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les bateaux de luxe pointés du doigt
les bateaux de luxe pointés du doigt
©Reuters

La croisière ne s'amuse plus

Âmes (de croisiéristes) sensibles s’abstenir : les confessions sulfureuses d’un employé de paquebot

Dans un livre confession, un américain raconte le statut "d'esclaves modernes" des marins de ces bateaux, payés au lance-pierre et souvent sans réel avenir.

"Vous seriez surpris de savoir ce que le corps humain peut endurer." Brian David Bruns en sait quelque chose. Cet américain, ancien employé dans une grande compagnie de croisières, a réussi ce qu'aucun de ses compatriotes n'a pu faire : tenir le coup. 13 mois comme serveur dans des conditions de travail insoutenables, c'est le seul américain à ne pas avoir démissionné avant la fin de son contrat de travail avec Carnival, une des plus importantes compagnies du monde.

Car derrière le luxe et le prestige du bateau, une foule de petites mains s'activent pour faciliter la vie du client : semaines de 80 à 90 heures, travail 7 jours sur 7, salaires dérisoires…  "Nous savions tous que nous étions des esclaves modernes" raconte Brian David Bruns dans plusieurs livres témoignages, devenus depuis quelques années des best-sellers outre-Atlantique.

Il y a 27 ans déjà, un article du New-York Times pointait du doigt les conditions de travail extrême des bateaux de croisière. En 1987, c'est la fin d'une série mythique aux Etats-Unis, "La croisière s'amuse", diffusée pendant 10 ans et présentant un sympathique équipage aux petits oignons pour les clients. La réalité de l'époque est bien différente. "Beaucoup  ne sont payés que 50 dollars par mois" pour inciter les employés à rechercher à tout prix le pourboire, raconte l'article. "Un tiers des navires de croisière tournent avec un équipage surmené  et sous-payé qui échoue régulièrement  aux tests médicaux, exposant ainsi les passagers à des risques de santé potentiellement graves".



Aujourd'hui, le discours de Brian David Bruns n'a pas beaucoup changé. La paie est la même, l'intensité des journées aussi. "50 dollars par mois pour travailler 7 jour sur 7sans un seul jour de congé pendant plusieurs mois" se souvient-il dans le Daily Mail. Et les compagnies américaines ne sont pas seules concernées. L'accident du Costa Concordia a mis en lumière les conditions des employés du bateau, à peines plus enviables. "Si l’on veut accueillir un maximum de clients, il faut des prix défiant toute concurrence ; les coûts de fonctionnement de ces paquebots étant importants, il reste une seule variable d’ajustement : la masse salariale" raconte à l'Humanité Patrick Chaumette, professeur en droit social à l’université de Nantes. Certains matelots touchaient environ 600 euros par mois pour cette cadence effrénée.

Sur le Costa Concordia, au début de la croisière, le capitaine présentait son équipage, composé de 40 nationalités différentes sur "We are the World, l'hymne à la diversité de Michael Jackson. "Les employés sont ainsi presque exclusivement issus des pays du tiers monde" souligne Brian David Bruns. Ce sont eux qui acceptent des salaires bas. Parfois, ils lorgnent sur la fameuse carte verte américaine qu'ils espèrent obtenir même s'il s'agit souvent d'un mirage. "J'ai rencontré beaucoup de femmes qui ont couché avec des officiers pour obtenir des promotions, c'est à dire un boulot simplement plus facile à faire" poursuit l'ancien serveur.


Le sexe fait d'ailleurs partie intégrante de la croisière. Pas question pour l'équipage de fricoter avec les clients. Cela signifierait la mise à quai immédiate. En revanche, au sein de l'équipe, c’est autre chose. "Tout le monde couche avec tout le monde" résume Bruns qui s'émerveille devant tant de "mélanges" entre couleurs de peau et nationalités. Avec une intimité toute relative puisque les cabines sont partagées par deux voire quatre personnes et un simple rideau permet de séparer les différentes parties. Dans ces conditions, les couples sont généralement éphémères. "Ceux qui ont tenu le coup peuvent être comptés sur les doigts de la main" raconte-t-il.

Une autre réputation qui n'est pas usurpée, c'est que l'alcool coule à flots, surtout pour l'équipage. "Tout ce que vous avez pu entendre à propos des marins ivres est vrai" assume Brian David Bruns. "Vu l'état de zombie dans lequel on se trouve  (à cause du manque de sommeil), vous seriez surpris de savoir ce que le corps humain peut endurer. Dire que les fêtes sont sauvages est un euphémisme." Lui qui habite désormais à Las Vegas, il considère que la ville des vices ne tient pas la dragée haute à ce qu'il a connu. Les fêtes sont courtes, de minuit à 3h du matin, alors chacun se précipite sur les boissons, gracieusement mise à disposition (et à volonté) du personnel et certaines terminent presque en orgie, surtout lorsqu'un officier traîne dans le coin. Chacun dort autant qu'il peut avant de retourner au travail.

Entre le travail, l'alcool et les parties fines, reste encore à supporter certains clients qui considèrent les employés comme des larbins. Mais ces derniers le leur rendent souvent bien.  "Dans les restaurants, on compare souvent les clients à des vaches car ils sont gros, tranquilles et qu'ils restent toujours aux alentours pour se nourrir" s'amuse l'auteur. "En revanche, quand ils sont ivres, certains se comportent comme des passagers de 1ère classe sur le Titanic." Pour beaucoup de travailleurs sur ces paquebots, les conditions n'ont pas vraiment changé depuis l'époque.

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