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Dans "La Surprise du Chef", Joseph Macé-Scaron nous transporte à la veille de l'élection présidentielle de 2022.
Dans "La Surprise du Chef", Joseph Macé-Scaron nous transporte à la veille de l'élection présidentielle de 2022.
©BERTRAND GUAY / AFP

Le match n'est pas joué

2022, la présidentielle de tous les possibles

Joseph Macé-Scaron, dans "La Surprise du chef" (éditions de l'Observatoire), propose un récit de politique-fiction jubilatoire dans le contexte de l'élection présidentielle de 2022. Pour lui, quoi qu'en disent les sondages, le duel du second tour pourrait bien ne pas être celui que l'on croit.

Joseph Macé-Scaron

Joseph Macé-Scaron

Joseph Macé-Scaron est écrivain et essayiste. Dernier ouvrage paru : Eloge du libéralisme, Editions de L'Observatoire. 

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Atlantico : Vous publiez «La Surprise du chef» (aux éditions de l'Observatoire), un roman de politique fiction consacré à la présidentielle de 2022 bourré de portraits, de réflexions et d'observations au laser et, ce qui ne gâche rien, à la fois drôle et stimulant. On s'en voudrait de priver vos lecteurs du plaisir de la découverte du dénouement final mais l'une des idées centrales est là : cette fois-ci, quoiqu'en disent les sondages prédisant un match retour Macron/ Le Pen, tout est possible et peut-être même surtout une surprise.  Pourquoi cette conviction ?

Joseph Macé-Scaron : Merci, tout d’abord, de relever le caractère jubilatoire de ce livre qui peut être lu, en effet, comme une farce. Nous vivons dans des temps suffisamment sombres pour ne pas accabler davantage les lecteurs en leur interdisant de rire (le wokisme et la cancel culture s’en chargent déjà). Cela étant dit, distraire ne signifie pas obligatoirement nous extraire de toute réflexion.

Il y a bien des raisons objectives de prétendre que « tout est possible ». Ce sentiment est partagé avec raison par un très grand nombre de nos compatriotes. Ces derniers gardent encore en mémoire des événements politiques qui se sont déroulés à l’étranger et que nos fameux et fumeux experts en expertologie ont été bien en peine de prévoir. Je pense, par exemple, à l’élection de Donald Trump et à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Comme souvent, nous avons pu considérer nous autres Français que nous étions à l’abri de telles secousses telluriques mais il n’en est rien. Au contraire, nous sommes, aujourd’hui, placés au-dessus du volcan. Nous nous trouvons à un moment rare dans notre histoire récente où se rencontrent deux phénomènes.

Le premier est lié au fait que la mondialisation des échanges a eu pour conséquence inévitable la mondialisation des risques. La propagation de ces derniers et des catastrophes qu’ils provoquent se fait de plus en plus vite. La pandémie que nous traversons est un avertissement et non une parenthèse désenchantée comme voudrait nous le faire croire nos gouvernants. Au passage, la Chine a rapporté, il y a quelques jours, le premier cas humain de grippe aviaire. Mais ces risques ne sont pas seulement sanitaires, ils sont aussi économiques et politiques. Il existe, aujourd’hui, des pandémies politiques dont le populisme n’est qu’une manifestation.

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Le second phénomène est lié à l’absence totale d’adaptabilité de nos institutions et donc, de nos pratiques politiques. Ces dernières qui nous ont autrefois maintenu contre la débandade générale apparaissent maintenant comme un corset. Elles sont incapables de faire preuve d’agilité quand surgit l’imprévu. L’erreur commise par certains éditorialistes a été de croire qu’Emmanuel Macron était une réponse à cette situation d’une grande instabilité alors qu’il n’était, au fond, qu’un des symptômes de celle-ci. Loin d’introduire de la souplesse, de l’agilité et de la régulation, le chef de l’Etat a injecté à la fois de la raideur, de la rigidité et du chaos. Au fond, il a adopté le cadre de nos institutions sans en corriger les tares. Pire : le pouvoir est encore parvenu à accélérer sa centralisation si cela était encore possible. Du coup, le véhicule de l’exécutif sans amortisseur roule sur une route défoncée et, à chaque nid de poule, le conducteur et ses passagers font des bonds en l’air. C’est ce qui s’est passé avec la crise des Gilets jaunes.

La conjonction de ces deux phénomènes prépare le terrain au règne de l’imprévu : des dérégulations permanentes et de plus en plus violentes subies par des acteurs dont la toute puissance tourne à vide. Donc, oui tout est possible au risque du chaos debout.

Que les Français ne veuillent pas du match retour Macron/ Le Pen est une chose mais un candidat surprise peut-il se tracer un chemin vers la victoire alors que nous sommes à moins d'un an de l'élection ? Quelles qu'en aient été les apparences, Emmanuel Macron n'avait pas improvisé sa campagne de 2017 sur les ruines du hollandisme finissant mais l'avait préparée depuis des années. Et il avait su habilement se positionner auprès de l'establishment politique et technocratique français comme celui qui le sauverait. Un -ou une- candidat(e) peu connu et moins connecté au coeur du monde politique a-t-il vraiment des chances ?

