ou se sont abstenus crée une forte réaction de rejet dans le pays. Je suppose que Xavier Bertrand, qui a demandé à ses proches de s'abstenir à l'Assemblée ou au Sénat, va le payer dans les sondages. Profitez-en! Et sur ce sujet - mais seulement celui-là- imitez Angela Merkel!
Veuillez agréer, chère Valérie Pécresse, l'expression de mon amical souvenir. 

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