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Alcool, drogues, prises de risque… Comment convaincre ses ados de ne pas céder aux vrais dangers de l’été
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sexe, drogue et gueule de bois

Alcool, drogues, prises de risque… Comment convaincre ses ados de ne pas céder aux vrais dangers de l’été

Si l'exposition des adolescents à la drogue ou à l'alcool est liée à cette période de la vie, les vacances constituent une séquence opportune pour découvrir (et parfois abuser) de ces substances pourtant dangereuses.

Dan Véléa

Dan Véléa

Le Docteur Dan Véléa est psychiatre addictologue à Paris.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les addictions, dont Toxicomanie et conduites addictives (Heures-de-France). Avec Michel Hautefeuille, il a co-écrit Les addictions à Internet (Payot) et Les drogues de synthèse (PUF, Que sais-je ?, Paris, 2002).

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Atlantico : Pendant les vacances d'été, les tentations sont plus grandes pour les adolescents -plus ou moins jeunes- qui sortent sans leurs parents... L'abus d'alcool par les jeunes est-il plus fréquent à cette période là ? Dans quels cadres existe-t-il ?  

Dan Véléa : Bien évidement dans le cas de figure exposé, les types de consommation sont les usages festifs et les abus. L’alcool et le cannabis sont les produits les plus consommés, majoritairement dans un but expérimental et récréatif, mais il reste des cas d’usage abusif – mélanges, usage rapide et en forte consommation de type binge drinking avec dans ces cas, des risques sur un le plan de la santé somatique et psychologique. Les vacances sont des périodes propices pour des rencontres, pour la désinhibition et surtout pour la recherche de sensation. Souvent, les adolescents cherchent dans l’usage des substances psychoactives un moyen rapide de détente, de plaisir, d’excitation, un facilitateur des rencontres.

Quels sont les impacts de ces abus, tant au niveau physique que psychologique ?

L’alcool est un produit toxique et psychotrope. Les effets psychotropes de l’alcool sont l’euphorie, la levée de l’inhibition ou au contraire la sédation et l’effet antidépresseur.

En cas d’usage massif, en cas de binge drinking, l’intoxication aiguë alcoolique ou ivresse alcoolique est caractérisée par la succession de trois phases : excitation, ébriété et dépression.

La phase d’excitation psychomotrice est caractérisée par une impression de facilité intellectuelle et relationnelle et une désinhibition.

La phase d’ébriétéest caractérisée par une démarche instable, des gestes incoordonnées et dysmétriques.

La phase de dépressionse caractérise par une grande fatigue avec endormissement  (jusqu’au stade de coma).

Si l’ivresse alcoolique peut se présenter sous cette forme « banale », on peut pourtant rencontrer des ivresses "pathologiques", qui se présentent comme des syndromes excitomoteurs, hallucinatoires, délirants, convulsivants. Souvent après l’ivresse, les patients présentent des "trous noirs" (amnésie rétrograde).

Le coma éthylique se présente sous la forme d’un coma toxique ou métabolique. Il existe fréquemment une hypotonie musculaire, une dépression respiratoire, une hypotension, une hypothermie et une polyurie. La conduite à tenir est celle d’une grande urgence.

En matière de cannabis, sa consommation semble également augmenter en période estivale ? Quelles situations sont propices à la consommation de cette drogue ?

Le cannabis est à l’heure actuelle un produit largement consommé de manière festive et cette période de vacances s’accompagne d’une augmentation du nombre d’usagers expérimentaux, festifs, mais aussi des cas excessif de consommation. Comme pour l’alcool, le risque d’effets nocifs est augmenté en cas de poly consommation et de mélanges.

Concernant le cannabis, l’évolution de sa consommation, autant festive que sur un mode addictif, a littéralement explosé depuis 10 ans.

La consommation répétée (plus de dix usages au cours de l’année) de ce produit n’a cessé d’augmenter. Dans ce domaine, les garçons sont des adeptes bien plus fervents que les filles.

Ainsi la prévalence de la consommation du cannabis chez les adolescents est de 30 à 40 % pour l’expérimentation et de 15 à 25 % pour la consommation répétée. 28 % des jeunes ont expérimenté (au moins une fois) une drogue. Dans 99 % des cas il s'agit de cannabis et 14 % des jeunes ont déjà consommé ce produit plus de 10 fois.

Actuellement, le cannabis est le premier produit à l’origine de la demande de soins (10 % des prises en charge) pour des usagers d’un âge moyen de 25 ans. Le cannabis est à l’origine de 85 % des interpellations policières pour infraction liées aux stupéfiants (usage, revente, trafic).

