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Le président Macron salue l'ancien président Sarkozy lors d'une cérémonie aux Invalides.
Le président Macron salue l'ancien président Sarkozy lors d'une cérémonie aux Invalides.
©THIBAULT CAMUS / POOL / AFP

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2008/2020 : Sarkozy, Macron qui a le mieux géré les deux énormes crises économiques du 21e siècle ?

Retour sur la gestion des crises les plus importantes de son siècle pour la France.

Don Diego De La Vega

Don Diego De La Vega

Don Diego De La vega est universitaire, spécialiste de l'Union européenne et des questions économiques. Il écrit sous pseudonyme car il ne peut engager l’institution pour laquelle il travaille.

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Atlantico : Les deux grandes crises de ce début de 21e siècle sont-elles comparables, tant dans leurs causes que leurs conséquences ?

Don Diego de la Vega : On peut comparer ces deux crises en terme de choc. Elles sont de nature différentes, d’ampleur différentes, avec des causes différentes et elles auraient méritées des thérapeutiques différentes, mais ce sont des chocs. Dans un cas comme dans l’autre on parle à tort de choc externe. On essaie de nous faire croire que la France a été une pauvre victime de l’immobilier américain, mais le narratif est faux. À la même époque, l’Europe faisait encore pire que les États-Unis sur la question de la dérive bancaire. Aujourd’hui, on fait encore une fois le coup du choc exogène avec la pandémie. 

La pandémie ressemble à un choc externe sauf que c’est contestable. Ce que doit normalement faire l’État quand il sait que des chocs externes peuvent arriver, c’est avoir une marge de manoeuvre. Sauf que nous avions au moment de l’arrivée de la pandémie, un système sanitaire et un système fiscalo-social sous tension. Les déficit publics étaient bien consistants avec une absence de réformes dans les deux premières années du mandat Macron. Nous aurions du avoir des hôpitaux en état de fonctionnement, un bon système pharmaceutique et des stocks de masques… 

Le parallèle que nous pouvons établir entre ces deux crises est que nous avons réagi à chaque fois de façon budgétaire en laissant filer les stabilisateurs automatiques avec une provocation de nouvelles dépenses. Signalons que les deux présidents ont été élus pour effectuer des réductions de dépenses. Alors ce qu’il aurait fallu faire est une dépense monétaire plutôt qu’une dépense budgétaire… On a accepté dans les deux cas un euro trop cher et on a à nouveau décider de faire porter un lourd fardeau aux prochaines générations. 

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Dès sa première allocution, le 12 mars 2020, Emmanuel Macron a invoqué « les décisions de rupture » quil sera amené à prendre, notamment la reconquête de la souveraineté économique. Son volontarisme faisait écho au discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 25 septembre 2008, dix jours après la faillite de Lehman Brothers, où il s'était fixé pour objectif de « refonder le capitalisme » en « moralisant le capitalisme financier ». Dans les deux cas, la France est-elle en capacité de répondre à ces paris ou bien les deux présidents ont-ils péché par excès d'orgueil ?

La France ne refonde rien du tout. Elle ne peut pas refonder le capitalisme et elle réagit dans les deux cas en lâchant la dépense. On a voulu préserver le plus possible d’emplois, la base fiscale future et électorale. C’est le comportement traditionnel d’un politicien quel qu’il soit. Ils font ce qu’ils peuvent pour que le système tienne, mais pour le reste c’est un enchevêtrement de grandiloquence et de rhétorique verbale. Cela provoque des bâillements chez nos partenaires car l’on compense nos capacités intellectuelles avec des propos hors de proportion.

La France subit un choc qu’elle présente comme externe alors qu’il ne l’est pas vraiment. L’État-providence est tellement fort en France que tout part dedans donc nous n’avons pas de forces de réserve. Nous n’avons aucune marge d’action à part le déficit et en cas de mode survie on peut profiter des largesses de la BCE. Nous allons de crise en crise en colmatant les brèches et sans jamais vraiment penser à un nouvel horizon. 

Nicolas Sarkozy tablait sur une forte reprise de lactivité pour éponger les déficits. « Plus ça descend bas, plus ça remonte haut », répétait-il. Emmanuel Macron fait-il la même erreur ?

Il est difficile de distinguer avec ce type de personnage de ce qui relève de la méthode Coué, indispensable en phase électorale par ailleurs. Emmanuel Macron ne peut d’ailleurs pas présenter la facture maintenant de la crise Covid car sinon il ne serait pas réélu. Il joue donc sa partition. 

À chaque fois, les politiciens quelque soit leur bord prévoient une croissance toujours supérieure à celle réelle. C’est le manque de réalité budgétaire qui a été souligné par la Cour des Comptes. Macron a été élu avec un programme qui annonçait une croissance de 2,5% en 2018, 2019, 2020, 2021… C’était la stratégie officielle de la France d’un gouvernement prudent libéral… 

Cette crise n’était pas prévisible, mais le fait que des crises reviennent tous les trois ans en zone euro dans le monde n’est pas une question de prévision, c’est élémentaire. Alors quand on table sur une croissance à 2,5 % quatre années de suite, on ne peut pas avoir de marge. Il n’y a pas de stock, il se rassure en se disant que les taux d’intérêts sont bas, mais s’il arrive le moindre incident de vie on est au tapis. C’est la gestion de la France par Sarkozy ou Macron. 

Soulignons tout de même que cette situation est plus coupable chez Macron car il y a eu plusieurs exemples chez Sarkozy. L’ancien ministre de François Hollande aurait du se présenter avec prudence en faisant des réformes et qui prévoit ce genre de choses.Nicolas Sarkozy arrive en 2007 dans une France qui arrive relativement bien. Macron lui est sensé savoir. 

A l'époque, Nicolas Sarkozy n'avait pas réussi à convaincre Jean-Claude Trichet, qui préside alors la Banque centrale européenne (BCE) d'utiliser larme monétaire. Emmanuel Macron est-il dans une position plus favorable aujourd'hui, alors que la BCE est le pompier de la zone euro depuis quelques années ?

Macron est en meilleure posture face à la crise et il a pu compter sur une BCE moins pragmatique. La BCE nous dit depuis 10 ans qu’elle est restrictive, mais aussi que si elle doit sauver le système elle le sauvera. 

Il faut ajouter que Nicolas Sarkozy n’a pas essayé de convaincre Jean-Claude Trichet… Ce qu’il aurait du faire en 2008, c’est donner 3 semaines à Trichet pour remettre l’euro en dessous de la parité avec le dollar. Et s’il ne le faisait pas, il le menaçait d’une politique de la chaise vide à Francfort. S’il voulait vraiment sa survie, il y avait des techniques et l’État sait ce qu’il faut faire. Ils ont décidé de ne pas le faire, c’est un choix qui a coûté cher à Sarkozy. 

Macron lui tombe dans une période plus favorable, mais je n’ai pas vu aucune  pression de Paris pour que l’euro baisse. Il est anormal que l’euro soit remonté en 2020. On aurait pu faire mieux et plus tôt. On fait à chaque fois le minimum syndical et il n’y a pas de quoi s’enthousiasmer. 

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