无所用心 « En rien n'user de son cœur » | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
无所用心
« En rien n'user de son cœur »
©

Chinoiseries

无所用心 « En rien n'user de son cœur »

Premier épisode de nos récits sur la Chine contemporaine, à partir d'un proverbe traditionnel.

Jean Marie

Jean Marie

Jean Marie est sinologue.

Partageant sa vie entre la France et la Chine, il y mène plusieurs projets d'ordre éditorial, académique et diplomatique.

Il tient régulièrement (sous pseudonyme) ses "Chinoiseries" pour Atlantico, des récits sur la Chine contemporaine.

Voir la bio »

De l’intérêt des singes fluorescents

A Kunming, des scientifiques chinois sont enfin parvenus à modifier génétiquement le plus proche cousin de l'homme. Voilà donc qu'est né – le terme ne semble pas très approprié – un singe fluorescent. Un peu d'une protéine vert fluo, issue d'une sorte de méduse particulièrement coopérante, a été injectée dans des génomes d'embryon de singe, à l'Institut de zoologie de cette ville de Chine du Sud, capitale de la province du Yunnan. En juin 2008, deux singes transgéniques ont vu le jour, avec leurs gènes GFP (Green Fluorescent Protein). On leur a laissé le temps de grandir avant d'en révéler l'existence, pour des raisons proches de celles de la course à l'espace pendant la Guerre froide.

Aujourd'hui, c'est la course à la modification génétique. L'enjeu est considérable. Dans la production de singes fluorescents, la Chine occupe à présent le troisième rang mondial, derrière les Etats-Unis, où vivent des singes de ce type depuis 2001, et le Japon. Sur ces deux singes verdâtres, un seul a survécu. Il se porte à merveille. La nuit, on le voit briller de bonheur et on ne risque plus de se faire surprendre.

L'invention est très pratique. Il faudrait l'appliquer aux enfants. Imaginez : plus aucun risque d'égarer son bambin dans les couloirs du château obscur, grâce au gène GFP. Il y en a un qui doit être heureux de cette nouvelle découverte : le nouveau juré du Prix littéraire Trente Millions d’Amis, lauréat du Prix Goncourt, Michel Houellebecq, qui, dans La possibilité d'une île, avait lui-aussi travaillé à la question. Quand on sait qu'il était en Chine – Pékin, Wuhan, Hongkong – au printemps 2010, on peut croire raisonnablement que les scientifiques chinois en ont entendu parler. Il faudrait faire une étude intitulée « Michel Houellebecq et son rôle dans l'invention du singe fluorescent de Kunming. Analyse d'une influence littéraire sur la recherche fondamentale ».


Du sexe en Chine

Pendant ce temps avait lieu à Canton le Festival annuel du Sexe, à destination des humains qui sont encore astreints à des pratiques trop peu modernes destinées à assurer :

1) leur reproduction

2) leur plaisir (ou au moins, un réconfort momentané minimal).

Le Festival annuel du Sexe est une grande foire où l'on peut se procurer tous les objets nécessaires à une activité sexuelle inventive : des godemichés de toutes les formes possibles, des poupées gonflables, des tenues grivoises, des préservatifs, des lubrifiants qui sentent bon la salade de fruits. Il ne faudrait pas croire que la Chine populaire néglige la sexualité de ses citoyens. Tout au contraire : la maîtrise de la natalité tient compte des désirs naturels, et la contraception est vite devenue ludique. Voilà encore un sujet de discorde avec le Vatican. Ce dernier serait beaucoup plus satisfait d'apprendre que depuis 2005 un amendement à la loi sur le mariage autorise les collégiens à se marier entre eux. Les jeunes Chinois apprennent de plus en plus tôt.

Le fléau, néanmoins, est la pornographie. Le débat est à peu près identique à celui que nous connaissons bien, et qu'on applique régulièrement à la jeunesse populaire des banlieues (le GFP serait-il la solution au « problème des banlieues » ? - idée à développer : les émeutes seraient plus facilement maîtrisables si l'on voyait les voyous luire dans la nuit comme des singes fluorescents). Un sondage organisé par la Commission du planning familial et l'Association provinciale cantonaise de sexologie révèle que plus de 40% des sondés ont regardé au moins une fois de la pornographie, sur Internet ou en film. L'Internet se révèle, sans surprise, être la source principale de cette dégénérescence licencieuse, malgré le fait que les sites à contenu pornographique soient normalement interdits sur l'Internet chinois. On s'étonne ensuite que près de 30% des mêmes sondés avouent ne pas juger nécessaire l'usage du préservatif dans leurs rapports sexuels. Ne nous faisons pas de souci. Le gouvernement chinois saura trouver la solution. Peut-être pourrait-il prendre modèle  sur le cours d'éducation sexuelle de John Cleese dans Le Sens de la Vie, des Monty Python, en 1983. Un peu d’attention, jeunes gens… « En rien n'user de son cœur » pourrait tout aussi bien être le slogan de cet enseignement.

 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !