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Le Défenseur des droits a critiqué récemment le traitement dont les Vieux sont victimes de la part de la Publicité.
Le Défenseur des droits a critiqué récemment le traitement dont les Vieux sont victimes de la part de la Publicité.
©Reuters

Fossé générationnel

Abus des opérateurs mobiles et Internet : Pierre et Paul, moyenne d'âge 74 ans, à l'heure de l'euthanasie technologique

Le Défenseur des droits a critiqué récemment le traitement dont les Vieux sont victimes de la part de la Publicité. Il est temps d'attirer son attention sur celui que leur réserve la société technologique au travers du téléphone et de l'internet, les exposant quotidiennement à une véritable euthanasie sociale.

Christian Combaz

Christian Combaz

Christian Combaz, romancier, longtemps éditorialiste au Figaro, présente un billet vidéo quotidien sur TVLibertés sous le titre "La France de Campagnol" en écho à la publication en 2012 de Gens de campagnol (Flammarion)Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Eloge de l'âge (4 éditions). En avril 2017 au moment de signer le service de presse de son dernier livre "Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos", son éditeur lui rend les droits, lui laisse l'à-valoir, et le livre se retrouve meilleure vente pendant trois semaines sur Amazon en édition numérique. Il reparaît en version papier, augmentée de plusieurs chapitres, en juin aux Editions Le Retour aux Sources.

Retrouvez les écrits de Christian Combaz sur son site: http://christiancombaz.com

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Le Défenseur des droits a critiqué récemment le traitement dont les Vieux sont victimes de la part de la Publicité. Il est temps d'attirer son attention sur celui que leur réserve la société technologique au travers du téléphone et de l'internet, ces deux poumons artificiels dont les opérateurs piétinent les tuyaux sans scrupule, les exposant quotidiennement à une véritable euthanasie sociale.  Les faits rapportés ici sont strictement conformes à la réalité. L'auteur n'a changé que les prénoms.

Pierre, 64 ans, célibataire, possède, en Ile de France une maison de famille où personne ne vient plus. Il décide de la vendre pour s'installer dans le Sud, trouve un acquéreur, emplit des cartons, signe une promesse de vente, trouve une autre maison près d'Avignon et, pour ne pas être privé de téléphone, décide de faire transférer  son contrat Orange.

Mais la vente de la première maison doit être annulée. Il doit renoncer à l'achat de la seconde. Le retraité téléphone aussitôt chez Orange pour leur signifier qu'il faut tout arrêter -  c'est à dire ne pas créer de nouvelle ligne et ne pas supprimer l'ancienne. Une voix venue de Casablanca l'avise que le nécessaire sera fait. Quinze jours plus tard, l'opérateur coupe le téléphone dans sa maison vide. Un SMS triomphal l'avise que sa nouvelle ligne a été créée dans la maison qu'il n'a pas achetée.

Notre homme attend une heure dans un magasin Orange, proteste, rend son boîtier internet puis il se rend à Paris, où il demande l'hospitalité à son ami Paul.  Ce dernier est âgé de 84 ans. Veuf, il se sert d'internet pour parler à ses petits enfants et recevoir leurs photos. Son téléphone, véritable ligne de vie, passe par le boîtier unique. Depuis trois ans, il paye 40 euros d'abonnement pour 8 mégas et le téléphone illimité.

En arrivant chez lui, Pierre mesure une  vitesse de connexion de 128 k. Le téléphone disparaît un jour sur deux. Il constate que la moyenne des factures de son hôte s'établit à 65 euros

Il commence par exiger pour son ami Paul la vitesse de connexion à laquelle il a droit, ensuite il se penche sur la facture : depuis trois ans, Paul paye, à son insu, par prélèvement, 20 euros d'abonnement mensuel à un mystérieux service de jeux à télécharger, que l'opérateur permet à un "partenaire" de lui facturer par défaut selon le principe du "qui ne dit mot consent" soit 855 euros - lesquels lui sont remboursés par chèque dans la semaine.

Paul, pour faire excuser son incurie, explique qu'il n'y entend rien et qu'il se contente d'envoyer son chèque tous les deux mois à SFR.

 "Impossible, lui dit Pierre, puisque tu es abonné Orange".

Paul est du genre têtu: il produit les factures. Pierre s'aperçoit que son ami paye par chèque depuis trois ans la compagnie SFR pour la même ligne, ce qui nous fait près de 95 euros mensuels en téléphone.

Ensuite Pierre demande à la société Orange, propriétaire des lignes terrestres, comment elle  a pu consentir à laisser ouvrir un abonnement SFR sur le même numéro.

Renseignement pris, aucune demande de dégroupage n'a été enregistrée auprès d'Orange par la compagnie concurrente, laquelle perçoit donc, depuis trois ans, 40 euros mensuels, d'un octogénaire qui vit sur une pension médiocre et qui a dépensé, en pure perte, 1480 euros, en envoyant son chèque simplement parce qu'on lui demandait de le faire.

La société SFR propose de rembourser une année de trop perçu. Leurs "conditions générales" interdisent de remonter plus loin.

Aux dernières nouvelles Pierre, le plus jeune, l'homme qui vendait sa maison et à qui on a coupé le téléphone, fait, de son côté, l'objet de poursuites de la part d'un cabinet de recouvrement parce qu' Orange a créé et facturé une ligne dans l'autre maison, celle qu'il n'a pas achetée, à l'autre bout de la France, maison dont le nouveau propriétaire, à peine entré dans les lieux, se plaint de recevoir des commandements  à payer au nom de cet inconnu et de ne pas pouvoir installer le téléphone puisque la ligne ne lui appartenant pas, il ne peut pas la résilier.

Si par hasard vous entendez prétendre que la cause principale de l'impatience des Français se trouve dans la conduite de François Hollande, souvenez-vous que le problème est plus large.

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