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Une voiture de course roulant aux biocarburants, la Peugeot Diester, est exposée lors du Salon international de l'Agriculture à la porte de Versailles, à Paris.
Une voiture de course roulant aux biocarburants, la Peugeot Diester, est exposée lors du Salon international de l'Agriculture à la porte de Versailles, à Paris.
©JOEL ROBINE / AFP

Atlantico Green

Transition énergétique : les biocarburants déçoivent

Les biocarburants ont été présentés comme un moyen écologique de réduire la dépendance au pétrole russe. Une nouvelle modélisation suggère qu'ils ne constituent pas la solution climatique que nous espérions.

Samuel Furfari

Samuel Furfari

Samuel Furfari est professeur en géopolitique de l’énergie à l’Université Libre de Bruxelles, docteur en Sciences appliquées (ULB), ingénieur polytechnicien (ULB) et Président de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels. Il a été durant trente-six ans haut fonctionnaire à la Direction générale de l'énergie de la Commission européenne.

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Atlantico : Alors que les biocarburants sont souvent présentés comme des moyens écologiques pour réduire notre dépendance à l’égard des énergies fossiles, quelles sont leurs limites d’un point de vue environnemental ? Ont-ils d’autres inconvénients

Samuel Furfari : Le premier inconvénient des biocarburants est qu’ils consomment de l’énergie avant même leur production. Les céréales ou les oléagineux nécessaires sont plantés grâce à des tracteurs qui roulent bien évidemment avec des carburants classiques comme le diesel. De ce point de vue, il y a donc toujours une dimension énergétique à travers la production de biocarburants. 

Deuxièmement, il faut avoir conscience que des biocarburants comme le biodiesel sont en partie produits avec du méthanol, qui est un produit issu de la pétrochimie. Seule la moitié des molécules dans le biodiesel sont donc « respectueuses » de l’environnement. 

Ensuite, pour produire de l’huile de palme en Indonésie ou en Malaisie, il a fallu défricher d’immenses surfaces de forêts vierges, ce qui a libéré d’énormes quantités de CO2. Le bilan carbone de ces exploitations est donc largement négatif. D’ailleurs, lorsqu’on a adopté la directive sur les énergies renouvelables de 2009, les écologistes avaient déjà avancé que « les biocarburants sont le fruit pourri du beau panier des énergies renouvelables ». 

Au-delà de l’aspect environnemental, on sait que la production de biocarburants peut provoquer une augmentation des prix de certains produits alimentaires. George Bush avait par exemple encouragé les agriculteurs américains à augmenter leur production de maïs pour produire davantage de biocarburants. Cela a provoqué une explosion du prix de cette céréale, ce qu’on a appelé la « Guerre de la Tortilla ». Le prix de ce plat populaire et très consommé au Mexique avait fortement augmenté, touchant les populations les plus démunies directement au portefeuille. 

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Comment expliquer que tant d’espoirs aient été fondés sur le bioéthanol, fabriqué à partir de betterave ou encore de maïs ? 

Deux raisons expliquent cette ferveur envers le bioéthanol : 

D’une part, il y avait une volonté de sauver l’agriculture. D’autre part, même si tout le monde utilise le pétrole et qu’on ne sait pas vivre sans, on le dénigre systématiquement pour diverses raisons, plus ou moins objectives. De nombreux politiciens ont donc mis en avant les biocarburants pour minimiser cette dépendance. 

Peut-on envisager de respecter les accords de Paris sur le climat sans passer par les biocarburants ? L’électrification des véhicules est-elle la solution la plus adaptée ?

Les biocarburants ne sont absolument pas une bonne solution. Ils peuvent aider les agriculteurs européens mais c’est tout ! C’est d’ailleurs pour cette raison que ce type de carburant peine à se développer dans de nombreuses régions du monde. 

Pour se passer du pétrole, il reste deux solutions : 

L’électrification des véhicules, à condition que l’on construise de nouvelles centrales électriques et nucléaires. Il serait impossible d’électrifier le parc automobile sans envisager de telles constructions. Avec une augmentation de 10% du nombre de véhicules électriques, si l’on veut charger rapidement son véhicule et ne pas attendre une nuit, il faudrait doubler la capacité de ces centrales qui peuvent produire tout au long de l’année, sans dépendre du vent ou du soleil.

Il existe également la solution du gaz naturel, mais on ne veut pas trop l’entendre. Ce dernier est utilisé comme carburant dans de nombreux pays, à l’instar de l’Iran, qui est à court de produits pétroliers mais qui dispose de 18% des réserves mondiales de gaz. Il faut savoir que toutes les voitures peuvent fonctionner au gaz naturel, et la Commission Européenne s’était même penchée sur la question, avant de privilégier l’électrification. 

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Pour autant, le bioéthanol pourrait-il permettre de réduire notre dépendance à l’égard du pétrole russe ? Est-ce vraiment une solution souhaitable ? 

Cette solution n’est pas du tout envisageable. Quand on parle d’énergie, il faut absolument avoir une vision globale du monde. Si les Européens n’achètent plus de pétrole à la Russie, elle le revendra à la Chine, à l’Inde … Ce pétrole sera distillé dans ces pays avant d’être vendu sous forme d’essence ou de diesel. En somme, si nous nous passons du pétrole russe, il sera simplement revendu ailleurs, cela ne fait donc que déplacer le problème. De plus, si on souhaitait se passer des Russes à ce niveau, il faudrait allouer des millions d’hectares à la production de céréales, ce qui poserait de sérieux problèmes pour notre système agricole, d'autant plus que la Russie et l’Ukraine ne nous fourniraient plus de céréales. Ce serait donc un suicide économique total. 

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