Vous avez mille fois raison. Contrairement à la légende dorée savamment entretenue, la candidature d’Emmanuel Macron a été préparée, soupesée, discutée, dealée. C’est ce que démontre très bien le journaliste Marc Endeweld dans ses essais consacrés aux réseaux qui ont accompagnés l’ascension de « Jupiter » vers son Olympe élyséenne. Sous la Cinquième république, vous avez trois manières d’accéder au pouvoir, sachant que ces trois manières ne s’excluent pas : le parti, les réseaux, la sociologie électorale. Comme Giscard autrefois, Macron a su rafler la mise grâce aux réseaux qui ont su séduire un establishment au début plus réticent que l’on a bien voulu le raconter a posteriori.

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Or, je pense que la prochaine présidentielle ne se fera pas cette fois par les réseaux, bien trop déconnectés de la réalité du champ social et encore moins par les partis (ces derniers n’ont pas résisté à cette arme de destruction passive qu’étaient les primaires). Parce qu’il est temps que le réel se venge, c’est la sociologie électorale qui va jouer un rôle majeur. Aussi faut-il être attentif à ces noms de candidats virtuels qui apparaissent et qui sont en mesure de créer cette surprise du chef pour peu qu’ils battent au même rythme que le pouls de la nation. La droite républicaine donne l’impression d’être un bateau ivre cabotant le long des rivages macroniens ou marinistes mais il suffit d’un capitaine qui prenne avec assurance le gouvernail pour qu’elle reprenne le large. Et ce, pour la simple et bonne raison qu’elle est majoritaire dans le pays. Ce navigateur existe. Il est sans doute sur la cheminée comme la lettre volée d’Edgar Poe, invisible aux yeux des enquêteurs professionnels qui le considèrent comme sans valeur, ordinaire.

L'un des personnages dont vous dressez un savoureux portrait est celui de Marie-France Garaud à qui vous imaginez un rôle clé dans la propulsion d'un candidat surprise. Indépendamment des convictions de l'ancienne éminence grise de Jacques Chirac, elle-même candidate en 1981, le tempérament et la cohérence intellectuelle que vous décrivez d'elle soulignent en creux la superficialité de nombre de personnalités politiques de notre nouveau monde. Le moule des politiques de cette trempe a-t-il été définitivement cassé ?

Marie-France Garaud est un formidable personnage de roman qu’un Michel Zévaco aurait adoré placer dans sa série des Pardaillan. Je ne crois pas que cela soit un hasard total si elle apparaît, en 2021, à la fois dans un roman, La Surprise du chef et dans l’excellente biographie, La Conseillère, d’Olivier Faye. Comme vous le faites remarquer, cette femme de l’ombre a pris d’avantage la lumière que tous ceux qui, aujourd’hui, se pavanent sur les feux de la rampe. Le moule des grands fauves de la politique est-il cassé ? Disons qu’il est rangé dans le grenier de nos mémoires collectives. Autrefois, on justifiait cette disparition par l’absence de grands événements fracassants ou terrifiants seuls susceptibles de créer des vocations mais comme nous venons de le dire, ceux-ci se font de plus en plus présents. Alors quoi ?

La vérité est que la politique est passée de la matière noble à la matière molle. Elle a accepté de ne plus agir sur rien et d’être la spectatrice de sa propre impuissance. Rien d’étonnant si elle n’attire plus que des petits hommes gris, des attachés parlementaires sans génie, des énarques pré-pubères. Un Alain Madelin avait parfaitement prophétisé cette déchéance. Vous voulez des grands capitaines ? Vous avez la nostalgie des caractères forts et des tempéraments bien trempés ? C’est, aujourd’hui, dans l’industrie que vous allez retrouver ces grands fauves...

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Il serait paradoxal d’affirmer que l’aléa est roi et de nier toute chance à Marine Le Pen de parvenir un jour au pouvoir. Cependant, à l’inverse du microcosme qui joue à se faire peur et, se faisant, joue la partition suggérée par l’Elysée, cette hypothèse me paraît peu probable. D’abord, parce que, contrairement à ce qui nous est répété par tous les comités Adama Traoré, la France n’est pas un pays où l’extrême-droite a vocation à occuper notre paysage politique en devenant majoritaire dans les urnes. La France peut être patriote, belliqueuse, colonisatrice, xénophobe mais l’extrémisme de droite lui est un corps étranger. Le régime de Pétain, maréchal qui fut chéri à ses débuts par une intelligentsia de gauche, n’a pu être mis en place qu’en raison de la défaite et de l’occupation. Est-ce à dire que notre pays ne connaît pas les passions extrêmes ? Certainement pas. Le bonapartisme a pris des formes diverses et parfois radicales. Le boulangisme en a été une des expressions mais le gaullisme dans sa version RPF aussi. A bien y réfléchir, la tentation du sauveur militaire est constamment présente dans notre pays. C’est aussi la raison pour laquelle la récente tribune des généraux a provoqué autant d’émotions.

Mais vous parliez de tempérament et de caractère. Cela est aussi le problème de la candidate du Rassemblement national. Les tirs contre elle proviennent souvent de son propre camp et se font de plus en plus nourris sur les réseaux sociaux à chacune de ses interventions télévisées. Nombreux sont ceux qui ne voient toujours en elle que l’étudiante fêtarde d’Assas. Lorsque nos éditorialistes la compare au prédécesseur de Joe Biden, ses « amis » politiques sont les premiers à nous dire très clairement qu’il y a « trumperie » sur la marchandise...

Joseph Macé-Scaron publie "La Surprise du chef" aux éditions de l'Observatoire

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