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À partir de quand les ralliements en série pourraient-ils finir par plomber le renouveau Macron ?
©JOEL SAGET / AFP

Attraction désastre

À partir de quand les ralliements en série pourraient-ils finir par plomber le renouveau Macron ?

François Bayrou, François de Rugy, Daniel Cohn-Bendit, peut-être bientôt Borloo... Les ralliements à Emmanuel Macron se multiplient. Une bonne chose à court terme au vu de la hausse fulgurante dans les sondages mais potentiellement fatale à moyenne échéance.

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections. Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques. Il est notamment l'auteur de Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? (éditions de La Documentation Française, 2014) et Histoire d’une révolution électorale (2015-2018) avec Anne Muxel (Classiques Garnier, 2019).

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Atlantico : On ne compte plus les soutiens dont bénéficient Emmanuel Macron. Dernier en date, Christophe Caresche qui fait un pied de nez à Benoît Hamon pour rejoindre "En Marche ! ". Mais même si cela lui permet de pallier à son absence d'expérience et de réseau structuré, quels sont les risques de verser dans un parti "catch all" ? L'adhésion est évidemment plus large mais n'est-elle pas aussi plus volatile au fur et à mesure des soutiens qui s'accumulent ?

Bruno Cautrès : Nous sommes à un vrai tournant de cette élection présidentielle. Les ralliements de Christophe Caresche, puis de Daniel Cohn-Bendit, à Emmanuel Macron montrent que la dynamique de « En Marche ! » et de son candidat ne faiblit pas. Il y a quelques mois, la plupart des observateurs pensaient que lorsque les « gros » candidats rentreraient en scène, le phénomène Macron s’essoufflerait. Il n’en est rien. Si le nombre d’électeurs indécis, dont le choix de vote peut encore changer, reste élevé parmi les électeurs potentiels d’Emmanuel Macron, il n’est pas le seul à être concerné par cette tendance de l’électorat à l’exception de Marine Le Pen dont l’électorat est assez stabilisé. Mais on commence à constater des éléments de cristallisation de l’intention de voter Macron, notamment dus aux ralliements récents à sa candidature, notamment F. Bayrou. Ces ralliements ont permis à Emmanuel Macron d’occuper presque tout l’espace disponible au centre et à ses deux bords du centre-gauche et du centre-droit. Il reste néanmoins vrai que s’il était élu le 7 mai, Emmanuel Macron aurait à construire une majorité parlementaire et à dissiper les ambiguïtés liées à la dimension « attrape-tout » de « En marche ! »

Emmanuel Macron se targue de vouloir dépasser le clivage politique gauche-droite et de ne pas faire partie du "système". Mais à force de rallier des soutiens qui eux, sont de purs produits d'un système politique qui déçoit les Français depuis plusieurs quinquennats, est-ce que cela ne risque pas de faire éclater la dynamique du candidat Macron ?

C’est de ce côté-là que le risque est le plus grand pour lui. Une grande partie de sa dynamique repose sur sa forte image de rénovateur de notre vie politique. Il a construit une forte image de nouveauté, il utilise une rhétorique, un vocabulaire et un style qui veulent incarner ce renouveau.  Le fait qu’il soit rejoint par des personnalités politiques qui n’incarnent plus cette rénovation est donc un peu à double tranchant pour Emmanuel Macron : d’un côté cela souligne le passage de témoin entre l’ancienne génération et lui (le ralliement de François Bayrou est à cet égard très symbolique) mais d’autre part cela qu’il a besoin du soutien du « système » qu’il dénonce justement.  Mais je ne pense pas que cela soit de nature à mettre en péril la dynamique d’Emmanuel Macron dans l’opinion, en tout cas pour le moment. 

A court terme, la stratégie du ralliement large pourrait faire barrage à Marine Le Pen. Mais pour les élections législatives cela se complique. Avec la somme de ces ralliements, Emmanuel Macron ne risque-t-il pas de conduire une politique de compromis qui ne serait jamais que la continuité de ce qui existe depuis des années ?  Est-ce que cela ne constituerait pas une trahison vis-à-vis des électeurs ? 

Les enquêtes que nous réalisons, par exemple le Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, montrent que si les Français demandent à leurs hommes et femmes politiques des choix clairs et assumés ils souhaitent aussi davantage de recherche de compromis. Dans la vague 8 de cette enquête, parue en Janvier dernier, on demandait aux personnes interrogées s’ils pensaient qu’en politique, lorsqu'on parle de compromis, c'est qu'on renonce en réalité à ses principes. 46% le pensent mais dans le même temps une très large majorité, 75%, pensent que les notions de gauche et de droite ne veulent plus dire grand-chose aujourd’hui. Nous sommes dans cette situation où les notions de gauche et de droite continuent de marquer fortement la politique et les préférences des électeurs mais où existe dans le même temps une forte attente vis-à-vis du dépassement de ce clivage. Cela est dû au fait que les électeurs ont vu beaucoup de promesses non-tenues et de grands problèmes, comme le chômage, ne pas être réglés. Les ralliements dont bénéficie Emmanuel Macron feront peut-être apparaître des contradictions programmatiques mais à plus long terme car dans un premier temps, s’il était élu, la dynamique de renouveau resterait forte auprès des électeurs.

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