Quels impacts une consommation irrégulière de cannabis a-t-elle sur un individu ? Comment les parents peuvent-ils protéger leurs enfants afin qu'ils ne consomment pas ou n'augmentent pas leur consommation de cannabis l'été ? 

Chez un sujet à personnalité structurée, les effets d'un usage à faibles doses restent circonscrits et les risques sont peu marqués tant sur le plan physique que psychique.

Dans le cas de certains sujets à personnalité fragile ou immature, on peut voir survenir parfois des accidents psychiatriques suffisamment graves (allant jusqu’à la pharmaco-psychose) pour imposer une hospitalisation. Ces situations sont d’autant plus augmentées par le mélange avec d’autres produits.

Le cannabis est une substance psychoactive qui agit sur le système nerveux central : euphorie, relaxation, facilitation des contacts avec autrui, levées des inhibitions, sensations auditives et visuelles augmentées, voire modifiées à forte dose, palpitations, bouche sèche, yeux rouges.

  • des troubles de la vigilance (risque d’accidents du travail, de la route),
  • des  passages à l'acte suivant la personnalité du sujet (agressivité, panique).
  • quant à la survenue d’une pharmacopsychose, les scientifiques s’accordent sur le fait que l’apparition de celle-ci serait imputable dans la majorité des cas à une personnalité et un terrain prédisposant.

Les effets du cannabis fumé sont rapides, la classique ivresse cannabique, qui se déroule en quatre phases :

  1. phase de bien-être euphorique, avec désinhibition, facilité relationnelle et communicationnelle
  2. phase d'hyperesthésie sensorielle avec désorientation spatio-temporelle et euphorie = raptus anxieux
  3. phase extatique
  4. phase de sommeil et réveil

Le cannabis entraîne une modification des perceptions avec immersion dans l'expérience immédiate, allongement du temps vécu, embellissement des sensations auditives, et à forte dose, transformation des perceptions visuelles et corporelles. La plupart du temps, ces changements sont assortis d'un état d'euphorie suivi d'une sédation qui débouche sur un sommeil de bonne qualité. Selon les sujets, il favorise la relation aux autres ou majore une attitude d'introversion.

A quelles autres prises de risques les parents peuvent-ils être confrontés ? Comment peuvent-ils les anticiper et s'en prémunir ?

Les parents d’aujourd’hui sont beaucoup plus sensibilisés aux risques liés à l’usage de l’alcool et du cannabis chez leurs enfants que les autres générations. Nous conseillons, et pas seulement en période estivale de maintenir un dialogue correct avec ses enfants afin de déceler des signes d’anxiété de performance, des signes en lien avec des échecs scolaires ou affectifs. Remarquer les changements dans le comportement du jeune, et discuter avec lui, sur un mode constructif et pas diabolisant en lien avec d’éventuelles consommations. Sur le lieu de vacances surveiller sans fliquer ses enfants, observer les fréquentations et le nouvel entourage. Veiller aussi que notre comportement d’adultes ne soit pas critiquables par les jeunes à qui on fait la morale.

Il faut insister sur les différents modes d’usage, les comportements de consommation des substances psychoactives étant différents entre les individus, et du coup les conséquences de cet usage. On distingue ainsi :

Usage expérimental

  • L'usage expérimental est un essai ponctuel, l'individu cherchant à explorer lui-même les effets de la substance, à titre de curiosité. C'est une consommation en général unique et sans lendemain.

Usage occasionnel

  • L'usage occasionnel est le recours au produit dans des circonstances particulières, un usage convivial. L'individu recherche une sensation de plaisir, un état de bien-être, d'apaisement ou de désinhibition.

Usage récréatif

  • Certains consommateurs font un usage récréatif de la drogue. La consommation est souvent groupale, pendant les loisirs (alcool, cannabis, ecstasy, ou cocaïne). La recherche de plaisir est au premier plan des motivations des consommateurs, mais aussi la recherche de sensation, la convivialité, l’appartenance à un groupe, la transgression des interdits, les rites d’initiation.
  • L’usage récréatif n'a pas dans l’immensité des cas des conséquences sur les activités socio-professionnelles.

Usage régulier

  • L'usage régulier est au moins quotidien. L'usage quotidien perd en général son caractère convivial. L’utilisation du produit est effectuée pour lutter contre une tristesse importante, ou contre des manifestations anxieuses. Il s'agit le plus souvent d'une tentative d'automédication.

Usage nocif ou abus

  • L’usage nocif est caractérisé par une consommation susceptible d’induire des dommages au niveau somatique, psychoaffectif et social.

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