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Tananarive, de Mark Eacersall et Sylvain Vallée
Tananarive, de Mark Eacersall et Sylvain Vallée
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"Tananarive" : Quelques vieux fourneaux en plus ?

"Tananarive" : Quelques vieux fourneaux en plus ?

Dominique  Clausse pour Culture Tops

Dominique Clausse pour Culture Tops

Dominique Clausse est chroniqueur pour Culture Tops

Voir la bio »

Tananarive

Scénario : Mark Eacersall, Dessins : Sylvain Vallée
Ed. Glénat, 2021
116 p.
19,5 €

THÈME

Amédée est un petit notaire à la retraite. Sa vie est bien rangée, sa femme prend soin de lui et de ses angoisses d’hypocondriaque. Bref, il n’y a pas grand-chose à raconter sur Amédée. Mais cela ne l’empêche de rêver à la grande aventure, en écoutant les récits de son voisin, Jo. Jo, lui, c’est le baroudeur à la retraite ; vieux mais flamboyant ; celui qui a des tonnes d’histoires à raconter sur sa vie, sa naissance à Tananarive, son engagement dans la Légion, sa guerre d’Indochine et mille autres histoires de bourlingueur autour du monde.

Oui, mais voilà, lors de l’une de ses séances d’exercice physique matinal, Jo succombe à une crise cardiaque et laisse un Amédée désespéré aux prises avec sa solitude de couple. Finie, l’aventure par procuration que lui offrait son voisin. Et pourtant, suite à ce décès, Amédée va connaître à son tour une aventure extraordinaire, pas aussi exotique que celles de Jo, mais d’une richesse humaine bien plus incroyable.

Pour rechercher des héritiers possibles de Jo, Amédée va devoir reprendre son ancien métier de notaire et fouiller le passé du baroudeur. Il va aller de surprise en surprise en découvrant le dessous des cartes de la vie de Jo.

POINTS FORTS

Tananarive fait partie de ces BD qu’on n’a pas envie de lâcher une fois qu’on a commencé à la lire. Tout est en maîtrise, que ce soit le scénario très intelligemment construit, ou le dessin qui frôle la perfection.

Côté scénario, Mark Eacersall nous entraîne dans une intrigue improbable, remplie de fausses pistes et de coups de théâtre, sans qu’à aucun moment on trouve cela invraisemblable. La belle idée de son récit est de faire vivre cette aventure aux deux personnages, Amédée, le vivant, et Jo, le mort, dans un dialogue impossible et pourtant très bien mené. La façon dont Jo arrive à se justifier de sa mythomanie est très savoureuse, surtout quand on y oppose la colère à peine rentrée de son ami. Et Eacersall imagine une fin à ce récit, tout en émotion et en poésie, qui nous laisse une petite larme au coin de l’œil quand on referme cette BD.

Le dessin est très abouti, ce qui n’est pas surprenant, quand on a aux commandes l’auteur d’Il était une fois en France, une très belle saga sur fond de seconde guerre mondiale en 6 tomes, parue chez Glénat. Mais étrangement, lorsqu’on découvre le dessin de cette BD, on pense d’abord à une autre saga, celle des Vieux Fourneaux, dessinée par Cauuet.

Mais peu importe, car le dessin est surtout très réussi et nous réserve de très jolies images, comme ces mélanges d’ambiance dont vous trouverez un exemple dans l’illustration retenue pour cette chronique.

QUELQUES RÉSERVES

J’ai peu de réserve pour cette BD. L’utilisation du procédé narratif qui confronte Amédée au fantôme de son ami a certes un petit air de déjà vu, et le scénario prend parfois quelques détours plus difficilement acceptables, comme par exemple l’incursion du notaire chez les Légionnaires. Mais ce sont des petites broutilles au regard du plaisir que procure la lecture de cet album.

ENCORE UN MOT...

UNE MODE DE HEROS GERIATRIQUES ?

Comme je l’écris plus haut, on a du mal à détacher la lecture de cette BD de celle des Vieux Fourneaux. Même si les deux histoires n’ont rien à voir, elles mettent toutes les deux en scène des personnages dont l’âge n’a rien à voir avec celui des héros traditionnels de la BD. Cette vision positive et sympathique d’un héros du « troisième âge » a peut-être quelque chose à voir avec notre société, où le consommateur majoritaire se rapproche de ce profil. En tous les cas, il donne au lecteur moins jeune (dont je fais partie) une vision nostalgique de la Bande Dessinée. Nostalgie clairement assumée par les auteurs, qui créent, pour le besoin de leur histoire, un héros fictif du 9ème art, Pinpin, mélange de tous les héros de notre jeunesse, de Spirou à Tintin, et qui nous ramène bien des années en arrière.

UNE ILLUSTRATION

L'AUTEUR

(d’après le site BD Gest)

Né en 1972 à Sannois (Val d'Oise), Sylvain Vallée, ancien élève de l’école Saint-Luc de Bruxelles et illustrateur indépendant, publie en 1997 son premier album remarqué, L’Écrin, aux éditions du Cycliste. Un polar teinté d’humour noir dont il assure également le scénario. Plusieurs illustrations rencontrent un vif succès sous forme d’affiches inspirées de célèbres films (Les Tontons Flingueurs , Un Taxi pour TobroukLa Traversée de Paris…). La même année, il fait la rencontre de Jean-Charles Kraehn qui lui propose une collaboration sur la série Gil Saint-André chez Glénat. Sylvain en assurera le dessin à partir du troisième tome et réalisera les 5 tomes suivants. En 2006, il fait la rencontre de Fabien Nury, avec qui il réalise la série Il était une fois en France aux éditions Glénat.

Mark Eacersall est un scénariste franco-britannique qui vient de l'audiovisuel. Il a exercé presque tous les métiers du spectacle à part cracheur de feu. Il aime notoirement les oiseaux et les sports de combat. GoSt 111, son premier roman graphique, sort en 2020.

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