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Valérie Pécresse lors de sa victoire à l'issue du Congrès des Républicains.
Valérie Pécresse lors de sa victoire à l'issue du Congrès des Républicains.
©ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Programme électoral

10 idées qui pourraient réveiller la campagne Pécresse

Valérie Pécresse peine à décoller dans les sondages et à imprimer sa marque dans la campagne électorale. La candidate LR multiplie les déplacements sur le terrain. Des changements stratégiques et des idées novatrices pourraient permettre à Valérie Pécresse d'accéder au second tour de l'élection présidentielle.

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti est Professeur associé à Sorbonne-université et à l’HEIP et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire. Son dernier ouvrage, "Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir", est publié aux éditions du Cerf (4 Novembre 2021).   

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Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Pierre  Bentata

Pierre Bentata

Pierre Bentata, Fondateur de Rinzen, cabinet de conseil en économie, il enseigne également à l'ESC Troyes et intervient régulièrement dans la presse économique.

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Changer la stratégie de sa campagne et surmonter le noeud gordien de l’impuissance du politique :

Arnaud Benedetti : Aspirer à être President de la République ne se résume pas à l’expression d’un catalogue scolaire de propositions potentiellement interopérables entre elles. Madame Pecresse entend devenir la prochaine présidente ? Encore faut-il qu’elle s’incarne dans la France et qu’elle emporte avec son ambition une vision. La présidentielle n’est pas un concours, encore moins une promotion administrative. À ce stade, Valerie Pecresse apparaît bien plus comme la continuation du macronisme, certes avec un autre packaging, que l’affirmation d’une rupture avec celui-ci. Tout le problème de la candidate investie par Les Républicains n’est pas plus dans son style que dans le contenu de son projet ; il réside dans l’un et l’autre, et dans le fait que le style est à la mesure du contenu : sans relief, ou épousant une forme molle, un coup à droite, un coup à gauche mais dont le fond relève d’une vision marketée de la politique au service des mêmes forces qui soutiennent l’actuel chef de l’Etat : élitaires, technocrates, globalisantes, dérégulatrices, avec en moins ce zest de désinhibition qui fait la marque du sortant... Nulle part on ne sent la France, ni ce que la candidate républicaine se fait comme idée de la France.

Dans ces conditions, que faire ? Tout changer évidemment, surprendre, se révolutionner comme le conservatisme britannique sous la férule de Boris Johnson est parvenu à le faire. Il ne s’agit pas tant de "fendre l’armure" que de la reconstruire du tout au tout, à savoir procéder à un renversement de tous les paradigmes de prudence des états-majors de droite qui ont tous échoués depuis des décennies. Ne pas se limiter à être une droite médiocre de gouvernement médiocre, mais sortir de sa zone de confort qui est tout autant de conformisme. Valérie Pecresse ne nous parle finalement que très peu de la France, parce que tout se passe à l’écouter comme si la France en définitive lui parlait très peu. Son offre politique est si lisse que sa seule visibilité agit négativement, en creux : elle est celle d’une empreinte scolairement bourgeoise. Ce qui n’exclut pas que Valérie Pecresse puisse l’emporter si elle parvenait à se qualifier au second tour- ce qui, loin s’en faut, reste à démontrer. Mais pourrait-elle néanmoins conduire le pays, autrement que par la légitimité que lui conférerait l’onction du suffrage mais seulement alors dans ce registre du pilotage automatique qui ne cesse depuis trois mandats et bien plus au demeurant, d’accompagner  nos gouvernants ? Ce terrible noeud gordien de l’impuissance du politique pèse comme une malédiction sur chaque mandat présidentiel et ce depuis des décennies. Mais même une victoire par défaut exige un sursaut, un élan, une promesse. À ce stade le sursaut se fait attendre, l’élan est en suspens depuis la désignation par le congrès, la promesse est illisible.

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Ne pas être intimidée par la fonction présidentielle

Arnaud Benedetti : Une campagne présidentielle ne s’accomplit que si elle opère à un moment donné une sorte de fusion, que si elle parvient à dégager une ferveur. De fusion et de ferveur, on chercherait en vain traces et couleurs ; la démarche de Valérie Pecresse est à ce jour banalement symptomatique de cette "dépression nationale" dont parle le politologue Stéphane Rozès et dans laquelle il pointe l’origine dans le hiatus entre un imaginaire populaire imprégné de volonté étatique et une pratique dirigeante de soumission à l’ordolibéralisme d’inspiration anglo-saxonne. Même Emmanuel Macron avait, le temps d’une conquête, absorbé à son compte le rêve français de restauration du politique, quand bien même son logiciel était entièrement tourné au service de la mondialisation standardisée. À défaut d’être convaincu par notre leg, il s’en était fait l’interprète passager et audacieux. Valérie Pecresse jusqu’à présent est restée en-deçà, au seuil, comme intimidée par le rôle qu’elle devrait endosser. Elle veut être présidente mais parait ne pas revêtir le costume de candidate, comme si elle ne croyait pas à la virtu, cette énergie incompressible qui atteste selon Machiavel de la qualité matricielle d’un Prince. En un mot comme en mille, qu’elle cesse d’être une bonne élève pour s’attacher à habiter la transcendance créatrice que suppose la fonction présidentielle dans une République monarchique.

