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11 septembre, 20 ans après : des Musulmans ou des Occidentaux, qui a gagné ou perdu (et quoi…) ?
©ED JONES / AFP

Le match derrière le match

11 septembre, 20 ans après : des Musulmans ou des Occidentaux, qui a gagné ou perdu (et quoi…) ?

Si le 11 septembre à marqué le déclenchement d’une guerre contre le terrorisme, une autre manière d’aborder l’héritage des attentats contre le World Trade Center est d’éliminer les terroristes de l’équation et de raisonner sur le bilan à hauteur d’individus du choc (relatif) de civilisation qui a marqué le début du 21eme siècle.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret enseigne à Sciences Po Paris.

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Alexandre Del Valle

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient dans des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan), La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) ou bien encore Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde (Editions de L'Artilleur). 

Son dernier ouvrage, coécrit avec Jacques Soppelsa, La mondialisation dangereuse, est paru en septembre 2021 aux Editions de l'Artilleur. 

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On a souvent considéré l’impact du 11 septembre à hauteur d’état, parfois en oubliant de considérer les populations. Dans quelle mesure l’attentat a-t-il eu des conséquences concrètes sur la vie des occidentaux ? 

Alexandre Del Valle : Ce que l’on constate juste après le 11 Septembre est que tout ceux qui veulent réduire les libertés privées, contrôler les flux financiers, renforcer les coopérations fiscales, échanger les données personnelles, en somme tous les sécuritaires et ceux qui veulent d’un monde de l’hypercontrôle se sont vu offrir une occasion extraordinaire. Avant le 11 Septembre, il n’y avait pas le droit d’échanger les données entre les pays et cela était même compliqué, à l’intérieur d’un pays, de rompre la privacy. Les premières lois qui ont justifié que l’on renonce à des choses qui résistaient depuis des années, dont la protection de la vie privée, sont arrivées après cela. Tout n’est pas arrivé immédiatement, il a fallu attendre 2009 pour commencer à démanteler le secret bancaire dans l’Union européenne, pour qu’il y ait des transmissions automatiques d’information. Et tout cela a commencé au nom de la lutte contre le terrorisme et du blanchiment d’argent lié à ce phénomène. Pour certains, c’est une avancée, pour d’autres, c’est une régression. Les réseaux sociaux sont ensuite venus décupler le phénomène.

Avant le 11 Septembre on pouvait oublier sa carte d’identité et tout de même monter dans un avion. C’est aujourd’hui inconcevable. Depuis les attentats, nos vies ont changé. Il y a des contrôles dans les trains, les aéroports, Vigipirate n’a presque jamais cessé en 30 ans.

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Sur un autre plan, il y a eu des abus terribles de la part des néo-conservateurs américains comme Dick Chesnay qui ont profité de l’émotion pour lancer des opérations immorales, gravissimes et contre productives. On a détruit l’État irakien, suscitant à la fois une riposte djihadiste sunnite et une progression de l’islamisme chiite. Les démocraties et la géopolitique mondiale ont beaucoup perdu. 

A mon sens, l’hypermédiatisation des attentats, du traitement des prisonniers, cela a fait le jeu des islamistes. En effet, on a parlé de djihadisme, de salafisme, du Coran, de la charia, du projet de califat… et on leur a fait de la publicité en bien ou en mal. C’est pour cette raison que je soutiens que l’islam et l’islamisme ne se sont jamais autant répandus qu’après le 11 Septembre.

Cyrille Bret : La question du bilan du 11 septembre doit aussi être fait au niveau micro social et non pas seulement au niveau international. L’événement a changé notre rapport à l’espace public qui est devenu un espace de menaces potentielles, aux transports, aux édifices publics et enfin notre vie numérique. L’impératif de traçage de protection et de détection des menaces s’est fait au détriment de la vie privée. On peut parler aujourd’hui de la mise en place d’une société de contrôle. Aux États-Unis, il y a eu le Patriot Act. Au Royaume-Uni, suite aux attentats de Londres, des réformes législatives importantes ont eu lieu à ce propos. En France depuis 2001, plus de 13 lois anti-terroristes ont été votées. 

Notre vie quotidienne a changé, mais aussi notre appréhension du danger. Il peut faire éruption n’importe où, n’importe quand. 

Un autre point important à signaler et l’augmentation du budget de la défense américaine. L’endettement public américain est devenu extrêmement fort et s’est dégradé face à la Chine à cause de cela. Pour les États européens cela n’a pas été le cas. 

La riposte américaine aux attentats a mené à plusieurs guerres au Moyen Orient. A quel point la vie est devenue complexe pour les habitants des pays concernés ? 

Alexandre Del Valle : Nous avons fait une guerre en Irak et en Afghanistan. Les pays musulmans en ont beaucoup parlé et la « rue musulmane » a vécu cela comme un traumatisme d’invasion américaine de leurs terres sacrées. C’est notamment vrai pour l’Arabie Saoudite où des soldats américains ont été déployés à des fins de protection et où les islamistes ont fait passer cela pour une invasion. Le monde musulman a fini par croire qu’il y avait une guerre de civilisation de l’Occident contre le monde islamique. C’est ainsi que la plupart des populations arabes ont pris en grippe l’Occident. On a, encore plus, « perdu les cœurs » pour reprendre les mots du le général Petraeus. L’Occident est encore aujourd’hui globalement détesté. Il a été dévalorisé, délégitimé. Le bilan est catastrophique.

Pour les populations locales, il n’y a pas eu énormément de modifications post-attentats. Ceux qui ont vécu un changement tragique, ce sont les populations tribales sous les bombes américaines en Afghanistan ou dans les zones frontalières pakistanaises. Les raids et les bombes réguliers ont changé leurs vies. En voulant tuer un terroriste on faisait des dommages collatéraux. Cela a provoqué un sentiment d’humiliation et de martyrisation sur leur propre sol qui a renforcé leur adhésion à l’islamisme. 

Dans les pays arabes, les dictatures étaient déjà en place avant le 11 septembre et elles le sont restées, sauf celle de Saddam Hussein. Mais dans la vie quotidienne, certains états arabes ont réprimé les islamistes et profité du 11 septembre pour durcir leur comportement à leur égard. Il y a eu une utilisation du 11 Septembre pour réprimer les populations et les partis politiques d’opposition. Mais comme je le disais, l’adhésion à l’islamisme politique va aussi augmenter car les états autoritaires vont entrainer une victimisation des mouvements islamistes. Pour certains pays, comme le Bahreïn, l’Arabie Saoudite, le Qatar, etc. il va falloir attendre 2014- 2017, et l’arrivée de Trump, pour qu’ils décident d’adopter des lois radicales contre le financement du terrorisme et du djihadisme. Il a fallu attendre l’arrivée de MBS et MBZ pour qu’il y ait une vraie riposte, radicale et violente, contre le djihadisme.  

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