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"Trahisons" : Pinter et l'amour, c'est pas gai, mais s'il avait raison ?
©Allociné

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"Trahisons" : Pinter et l'amour, c'est pas gai, mais s'il avait raison ?

Danielle Mathieu-Bouillon pour Culture-Tops

Danielle Mathieu-Bouillon pour Culture-Tops

Danielle Mathieu-Bouillon est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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THEATRE

Trahisons

de Harold Pinter

Traduction d’Eric Kahane

Mise en scène: Christophe Gand

Avec François Feroleto, Yannick Laurent et Gaëlle Billaut-Danno

INFORMATIONS

Théâtre du Lucernaire

53, rue Notre-Dame des Champs

Jusqu' au 8 octobre

Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 18h.

RECOMMANDATION 

BON

THEME 

Jerry et Emma se retrouvent deux ans après leur rupture. Elle est la femme de Robert, éditeur, vieil ami de Jerry. À partir de là, Pinter remonte le cours de cette intrigue amoureuse et tisse les liens énigmatiques du trio où chacun a construit sa propre vérité : des aveux aux mensonges, des secrets aux trahisons.

POINTS FORTS

1- La pièce de Harold Pinter est superbe et l’équipe a eu raison de conserver la fine traduction d’Eric Kahane en qui Pinter avait toute confiance. Comme toujours, avec ce remarquable auteur qui a un peu révolutionné l’écriture dramatique, on frôle l’abyme avec légèreté et intelligence. Ce qui pourrait être un thème de vaudeville bourgeois, devient, grâce au langage et au « non dit », un subtil combat à fleurets mouchetés dans l’éternel malentendu entre les hommes et les femmes. Ici, Amour rime avec trahison face aux miroirs multiples que nous tend Pinter, qui déroule l’aventure à rebours.

2 - La femme, même si elle semble être l’enjeu de leur désir, même si elle est, un temps, aimée,  devient dans ce prisme de Pinter, celle qui tue leur amitié, celle qui perturbe leur entente et leur complicité virile. Eternel combat entre les hommes et les femmes dont les désirs et les aspirations ne sont que rarement les mêmes. Je trouve que ce sentiment est très finement exprimé par François Feroleto, pris dans ce questionnement entre son amour pour son ami et celui pour sa femme. A mon sens, c’est lui qui est le plus proche de l’univers de Pinter. 

Yannick Laurent incarne un Jerry sympathique, moins mâture, et plus préoccupé par les dégâts provoqués pour  son confort égoïste, par la révélation de ce qu’il croyait secret, que par le drame qui se joue.

3 - Gaëlle Billaut-Danno incarne pleinement Emma, à la fois déroutée, mais égoïste, oscillant entre charme et mutisme, concentrée sur son seul bonheur. Mais, Pinter le sait bien, les femmes n’aiment pas comme les hommes et inversement. On sent que finalement, ce qui va la séduire et déclencher ce processus de trahison, c’est le désir de Jerry, qui le lui avoue lors de cette première soirée. En réalité, elle tombera amoureuse de l’amour ! Celui qu’elle croit percevoir en lui. La dernière image, alors qu’elle revient, très belle dans sa robe noire, avec la curiosité d’une quasi petite fille inconsciente de ce qu’elle peut provoquer, est une réussite.

POINTS FAIBLES 

1 – Autant les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz sont toujours justes, élégants et beaux, autant les éléments du décor, dont certains sont un peu superflus, manquent de charme et alourdissent l’ensemble. Une mention néanmoins pour la dextérité du jeune homme qui les manipule avec esprit...

EN DEUX MOTS 

 Un spectacle qu’il faut absolument que ceux qui ne connaissent pas la pièce, aillent voir, pour découvrir le talent de ce grand auteur britannique, qui a, non seulement révolutionné l’écriture dramatique, mais apporté un regard aigu et renouvelé sur les relations amoureuses.

UN EXTRAIT

J’ai choisi une réflexion de l’adaptateur fidèle de Pinter :

« C’est une comédie à la fois brillante et feutrée, où le rire se change en larmes et la passion en désenchantement. En nous faisant ainsi parcourir la vie à reculons, en une sorte d’anti-recherche du temps perdu, Pinter détruit la rime la plus classique de la chanson d’amour : chez lui, « toujours » rime avec « désamour ». Eric Kahane (dossier de presse 1987)

L’AUTEUR

Harold Pinter, auteur anglais né en 1930, débute dans les années 50 une carrière de comédien avant de se tourner vers l’écriture. Il publie des poèmes, puis sa première pièce, The Room (La Pièce), est donnée en 1957. 

Il connaît le succès au début des années 60, notamment en France, avec la création, dans la mise en scène de Roger Blin, de « Le Gardien ». 

C’est « La Collection » et « l’Amant » au Théâtre Hébertot en 1965, avec une distribution éblouissante, Delphine Seyrig, Jean Rochefort, Michel Bouquet, Bernard Fresson, mis en scène par Claude Régy, qui lancera définitivement Pinter. Ce théâtre du « non dit » est une véritable révélation et interloque même les dramaturges français d’alors. Il est vrai que Pinter a travaillé pour la radio et la télévision, dans l’économie du dialogue. 

Il collabore également au cinéma, notamment avec Joseph Losey. 

À partir des années 70, il militera sans relâche contre les violations des droits de l’homme.

En 2005, il reçoit le Prix Nobel de Littérature et annonce qu’il n’écrira plus de pièces pour se consacrer à la politique. 

Il meurt en 2008 des suites d’un cancer.

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