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20 millions de personnes en train de mourir de faim : la pire famine depuis 1945 est en cours
©Reuters

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20 millions de personnes en train de mourir de faim : la pire famine depuis 1945 est en cours

La famine qu'on décrit au Sud-Soudan n'est que la résultante d'une situation politique abominable. Et sert très bien le business de certaines ONG peu scrupuleuses...

Marc Lavergne

Marc Lavergne

Spécialiste de l'Afrique et de l'action humanitaire, membre du GREMMO, groupe de recherche sur la Méditerranée et le Moyen-Orient.

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1/ La situation au Soudan préoccupe de nombreux observateurs internationaux : quelle est l'ampleur de la famine en cours ? On parle de 20 millions de personnes menacées...

Il faut bien voir que ces 20 millions vont du Nigeria jusqu'au Yémen. La population totale du Sud Soudan est de 12 millions d'habitants ! On parlerait donc d'un ou deux millions de personnes en danger. Mais il faut bien voir quand la matière, tous les observateurs ONU compris mélangent les carottes et les navets. On met dans le même sac Boko Haram, la guerre au Yémen. On mélange des causes climatiques et des causes militaires. Au Sud-Soudan, c'est majoritairement des questions d'insécurité, de massacres et de déplacements de population. Ces déplacements résultant des massacres ont fait déplacer 2 à 3 millions de personnes sur les 12 que comptent le pays et qui aurait entraîné une dizaine de milliers de victimes bien que l'on ne sache pas vraiment. Il s 'agit de combat entre deux groupes de personnes qui s'affrontent pour le pouvoir. Il n'y a pas de sécheresse comme on peut l'entendre parfois. Il s'agit d'une région d'éleveurs, et non de cultivateurs, qui peuvent donc se déplacer. Il y a évidemment parfois des massacres de troupeaux. Cette société ne repose pas sur l'agriculture. L'autre question est celle des transports de vivres interrompus par les attaques.

La sécheresse existe en Somalie, mais pas au Sud-Soudan qui est une région subtropicale et humide, couverte de marécages et dans laquelle la pluviométrie provoque des problèmes inverse, avec par exemple des routes impraticables car trop boueuses. On est obligé de faire appel à des avions et cela coûte 10 fois plus cher. 

Le Somaliland a perdu 90% de son bétail du fait de la sécheresse. Les bêtes sont mortes de faim plus que de soif, car en réaction à la sécheresse, on concentre les bêtes autour des puis et ont épuise les pâturages alentours. Le problème est au final toujours un problème d'approvisionnement. On peut planifier une perte de bétail si l'on peut apporter de la nourriture. Si les dispositifs ne peuvent être mis en place, c'est parce que personne n'y pense tout d'abord, que l'ONU se réveille au dernier moment et appelle au secours pour des raisons qui me laissent sceptiques, parce qu'il s'agit surtout de ramasser de l'argent et de relancer le jackpot pour les organisations humanitaires. Et les routes peuvent être coupées par des bandes ou des rebelles.

Tout cela est au fond est une question plus logistique et politique que financière.

Quelle est l'explication politique des problèmes actuelles au Sud-Soudan ?

La tournure ethnique et même raciste des événements est incontestable. Un groupe veut dominer tous les autres et défend son monopole sur le pouvoir. Au Sud-soudan il y a ce problème des pillages, des viols qui n'ont rien à voir avec la famine. La famine est une conséquence de cette guerre civile parmi d'autres maux, mais ce n'est pas le cœur du problème. On parle de l'éradication actuelle de peuples entiers. 

Quels moyens mettent la communauté internationales ? Le Président du Sud-Gabon, le Président a demandé aux ONG de venir : y a-t-il urgence ?

Du point de vue du gouvernement, c'est un petit peu ironique et paradoxal, parce qu'ils sont les premiers criminels. Il n'a que faire du sort de sa population et est juste soumis à certaines pressions légères de l'ONU. L'aide humanitaire est un butin de guerre : en faisant venir de l'aide, le gouvernement compte en récupérer une partie et taxer les ONG qui viendront. Celles-ci sont obligées d'avoir une zone d'intervention pour toucher de l'argent public ou privé... ou des fonds internationaux. Pour cela, les ONG sont prêtes à accepter les conditions du gouvernement, à commencer par le fait de leur céder une partie de leurs aides. 
On peut affamer une population dans ce but aujourd'hui. C'est un peu comme cela que les choses se passent. On a affaire à des agences qui ne sont pas humanitaires mais bien politiques, décidées par tel ou tel communautés et état qui gère leurs intérêts. 
On demande donc généralement aux pays occidentaux de payer des sommes faramineuses qui ne seront de toute façon pas réunies. Et les engagements ne seront de toute façon pas remplis. C'est de l'argent sorti de la poche des citoyens (qui est défiscalisé pour les impôts) qui ne porte que de très rares fruits.

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