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"Anéantir" de Michel Houellebecq : la puissance de l’analyse sans les provocations
©THOMAS COEX / AFP

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"Anéantir" de Michel Houellebecq : la puissance de l’analyse sans les provocations

Michel Houellebecq publie "Anéantir" chez Flammarion.

Charles-Édouard Aubry pour Culture-Tops

Charles-Édouard Aubry pour Culture-Tops

Charles-Édouard Aubry est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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THÈME

Nous sommes dans une sorte de « futur-présent » … 2027, à quelques mois de l’élection présidentielle. Découvrons les principaux protagonistes de cette histoire :

- Paul Raison et sa femme Prudence, un couple qui ne partage plus rien mais cohabite encore. Lui est le plus proche collaborateur du Ministre des Finances.
- Anne-Cécile, sa sœur, catholique convaincue et son mari Hervé, notaire au chômage.
- Aurélien, son frère, un garçon fragile en conflit ouvert avec sa femme Indy.
- Son père Edouard, ancien de la DGSI, qui vient d’avoir un grave AVC.
- Et Bruno Juge, le Ministre des Finances, clône de Bruno Lemaire dont l’auteur est proche (marié avec une femme qui n’existe même pas). Il est amené à jouer un rôle dans la prochaine élection présidentielle.

Une première et mystérieuse attaque terroriste a brusquement lieu …

POINTS FORTS

Comme vous l’avez compris, la situation n’est pas brillante au début du roman. L’action commence par progresser mollement, les événements s’enchaînant gentiment et l’on se prend à regretter la fulgurance de saillies souvent visionnaires qui ont donné aux romans de Houellebecq le pouvoir de décrire le monde tel qu’il est vraiment ou tel qu’il allait devenir …

On commence à peine à se dire que tout cela est un peu plat quand le livre trouve son rythme de croisière. Les interactions entre les protagonistes se font plus riches, alimentées par des personnages secondaires intéressants. Le roman vire à la chronique familiale, genre dans lequel l’auteur excelle et retrouve ses marques dans le déplacement perpétuel de l’action et une évolution de tous les membres de la famille, qui tentent de s’adapter en permanence à des événements qu’elle ne peut prévoir.

Alors que la famille de Paul tente de surnager, les attentats se multiplient, sans qu’on sache qui en sont les auteurs ni quelles sont leurs revendications. On retrouve, comme dans le début de Plateforme avec son attentat terroriste dans une boîte en Thaïlande, l’angoissante menace que Houellebecq fait peser sur notre société.

La proximité des élections de 2022 avec celles décrites dans anéantir n’est évidemment pas un hasard. Il s’en dégage une vision qui ne devrait pas faire baisser le taux d’abstention.

Enfin, il faut voir Houellebecq comme un auteur de romans d’anticipation : à ce titre, sa vision est claire. Notre civilisation s’est engagée dans un pourrissement généralisé et elle n’aura besoin de personne pour y parvenir.

QUELQUES RÉSERVES

Une couverture cartonnée, un beau papier, un signet (comme dans la Pléiade) pour marquer sa page, un prix exagéré pour un livre français … Tout est fait pour imposer anéantir comme un phénomène littéraire. Cela pourtant ne lui apporte rien, bien au contraire (m’expliquait mon libraire).

La qualité du livre suffisait largement à en faire l’événement littéraire de l’année.

ENCORE UN MOT...

Michel Houellebecq apparaît plus désenchanté que désespéré comme il l’était dans ses livres précédents. Anéantir comporte quelques éclaircies même si l’avenir reste bien sombre. Il y a une sorte d’apaisement, qui n’a rien à voir avec un quelconque ramollissement dû à l’âge, mais une vraie philosophie de vie vers laquelle l’auteur semble évoluer.

UNE PHRASE

« Toute vie, songeait-il, est plus ou moins une fin de vie »

L'AUTEUR

On ne présente plus Michel Houellebecq tant il domine le paysage des lettres françaises, à la fois par son aura médiatique, son constat pessimiste mais largement partagé sur la condition humaine, la qualité de sa production depuis Extension du domaine de la lutte en 1994 et la médiatisation de ses nombreuses prises de positions radicales souvent décriées.

Chaque roman ajoute une pierre à la construction d’une œuvre unique et d’un projet littéraire cohérent.

Si ce n’est déjà fait, il faut lire les particules élémentaires (Flammarion,1998) pour nous aider à comprendre ce qui nous arrive.

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