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Les lumières du diamant blanc et le rose d’un cadran sur fond d’acier (Zenith)…
Les lumières du diamant blanc et le rose d’un cadran sur fond d’acier (Zenith)…
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Atlantic-Tac

Quand trois initiales signent un style et quand on jette des pierres aux oligarques : c’est l’actualité pluviôsienne des montres

Mais aussi les ombres de titane d’une montre de forme, les angles roses d’une sportive chic, la nacre dorée d’une petite française, les salons du printemps horloger, les clones d’une icône et la montre des traders…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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DE BETHUNE : De jaune et de noir…

La nouvelle DB27 Titan Hawk JPS signée De Bethune tire ses trois dernières initiales de « John Player Special », qui était une marque britannique de cigarettes [elle existe encore] qui parrainait dans les années 1970 l’équipe de Formule 1 Lotus, dont les voitures étaient reconnaissables à leur livrée noire et jaune. Trois fois championnes du monde (1972, 1973 et 1978), ces Lotus JPS ont marqué les imaginations, leur contraste noir et or devenant presque « générique » pour les montres qui reprennent ce style. Cette nouvelle version de la légendaire DB27 de De Bethune a choisi cet uniforme pour affronter ce début 2023 : noir pour le zirconium du boîtier, très résistant en dépit de son hyper-légèreté (43 mm), avec des touches de titane doré à la flamme pour les aiguilles, les chiffres et quelques parements esthétiques sur le « berceau » mobile qui rend cette montre si agréable à porter. Le mouvement automatique est un concentré d’avancées micromécaniques impossibles à détailler – le balancier est lui-même en titane orné d’inserts en or gris, la masse oscillante étant taillé dans un arc de titane enrichi d’or blanc. Il n’y aura que vingt-cinq montres de cette série JPS, proposée un peu au-dessous des 60 000 euros, ce qui est un prix relativement correct pour une montre dotée d’une telle personnalité et de telles performances mécaniques – une montre déjà à peu près introuvable sur le marché tellement elle aimante la convoitise des collectionneurs et des spéculateurs. Il y a quelque chose de furtif, de puissant et en même temps de serein dans l’affirmation de ce style néo-classique…

HERMÈS : D’ombre et de titane…

Pour ce printemps, Hermès nous présente une nouvelle version de sa montre H08 qui marie le titane et l’or rose, dans un esprit très singulier d’ombres (le noir de la lunette en céramique, le cadran grainé) et de clartés (les chiffres subtilement redessinés, les aiguilles bien équilibrées et les index recentrés). Un exercice de design très réussi pour une montre de dimensions non ostentatoires (39 mm x 39 mm), qui sait prouver son originalité et son identité sans en rajouter dans l’hypertrophie mécanique (très honnête mouvement automatique suisse), ni dans le byzantinisme stylistique. Tout ceci est, on l’a compris, très Hermès, notamment le prix (autour des 16 000 euros, ce qui n’a rien de déraisonnable) – comprenez très élégant, raffiné et exemplaire de notre art de vivre à la française. Que demander de plus à une montre ?

HUBLOT : De lumière et de couleur…

Bien entendu, avec une telle montre au poignet, on évitera tout rendez-vous avec un contrôleur fiscal ou avec des journalistes qui enquêtent sur une affaire de corruption ! À moins d’être oligarque [peu importe sous quel pavillon national], footballeur, narco-trafiquant ou pétro-prédateur et à moins d’avoir l’escouade de gardes du corps qui convient, on se gardera aussi d’exhiber une telle montre dans les quartiers sensibles où le vivre-ensemble ne se pratique pas selon les règles du wokisme boboïsé. Néanmoins, il est indispensable pour les manufactures suisses de haute horlogerie de disposer de telles pièces : c’est une des vertus de la fameuse « neutralité » chère aux Helvètes – peu importe l’ivresse des dollars, pourvu qu’on ait le flacon qui convient pour les empiler. Cette Big Bang pavée façon arc-en-ciel par Hublot témoigne d’une volonté de transparence totale dans l’exubérante candeur d’une ascension sociale réussie : 175 pièces précieuses en témoignent pour le boîtier (tsavorites, améthystes, rubis, saphirs, topazes, etc.), auxquelles on ajoutera les 768 pierres du bracelet intégré, le tout dans un alliage d’or et de platine exclusif pour Hublot, le King Gold. Pour ne fâcher personne, on se contentera de préciser que l’addition se situera dans les six chiffres, un peu au-dessous des 200 000 euros. Précision utile : aussi démonstratif et superlatif soit-il, ce chronographe suisse donne l’heure avec une précision de haute horlogerie – ça peut servir !