Le contrôle de l'immigration 

Edouard Husson : Quelques idées pourraient relancer la campagne Pécresse, qui est, comme le disent gentiment les commentateurs, dans un "faux plat".  

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Radioscopie des (potentielles) faiblesses de Valérie Pécresse
Il faudrait, pour commencer, que la candidate n'oublie pas de parler - et souvent - du thème sur lequel elle avait assuré, pendant les débats avec ses concurrents LR, qu'elle ferait mieux qu'eux: à savoir le contrôle de l'immigration. La candidate avait expliqué à Michel Barnier quil n'était pas assez précis et offensif sur le sujet. Pourtant, depuis l'investiture, elle n'a jamais été audible sur le sujet. Il serait temps de reprendre le sujet. Et l'on dira sans méchanceté: dans la version Barnier, ce serait déjà bien; on aurait attendu la candidate capable d'expliquer comment elle négociera sur le sujet avec l'Union Européenne; ce serait sa force face à Eric Zemmour. Il est encore temps....

Préciser sa vision sur l'Union européenne 

Edouard Husson : D'une manière générale, on aimerait que la candidate ait un discours sur l'Union Européenne. Qu'est-ce qui la distingue d'Emmanuel Macron sur le sujet? Même s'il s'agit essentiellement de méthode, on aimerait entendre la candidate. Ajoutons qu'elle possède un atout: elle parle russe. Il aurait été idéal de se profiler sur le sujet, là aussi, face à un président de la République qui gesticule mais ne sait pas faire grand chose d'autre. 

Défendre la filière du nucléaire 

Edouard Husson : On aimerait entendre la candidate expliquer à Emmanuel Macron que la victoire sur le nucléaire à Bruxelles n'est pas complète. Il ne nous suffit pas que le nucléaire soit une "énergie de transition". Il faut continuer à se battre; retrouver l'esprit originelle de la "Troisième révolution industrielle" telle que Gérard Lafay et d'autres économistes français l'avaient pensée: avec un savoir-faire français au coeur. Il est urgent de relancer l'industrie nucléaire française, pour l'industrie du pays en général; mais aussi pour faire baisser les prix de l'électricité. priorité aux consommateurs et aux créateurs d'entreprises. Pouvoir d'achat et augmentation des marges ! 

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Assumer une politique économique de droite 

Edouard Husson : On aimerait une politique économique qui soit enfin de droite: il ne suffit pas de dire que l'on va réduire le nombre de fonctionnaires. Il faut baisser les impôts - à quand la flat tax? Il faut une participation beaucoup plus active aux négociations commerciales européennes pour y mieux défendre les intérêts français. Si Valérie Pécresse disait qu'elle exercerait un droit de veto français en cas de négociation commerciale défavorable à tel ou tel pan de notre économie, cela aurait du retentissement ! 

Faire évoluer sa position sur le passe vaccinal

Edouard Husson : Valérie Pécresse s'est fourvoyée sur la politique sanitaire, en particulier sur le passe vaccinal - mesure inutile où elle aurait pu "se payer" un Emmanuel Macron insultant les Français. Cependant il n'est jamais trop tard. Une annonce bien calibrée sur le retour à la libre prescription pour les médecins aurait un vrai impact sur le public des médecins libéraux, susceptibles de voter LR.  

Cibler le gouvernement sur son bilan sur l'Education

Edouard Husson : Enfin, Valérie Pécresse pourrait attaquer le gouvernement sur une position qui fut forte mais est aujourd'hui prenable: l'Education Nationale, où Jean-Michel Blanquer a échoué - en partie par un style de décision hypercentralisateur. Il est urgent de revenir à la politique du meilleur ministre de l'Education de ces vingt dernières années, Luc Chatel, et d'aller au bout d'une politique de déconcentration du pilotage par l'Etat et d'autonomie des proviseurs pour la gestion de leurs établissements. L'administration centrale du Ministère de l'Education doit être réduite drastiquement, en partie redéployée dans les rectorats, et l'Etat doit se concentrer sur la cooordination avec le Ministère de l'Intérieur dans la lutte contre l('slamisme. Le reste doit être laissé à ceux qui savent, sur le terrain. Il faut aussi profondément modifier le Code de l'Education pour permettre au secteur scolaire privé associatif de se développer sans entraves. 

