10 millions de dollars par jour pour frapper l’État islamique : combien de temps les États-Unis et la France en auront-ils les moyens ? | Atlantico.fr
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La première patrouille française envoyée en mission au-dessus de l'Irak était composée de deux "Rafale" (ci-dessus en photo) et d'un ravitailleur.
La première patrouille française envoyée en mission au-dessus de l'Irak était composée de deux "Rafale" (ci-dessus en photo) et d'un ravitailleur.
©Reuters

Par ici la facture

10 millions de dollars par jour pour frapper l’État islamique : combien de temps les États-Unis et la France en auront-ils les moyens ?

Les opérations lancées contre l’État islamique en Syrie et en Irak restent pour l'instant exclusivement aériennes, ce qui ne les empêche pas d'être coûteuses. Les autorités américaines ont rendu public le montant moyen de ce nouveau théâtre d'opération : il se chiffrerait, dans sa tranche haute, à 10 millions de dollars par jour. La France, pour sa part, a plus de mal à donner une évaluation précise.

Philippe Chapleau

Philippe Chapleau

Philippe Chapleau est Journaliste au service Politique de Ouest-France. Il suit les questions de défense et la politique étrangère, après avoir été basé en Afrique du Sud comme correspondant jusqu'en 1992.

Il est l'auteur de Mercenaires SA (1998), Sociétés militaires privées. Enquête sur les soldats sans armées (2005), Les mercenaires de l'antiquité à nos jours (2006), et de l'essai  Les nouveaux entrepreneurs de la guerre, qui traite de l'externalisation en matière de défense en France.

 

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Atlantico : Les Etats-Unis, dans leur lutte contre l'Etat islamique, ont déclaré dépenser quotidiennement, pour assurer leurs frappes, entre 7 et 10 millions de dollars. Les observateurs estiment que selon l'intensité de l'intervention, elle pourrait coûter entre 13 et 22 milliards de dollars par an. La première puissance économique mondiale a-t-elle les moyens d'une campagne aussi coûteuse ?

Philippe Chapleau : Une remarque tout d'abord par rapport aux chiffres annoncés, les Américains raisonnent en termes de coûts globaux, et non en termes de surcoûts. Ils ont déjà – hors opération – des porte-avions, des bases accueillant des escadrons complets de chasseur-bombardiers, ils le comptent. Or, même sans être en opération, les avions voleraient, les personnels seraient payés, il y aurait donc forcément un coût fixe.

Après, bien sûr, en termes de ce qui est effectivement dépensé en plus dans le cadre de cette opération, cela reste conséquent puisque les Etats-Unis engagent actuellement environ 720 appareils (de combat ou ravitailleur), on est certainement dans un budget de plusieurs millions de dollars par semaine. Cependant, les Etats-Unis vivent, militairement, sur leurs réserves car les équipements ont souvent été commandés il y a plusieurs années, ils ont été payés, et ils n'engagent pas forcément de dépenses supplémentaires pour mener leur action sur le terrain. Après, si l'opération dure plusieurs mois, il faudra de nouveau remettre la main au portefeuille. Mais pour l'instant, ils sont loin d'être dans le manque, et d'ailleurs, ils nous fournissent du matériel.

Même si l'intervention de la France est bien plus réduite, et cantonnée à l'Irak seulement, que sait-on de ce qui est dépensé pour cette nouvelle opération extérieure ? Cette opération, pourtant réduite pour l'instant, est-elle "coûteuse" eu égard du budget français ?

Pour l'instant, les surcoûts sont modestes. La France a encore une présence assez réduite dans cette opération, il y aura bientôt neuf Rafale, plus un avion de ravitaillement, un avion de surveillance et une frégate. C'est relativement modeste. Nous utilisons de plus des infrastructures déjà existantes – notre base aux Emirats arabes unis – ce qui n'entraîne pas de surcoûts puisqu'elle existe indépendamment de l'opération. Les premiers Rafale qui ont commencé l'opération étaient déjà stationnés là-bas. Cela n'a rien de comparable avec les opérations au Mali ou en Centrafrique.

Alors que les Etats-Unis jouent la carte de la transparence, en France, l'opacité reste de mise. Pourquoi cette position si l'opération n'est finalement pas si coûteuse ?

Nous manquons encore de recul, nous n'avons commencé l'opération que depuis 15 jours. C'est donc un peu compliqué, même pour de simples projections, car le coût des armements, qui ont une durée de vie limitée et nécessitent de la maintenance, peut fluctuer. De plus, le ministère de la Défense français a encore beaucoup de mal à calculer finement le coût d'une opération extérieure. Même si les outils comptables sont en train d'évoluer, cela reste quelque chose de compliqué.

Malgré les frappes, les troupes d'EI continuent de progresser face à une armée irakienne et à des forces kurdes qui ne parviennent pas à repousser les islamistes. L'engagement pourrait donc être durable. Y a-t-il un risque d'inflation des coûts si l'opération s'enlise ? Aurions-nous les moyens d'une intensification des moyens qui pourrait faire ressembler cette opération à Sangaris ou à Barkhane ?

Admettons que l'opération traîne ou soit peu efficace – car nous ne sommes pas dans une guerre "classique" avec un affrontement frontal – et si le gouvernement français décide d'augmenter l'emprise aérienne, maritime, voire terrestre, alors on commencerait à se rapprocher d'une opération comme celle que l'on a menée en Afghanistan, ou dans la bande sahélienne. Les coûts seraient évidemment beaucoup plus importants. Est-ce que nous en sommes financièrement capables ? Je pense que oui. Est-ce que ce serait raisonnable ? Sûrement pas.  

Pour vous donner une idée, les projections qui ont déjà été faites pour l'ensemble des opérations extérieures en 2014 montrent une dépense de 1,1 milliard d'euros alors que la loi de finance prévoyait 450 millions d'euros, ce qui fait donc un dépassement de 650 millions d'euros… Il va donc falloir trouver cette somme. Le ministère de la Défense va évidemment contribuer, mais il existe des clauses de solidarité interministérielles qui obligeront les autres ministères à mettre au pot. Si ces derniers étaient prospères et avaient des cagnottes, cela irait, mais ce n'est bien sûr pas le cas. A la fin, ce sera toujours le budget de l'Etat qui en pâtira.

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