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Doit-on dire adieu à la croissance économique mondiale ?
Doit-on dire adieu à la croissance économique mondiale ?
©Reuters

Stagnation en vue

Adieu croissance... La dépression est-elle devenue la norme pour l'économie mondiale comme le craignent de plus en plus d'économistes ?

Le prix Nobel d'économie Paul Krugman pose la question tandis que Larry Summers, ancien secrétaire américain au Trésor, affirme que les économies occidentales sont condamnées à la stagnation. Une vision qui ne fait que témoigner du défaitisme des dirigeants européens et de leur renoncement à se servir de l'outil monétaire.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Au cours des dernières semaines, certains économistes de premier plan (dont Lawrence Summers) ont pu faire état de leur crainte de voir les économies américaines et européennes condamnées à la stagnation. Comme le rappelle le prix Nobel Paul Krugman, cette idée n’est pas nouvelle. Au cœur de la crise, le gérant “star” Bill Gross inventait la notion de new normal, la nouvelle norme : au cours des prochaines années des périodes de faible croissance succéderont à des récessions de plus en plus fréquentes.

Il est indiscutable que cette vision trouve une résonance particulière au sein d’une Europe qui ne parvient pas à s’extirper de la grande récession dans laquelle elle est plongée depuis 2008. Les doubles récessions de 2009 et 2012 apportent un caractère prophétique à la théorie de la nouvelle norme née en 2010.

Il est de plus en plus fréquent de constater un accablement politique en rapport à cette question, une acceptation malsaine d’une situation de fait qui serait ainsi scientifiquement justifiée. Les pays occidentaux auraient mangé leur pain blanc, il ne reste que le pain noir comme avenir. L’endettement des sociétés occidentales en devient le symbole, cet endettement représente notre irresponsabilité, et nous devons en payer le prix. Sur cette base idéologique, nous devons accueillir cet avenir stagnant les bras ouverts. Payer le prix de la dette par la stagnation devient ici une rédemption.

Bien heureusement, cette approche quasi mystique ne repose en réalité sur rien. Le drame économique européen relève bien du pouvoir politique et n’est en aucun cas une fatalité. Bien que la théorie de la new normal puisse s’avérer pratique pour justifier l'absence de résultats, elle revient surtout à glorifier le statu quo.

Ce statut quo repose sur l’incapacité de se représenter le caractère monétaire de la crise que nous traversons. Et ce alors même que toutes les plus grandes crises économiques ont toutes été monétaires. 1929 et la déflation, les années 1970 et l’inflation, la déflation japonaise de 1997 etc, etc. Bien que cette subtile observation ait été faite par les Etats-Unis, par le Japon, par le Royaume-Uni et en fait par toute la planète économique, l'Europe la rejette avec dédain.

En effet, il se trouve que le pouvoir monétaire existe encore et certains pays ont redécouvert que l'outil n’est pas négligeable, il est même primordial. Le levier monétaire n’est rien d’autre que l’outil permettant de maîtriser la conjoncture économique alors que le pouvoir budgétaire et fiscal s’attache à son aspect structurel. La complaisance dans la stagnation n’est rien d’autre que de la fainéantise intellectuelle, une coupable indifférence. C’est ce à quoi nous sommes confrontés avec les dirigeants européens actuels, et cela pour une bonne raison parfaitement décrite par Ryan Avent de “the economist”:

“Après tout, c’est une génération qui a grandi dans les années 1970. C’est une génération, je le parie, qui considère l’éradication de l’inflation comme étant le plus important et le plus louable accomplissement de politique macroéconomique de leurs vies professionnelles : un acte ayant une signification aussi pratique qu’intellectuelle. Quoi qu’il arrive de nouveau dans l’économie, une inflation faible et stable ne peut être remise en question.

C’est évidemment ce blocage intellectuel qui rend possible la nouvelle norme décrite par Bill Gross. Cette phobie totale de l’inflation qui a encore un grand soutien auprès du public et qui est pourtant la cause même du déclin et de la stagnation.

Car la réalité est que la hausse des prix est la conséquence d’une forte activité et non un phénomène exogène à la croissance. L’inflation est dangereuse dans deux situations : lorsqu’elle est excessive et lorsqu'elle est proche du néant comme cela est actuellement le cas en Europe. Si la maîtrise des prix est indispensable, il convient cependant de ne pas oublier de lutter contre la déflation. La comparaison avec de l'huile moteur est parfaite ; en excès elle noie l'économie et en son absence, le moteur casse. C'est la recherche d'un équilibre monétaire qui doit guider une banque centrale car croissance et inflation sont les deux faces de la même pièce.

Pourtant, la génération à l’origine de l’euro a sacralisé le principe de lutte contre l’inflation en oubliant totalement de se prémunir contre la déflation. En conséquence, et pour le moment, la stagnation et le déclin ne sont en rien une fatalité, ils ne sont qu'un choix.

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