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Alzheimer : un espoir de traitement venu d’Israël
©SEBASTIEN BOZON / AFP

Avenir prometteur

Alzheimer : un espoir de traitement venu d’Israël

Une équipe de chercheurs de l'Université de Tel-Aviv a utilisé un nouveau protocole d'oxygénothérapie ayant eu des effets prometteurs pour améliorer la mémoire des patients atteints d'Alzheimer.

André  Nieoullon

André Nieoullon

André Nieoullon est Professeur de Neurosciences à l'Université d'Aix-Marseille, membre de la Society for Neurosciences US et membre de la Société française des Neurosciences dont il a été le Président.

 

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Atlantico : L'Université de Tel Aviv a mis au point un nouveau traitement contre la maladie d'Alzheimer à base d'oxygénothérapie. En quoi consiste exactement ce traitement ? 

André Nieoullon : Il s’agit d’un travail expérimental, utilisant principalement des souris transgéniques qui représentent pour la communauté un modèle animal analogue expérimental de certaines formes de maladie d’Alzheimer. Et l’étude est accompagnée d’un travail chez un nombre très restreint de personnes (6) souffrant de troubles cognitifs.

Le « modèle souris » permet, grâce à l’insertion de gènes, de faire exprimer dans le cerveau de l’animal certains stigmates humains de la maladie d’Alzheimer, ce que l’on nomme les plaques amyloïdes ; et cette surexpression de gènes conduit à des déficits comportementaux supposés reproduire des déficits cognitifs des malades.  Les chercheurs de Tel Aviv ont utilisé une méthode d’oxygénothérapie en caisson hyperbare (15 souris) et ils ont montré que la formation des plaques amyloïdes était pour le moins ralentie, voire même que certaines de ces plaques disparaissaient. C’est sur cette base qu’ils ont soumis les personnes souffrant de troubles cognitifs à un traitement d’oxygénothérapie similaire (60 séances sur 90 jours) et qu’ils constatent que le flux sanguin cérébral est amélioré de l’ordre de 20% par rapport aux témoins, et que les tests cognitifs voyaient également leurs performances meilleures, d’environ 16%.

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Considérant l’impasse actuelle dans laquelle nous nous trouvons sur le plan thérapeutique face à cette maladie tellement destructrice avec près d’un million de personnes atteintes dans notre pays, il est certain que toute information de ce type ne peut être considérée que comme une bonne nouvelle pour les malades, suscitant un espoir tellement malmené. Et, comme si ce n’était pas suffisant et qu’une bonne nouvelle peut en cacher une autre, dans le même temps la Food and Drug Agency aux Etats-Unis, l’autorité qui autorise les médicaments, annonce qu’elle approuve un nouveau candidat-médicament, Aduhelm, de la firme Biogen, qui cible également la formation des plaques amyloïdes du cerveau des malades, ce qui n’était pas arrivé depuis presque 20 ans… même si l’autorisation n’est que conditionnelle !

Alors, devons-nous nous réjouir de ces résultats ? La réponse est oui, sans arrière-pensée. Mais les choses ne sont vraisemblablement pas si simples et la voie des plaques amyloïdes, et plus spécifiquement de la protéine béta-amyloïde, a déjà été tellement explorée au cours de ces dernières décennies qu’à mon sens un peu de retenue s’impose, par respect pour les malades tout au moins.

Que peut-on réellement en espérer ? Est-ce uniquement une façon de soulager le malade ou est-ce plus prometteur ?

Compte tenu de notre dénuement actuel en termes de thérapeutique, toute stratégie nouvelle est forcément la bienvenue, sauf si elle présente des effets secondaires tels, qu’elle représente un danger pour les malades. Mais tellement d’études similaires -de caractère généralement préliminaire- ont été présentées avec enthousiasme pour ensuite retomber dans l’oubli, qu’il est nécessaire de prendre un peu de recul avec les résultats d’aujourd’hui, même si -comme toute la communauté- nous nous réjouirions de voir ces données largement confirmées.

