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De l’eau à un milliard
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EDITORIAL

De l’eau à un milliard

1 milliard d’euros, c’est le montant annoncé par le gouvernement pour venir en aide aux agriculteurs et faire face à la sécheresse de ce printemps 2011. Mais surtout, c’est toute l’agriculture qui doit se réformer pour préparer les décennies à venir.

Alain Renaudin

Alain Renaudin

Alain Renaudin dirige le cabinet "NewCorp Conseil" qu'il a créé, sur la base d'une double expérience en tant que dirigeant d’institut de sondage, l’Ifop, et d’agence de communication au sein de DDB Groupe.

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Si la FNSEA exprime des doutes sur la totalité de la somme, elle reconnaît que 500 millions ont quand même déjà été versés. Il est normal d’être dépendant de la météo, mais nous prenons conscience face à cette nième subvention du degré de dépendance publique de notre agriculture. A quoi sert le fonds national de garantie des calamités agricoles (FNGCA) s’il ne dispose que de 100 à 200 millions d'euros ? Comment mieux constituer un fonds de réserve lorsque les années sont plus favorables ? Que font les assureurs ? N’y a-t-il pas un autre système que le recours systématique à « l’Étagriculteur » ? Notre agriculture se révèle tout simplement non durable, non pérenne au sens économique du terme quand on lui demande aujourd’hui de l’être, en plus, sur le plan écologique.

La Politique Agricole Commune a certainement aidé à la modernisation de l’agriculture, mais parallèlement elle a accoutumé une profession à la dépendance, dopée qu’elle est de subventions publiques. La Nouvelle-Zélande prouve qu'on peut avoir une agriculture très performante, et exportatrice, sans un centime d'argent public. En outre, les conditions climatiques seront sans doute de plus en plus difficiles, ou du moins variables et extrêmes. Dès lors, il ne s’agit pas, là encore, de réagir au coup par coup, mais bien d’envisager les décennies à venir, sur le plan de la gestion de l’eau bien sur, mais également de l’usage des produits phytosanitaires, des conditions de vie des animaux, de la maîtrise de l’ensemble des intrants, etc.

C’est dans ce sens que la FAO (L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) vient d’annoncer une nouvelle initiative pour "produire plus avec moins", rappelant que pour lutter contre la faim et satisfaire la demande d'ici 2050 (soit plus de 9 milliards d’habitant prévus), la production agricole doit progresser de 70%. Elle ne sera viable que si elle est durable, responsable, éthique, à la fois productive et économe. 

Nous sommes tous des agriculteurs, mais ...

Certes, « nous sommes tous des agriculteurs », surtout en France, attachés que nous sommes à nos terroirs, à leurs symboles et valeurs, mais si la solidarité nationale joue une fois de plus en faveur des agriculteurs, il ne faut pas oublier le civisme et la responsabilité attendus inversement d’une profession qui impacte nos vies de façon considérable. L’alimentation et l’énergie sont les deux plus grands défis du XXIème siècle, avec, pour l’un comme pour l’autre, des enjeux en matière de gestion des ressources, de conflits, d’équilibre géopolitique, d’accessibilité, etc.

Si nous sommes tous solidaires et responsables de notre agriculture, les agriculteurs doivent aussi être responsables face à nous, et notamment en matière de qualité sanitaire et environnementale, qui ne sont tout simplement plus optionnelles et facultatives. Il n’y a pas qu’en matière financière que les dérives existent, la crise de la vache folle s’est déclarée 12 ans avant les subprimes. Elle a créé un séisme, notamment en révélant l’usage intensif, par « nos paysans », garants des traditions et du bon sens, de farines animales dans l’alimentation des bovins, c’est-à-dire des herbivores faut-il le rappeler.

L’agriculture française est certainement une force pour la France et pour l’Europe, nous aurions tous à perdre, et les agriculteurs en premier, à la considérer comme un coût, ou comme une agriculture assistée. Il faut pour cela qu’elle se renouvelle, qu’elle se régénère, qu'elle s'autonomise, qu'elle invente son grenelle de l'agriculture, c’est une question de survie, pour elle, et pour nous tous.

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