ZENITH : De rose et d’acier…

Socle emblématique des collections Zenith, la série des montres Defy s’adoucit sans arrondir ses angles avec une version Skyline très élégante pour les poignets féminins en 36 mm [rassurez-vous, ce style minimaliste convient parfaitement aux messieurs, qui pourront opter pour des cadrans plus sobres !], surtout dans le style pastel de ses cadrans rose ou vert, et avec les diamants blancs qui font scintiller la lunette. Les étoiles du décor géométrique de ces cadrans apportent à cette Defy Skyline 36 mm une dynamique renforcé par les douze pans de la lunette et – excellente idée graphique – les index à facettes qui ponctuent les heures. Coquetterie supplémentaire : le guichet des heures dont la couleur est assortie à celle du cadran. Le détail qui fait mouche pour les connaisseuses qui veulent en rajouter dans l’élégance : pour un style moins sportif que celui du bracelet métallique, on peut opter pour le bracelet en caoutchouc assorti à la couleur du cadran. Le tout, comme il convient, avec un mouvement automatique de fabrication maison (50 heures de réserve de marche) et une étanchéité tout-terrain garanti jusqu’à 100 m – ce qui laisse de la marge pour passer du bureau à la plage ou à la campagne…

HERBELIN : De nacre et d’or…

Bracelet métallique ou bracelet en cuir, simple ou double tour : peu importe pourvu qu’on ait le boîtier en acier revêtu d’or jaune (27 mm x 19 mm) et le cadran en nacre blanche naturelle. La maison familiale indépendante française Herbelin signe là une Antarès radicalement chic et très parisienne d’esprit, fièrement Made in France comme il convient, et – ce qui ne gâte rien – gentiment réaliste dans son prix, qui ne dépassera pas les 650 euros (bracelet cuir), pour se limiter à moins de 800 euros pour le bracelet métallique paré d’or jaune. Changer de bracelet, c’est comme changer de montre : Herbelin propose une bonne cinquantaine d’options différentes dans les tailles, les couleurs et les matières de ses bracelets. On appréciera aussi, au passage, la grande pureté du cadran sous son verre saphir aux facettes à l’ancienne et la sobriété des aiguilles, elles aussi parées d’or jaune. Vous avez dit Gold Attitude ? Ça, c’est du faux chic franglais !

BON À SAVOIR : en vrac, en bref et en toute liberté…

•••• SALONS HORLOGERS : on est à présent dans la dernière ligne droite avant les salons horlogers du printemps (fin mars-début avril à Genève). Beaucoup de marques commencent dès cette mi-janvier à déballer leurs nouveautés de l’année, mais la plupart se réservent pour la Wonder Week du printemps. Avec une question : où se montrer ? Le salon Watches & Wonders (qui commence son installation ces jours-ci), n’a accepté qu’une petite cinquantaine de marques près de l’aéroport – et il n’y en aura pas une de plus ! Une alternative : Time to Watches sur le campus de l’école de design de Genève. D’autres maisons, et non des moindres, préfèrent le cavalier seul d’une exposition dans les salons et les suites des grands palaces du bord du lac, voire dans leurs propres boutiques du centre de Genève. Le groupe Franck Muller tiendra son salon WPHH (World Presentation of Haute Horlogerie) dans son manoir des portes de Genève, à quelques kilomètres de Watches & Wonders. On estime à près de 150 marques le nombre des maisons de montres qui tiendront plus ou moins ouvertement salon à Genève pendant cette Wonder Week… •••• MOONSWATCH : si la collection Swatch de montres en biocéramique directement décalquées de la Speedmaster d’Omega a été un des événements horlogers les plus marquants de 2022, tout le monde attend maintenant Swatch au tournant. Une autre opération du même genre encore avec Omega, ou alors avec Blancpain, Breguet ou Longines (autres marques du Swatch Group) ? Les concurrents aimeraient eux aussi réussir une opération de ce type, dont on estime qu’elle a non seulement rapporté 150 millions d’euros à la marque, mais surtout drainé dans ses boutiques un nouveau public et considérablement rajeuni son image. 2023 risque donc d’être l’année des clones de la MoonSwatch… •••• CHRISTOPHER WARD : la jeune marque indépendante britannique nous propose une version TradeTime de son modèle de base C63 (ci-dessous). Ce n’est pas la première montre qui affiche les heures d’ouverture des principales places boursières de la planète [Girard-Perregaux nous avait régalé d’une WW.TC à peu près comparable dans les années 2000], mais c’est la première à être prioritairement réservée, au moins pendant quatre mois, à une élite de traders, qui pourront la payer en cryptomonnaie avec 40 % de réduction sur le prix public. D’un seul coup d’œil, ces traders du réseau TraderView pourront vérifier l’heure de fermeture des marchés sur lesquels ils opèrent. Aux dernières nouvelles, les 500 premières C63 TradeTime se sont arrachées en quelques heures [il n’y en avait que 500, facturées dans les 1 000 euros] et les traders vont pouvoir commencer à la revendre en prenant une belle marge au passage…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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