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Revoir la cohérence et la logique d’ensemble de son programme économique 

Pierre Bentata : Le programme de Valérie Pécresse est axé sur la demande alors qu’il faut axer un programme sur l’offre. Valérie Pécresse a une ligne directrice qui se comprend qui est une politique keynésienne de relance par la demande. Le problème de ce dispositif c’est que cela rentre en porte-à-faux avec la ligne politique de la droite. Les relances keynésiennes sont plutôt des relances politiques de gauche. C’est également en complète contradiction avec ce qu’il se passe en ce moment sur le front de l’économie, à savoir la montée de l’inflation, et la tension sur tous les marchés qui est liée à un excès de la demande parce que l’on a fait fonctionner la planche à billets. Du coup, n’importe quel électeur potentiel qui s’intéresse un tant soit peu à l’économie, comprend tout de suite que la politique de Pécresse ne peut pas être mise en place, ou alors elle va favoriser une super inflation parce que vous donnez encore plus de moyens aux consommateurs pour consommer mais rien n’est fait pour relâcher l’offre. Il faut absolument qu’elle se reconcentre. On comprend bien sa problématique. Faire une politique de la demande, c’est tenté de draguer un électorat qui est plus populaire et espérer dans le même temps que l’électorat des chefs d’entreprise, ou de l’industrie se disent qu’elle ne le mettra pas en place. C’est un pari qui est très risqué. C’est pour cela, à mon avis, que cela ne se concrétise pas dans les sondages. Et si cela devait être mis en place, cela ne fonctionnerait pas. Même si c’est quelque chose qui est maintenant réutilisé par d’autres candidats, il faut absolument qu’elle se positionne sur les coûts de production, le fait que les charges soient trop importantes dans les entreprises et le fait que la compétitivité en France par rapport aux pays concurrents est quelque chose qui est lié d’abord à la fiscalité qui grève l’efficacité des entreprises françaises.

L’importance de la recherche et de l’innovation 

Pierre Bentata : La recherche et l’innovation ne sont as suffisamment présents et précis dans son projet. Valérie Pécresse a vu la nécessité d’avoir un ministère et une orientation sur l’innovation. Il faut que Valérie Pécresse apporte encore plus de clarté sur cette idée. Cela manque clairement d’analyse, sans doute parce que nous sommes à un moment où elle garde un programme qui s’apparente à celui de la primaire. Il faut donc mettre l’accent sur l’innovation. Il faut avoir des entreprises qui soient capables de concurrencer les grandes plateformes américaines ou chinoises. Pour faire cela, il faut s’en donner les moyens. Ce n’est pas en créant un ministère de l’innovation que cela va marcher. Il faut d’abord que Valérie Pécresse prenne une vraie décision et une vraie position sur le plan politique sur quelles doivent être les compétences de l’Europe et celles de la France. On ne peut pas soutenir par exemple des projets comme le « Digital Market Act » par l’Europe qui sont fait pour empêcher les entreprises européennes de devenir grosses et nous dire que l’on va mener une politique d’innovation. Quelqu’un qui s’intéresse au sujet ne peut pas y croire. Il risque de se détourner et de considérer que cela n’est pas sérieux comme candidature et comme programme.

Il est donc vital d’avoir une simplification sur le financement du programme, avoir  un vrai projet afin de savoir sur quoi on se lance. Cela doit-il passer par l’intelligence artificielle, le e-commerce, de la blockchain ? Il faut avoir quelque chose qui soit cohérent. Il faut faire de vraies propositions sur le plan juridique pour que cela puisse être mis en place. Or pour l’instant, ces éléments ne sont pas annoncés.

Revenir sur le chiffrage de son programme et en préciser les contours économiques pour rassurer les électeurs

Pierre Bentata : Tout le monde s’est aperçu avec les dernières sorties de Valérie Pécresse sur LCI que son programme n’est pas calibré. Cela génère un manque de sérieux qui peut créer une inquiétude chez les électeurs potentiels.  Suite à son intervention sur LCI dans l’émission de David Pujadas et Ruth Elkrief, les téléspectateurs ont bien vu qu’il y avait un vrai problème dans le chiffrage du programme économique. Cela fonctionne quand vous êtes dans une primaire. Mais aujourd’hui quand Valérie Pécresse annonce elle-même qu’elle sait mais qu’elle ne peut pas dire comment elle va faire 40 milliards d’économie sur le budget de l’Etat, c’est quelque chose qui ne parle à personne. Votre argument pour réduire les dépenses publiques est perdu. Quelqu’un qui se pose la question des finances publiques va davantage se tourner vers Eric Zemmour qui lui a un projet très clair sur comment on diminue les dépenses publiques. Elle se met elle-même en porte-à-faux avec une partie de l’électorat qui peut être intéressée par elle parce que le programme n’est pas chiffré, de façon très objective. On a ici la candidate d’un des deux grands partis de gouvernement  qui nous montre clairement que le travail n’a pas été fait. Et cela a forcément une implication sur l’engouement que cela génère de la part des électeurs.

Sur un plan économique ces éléments permettraient d’avoir quelque chose de solide. Valérie Pécresse se revendique aujourd’hui d’être dans la continuité de François Fillon mais en réalité son programme est beaucoup moins clair et beaucoup moins cohérent que le programme de François Fillon. Il faut donc assumer jusqu’au bout. Est-ce que vous faîtes une politique de l’offre ? Est-ce que vous soutenez les entreprises ? Est-ce que vous voulez limiter le budget ? Peu importe ce que vous voulez faire, il faut être cohérent. Le programme de François Fillon pour cela était très bien ficelé. Celui de Valérie Pécresse pour l’instant est bancal. 

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