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24h cumulées par semaine sur leur smartphone : pourquoi l’addiction des 16-30 ans n’est pas qu’une mauvaise nouvelle
©Reuters

Smartphone addict

24h cumulées par semaine sur leur smartphone : pourquoi l’addiction des 16-30 ans n’est pas qu’une mauvaise nouvelle

Les jeunes de 16 - 30 ans passent en moyenne 1 jour par semaine sur leur smartphone. Au lieu d'y voir une forme d'addiction, ce temps passé peut être très bénéfique du point de vue personnel. Lorsqu'une personne est accro au téléphone portable et se coupe du monde, cela est révélateur d'un problème plus profond. Le smartphone en lui même est neutre.

Michael Stora

Michael Stora

Michael Stora est psychologue clinicien pour enfants et adolescents au CMP de Pantin.

Il y dirige un atelier jeu vidéo dont il est le créateur et travaille actuellement sur un livre concernant les femmes et le virtuel.

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Atlantico : Selon une étude (voir ici) les 16–30 ans passent l'équivalent d'un jour par semaine sur leur smartphone. Au lieu de nous alarmer, cette tendance à être hyper-connecté peut-elle donner lieu à quelques raisons de se réjouir ? Au fond, tablette et mobile ne sont-ils pas un accès formidable au savoir et au partage ?

Michael Stora : Il faut effectivement arrêter de s'inquiéter un peu. A force d'en faire un objet de transgression, d'addiction ou de convoitise on lui donne une image tellement sulfureuse que cela en fait un objet de culpabilité. Lorsque l'on rentre dans le détail de ce que font les gens avec leur téléphone, la plupart du temps il s'agit de partager aussi bien avec nos amis proches mais évidemment avec des inconnus. Il peut néanmoins y avoir une tendance excessive dans le flux d'informations que de postes qui font qu'à un moment il faut demander ce que l'on y cherche à tout prix. Il est évident qu'internet nous propose un tel choix d'informations qui nous permette de les recouper et voire même d'être plus intelligents. Il est possible de faire de la "web errance" sur son mobile pour lire et commenter ce que ce l'on lit ce qui est plutôt positif. Internet en lui-même, en dehors du smartphone, permet un espace de co-création ou de co-commentaire pour finalement entamer le dialogue. Rien ne vaut le dialogue bien évidemment. S'il se borne à être narcissique où chacun se tend un miroir l'un envers l'autre, l'utilisation devient tout de suite un peu vaine.

A quelles conditions cet outil peut-il être considéré comme un bienfait ?

Même les gens qui postent à tout va et qui font cela pour l'estime d'eux-mêmes répondent à un besoin et d'une certaine manière se font du bien au risque que cela fonctionne moins bien à un moment ou un autre. Les êtres humains dans l'idéal arrivent à décrocher et à réutiliser leur portable. Il est intéressant de le poser ou de le mettre en mode avion lorsque l'on est avec quelqu'un. Soyons à 100% avec l'autre. S'il dit quelque chose que l'on n'a pas envie d'entendre autant en discuter au lieu d'éviter en se réfugiant derrière un écran. Le portable ne doit pas devenir un outil d'évitement de l'autre.

La fonction même du portable est d'être "portable", on peut l'avoir partout avec nous. Son utilisation intensive qui va jusqu'à couper les liens avec notre entourage vient masquer le fait que profondément on ne se sent pas bien dans notre vie. Lorsque l'on entre dans des problématiques de dépendance celle-ci n'est en réalité pas liée à l'objet. C'est une dépendance à l'autre. L'autre que l'on connait ou que l'on ne connait pas. On peut penser aux retweets par exemple où l'on s'éloigne totalement du qualitatif pour se diriger vers le quantitatif. Mais il ne faut pas non plus juger puisque des gens ont besoin de cela dans leur vie. Certains ont un besoin même professionnel d'être connectés. De nombreux cas d'addiction viennent de journalistes par exemple. Si la personne se réfugie dans son portable comme moyen de colmater des failles, on est dans une dérive qui montre que la personne ne va pas bien. L'objet en lui-même est bien évidemment totalement neutre, le seul danger du portable peut être lorsqu'il est envoyé dans la figure il peut faire mal !

La seule chose qui peut d'un point de vue psychologique être inquiétante dans l'utilisation du portable à des heures très tardives, notamment pour les adolescents. En revanche, un adolescent coincé chez lui qui n'a pas d'autres moyens de communication que le téléphone portable pour discuter avec sa petite amie ce n'est pas dramatique. Il faut faire la différence être seul avec son portable et se sentir seul.

Nos sociétés, via l'école en particulier, intègrent-elles suffisamment ces problématiques ? Que pourrions-nous mieux faire ? Y a-t-il des exemples à développer en France ou à trouver à l’étranger ?

Des enfants de CM1 ou CM2 ont souvent déjà des portables ce qui peut être un peu jeune. En revanche, au lieu de mettre l'accent sur la répression, puisque les portables doivent souvent être éteints. Les proviseurs ou les responsables des collèges lycées y voient même des objets dangereux. Le smartphone peut être utilisé pour faire la recherche d'une définition de notion par exemple. Une heure peut être accordée à une recherche et permettra aux enfants de se rendre compte qu'une question n'a pas forcément de réponse simple à chaque fois. Au-delà du mobile c'est internet de façon général qui peut être utilisé par des professeurs. Tweeter ou même Snapchat spécial école pour le partage de vidéos est possible. Pour beaucoup de collégiens ou de lycéens leur école est comme une deuxième famille. Cette utilisation des nouvelles technologies permet de créer du lien et de faire apparaître le collège et le lycée comme plus sympathique. Beaucoup de choses restent à imaginer.

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