Sans s’attarder sur les méthodologies, qui méritent certainement de conclure avec prudence en l’état, ne serait-ce que pour ne pas retomber dans les polémiques des études sur les traitements potentiels de la COVID et qui ont tellement discrédité la communauté scientifique et médicale, deux remarques d’ordre général peuvent être avancées. D’abord, s’agissant des troubles cognitifs « de type Alzheimer », de très nombreuses études (parfaitement validées) considèrent que, pour une majorité de malades, des troubles vasculaires cérébraux importants accompagnent les processus neurodégénératifs. Dans ce contexte, il n’est alors pas anormal qu’une oxygénothérapie quelque peu intensive se traduise, chez des personnes au stade de « pré-Alzheimer » (c’est la population de patients qui a été ciblée dans l’étude Israélienne), c’est-à-dire souffrant de troubles cognitifs encore peu invalidants, par une augmentation du débit sanguin cérébral (c’est la moindre des choses…) et d’une amélioration des performances mnésiques. Dès lors, la relation entre l’amélioration des performances sous oxygénothérapie n’a peut-être pas grand-chose à voir avec la réduction potentielle des plaques amyloïdes telle qu’observée chez un souris. Sur 3 mois, cela semble de fait peu vraisemblable… L’oxygénothérapie à haut débit, qui nous aide aujourd’hui à prendre en charge l’insuffisance respiratoire des patients atteints de la COVID, aurait dès lors bien d’autres vertus. Et si l’on considère -et c’est le second point- que si parmi les facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer, outre l’âge, il y a effectivement les troubles cardio-vasculaires et le diabète, notamment, alors toute atteinte métabolique qui serait réduite par l’oxygène à haut débit pourrait de fait contribuer à améliorer le fonctionnement cérébral, en général. A titre d’illustration, parmi les stratégies « préventives de la maladie d’Alzheimer » telles qu’un certain nombre de chercheurs les présentent, on trouve par exemple les statines, qui réduisent les impacts sur les composantes cardiovasculaires, ou encore la metformine, qui combat utilement le diabète de type II. Alors, pourquoi pas l’oxygénothérapie ?

Début juin, l'Agence américaine du médicament (FDA) a approuvé la commercialisation de l'Adulhem pour combattre la maladie d'Alzheimer. A-t-on vu les premiers effets ? L'oxygénothérapie peut-elle être un bon complément ?

Comme mentionné plus haut, il est rare que la FDA américaine prenne le risque d’approuver un traitement, même de façon conditionnelle, dans un domaine suscitant tellement d’espoirs et chargé aussi de considérations économiques majeures eu-égard au nombre de malades (plus de 60 millions aux USA). Les résultats des études fournies par le laboratoire montrent que l’administration de l’Aduhelm, comme dans le cas précédent avec l’oxygénothérapie chez la souris, et bien qu’il s’agisse d’un mécanisme d’action très différent, est suivie d’une réduction des « biomarqueurs » des plaques amyloïdes dans le cerveau de malades, notamment par visualisation directe des plaques par imagerie cérébrale ou par tests biochimiques. Mais comme dans l’étude précédente, il s’agit de malades au stade de « pré-Alzheimer » et, là encore, la relation entre la réduction des plaques amyloïdes et l’amélioration des performances cognitives reste à établir. Mais l’intérêt de l’attitude de la FDA est que de nouvelles études sont en cours et que nous serons rapidement éclairés sur les performances réelles de ce médicament potentiel en tant que « ralentisseur » de l’évolution de la maladie, à condition aussi que les effets secondaires (apparemment nombreux) de ce médicament potentiel ne soient pas plus importants pour les malades que le bénéfice qu’ils pourraient en tirer… 

Alors combiner oxygénothérapie et Aduhelm ? Vous posez la question judicieusement mais gageons qu’un certain nombre d’équipes sont déjà au travail…

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