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FP Journe propose de lire l'heure... avec une main
FP Journe propose de lire l'heure... avec une main
©FP Journe

Atlantic Tac

Quand les heures décroisent les doigts et quand on passe au rouge : c’est l’actualité pré-vacancière des montres

Mais aussi les fantaisies céramiques d’un grand styliste français, l’expressionnisme crânien qui passe à l’orange, la ruée vers le plus précieux des ors de la Baltique et la fin annoncée des cuirs qui mettent à mort nos frères animaux…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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FP JOURNE : Les plus digitales des heures…

Vous n’avez pas fini d’entendre parler de cette montre FFP Blue, qui a pourtant tout d’éphémère puisqu’il s’agit d’une pièce unique, qui ne sera qu’aux enchères, en novembre prochain, lors de la vente biennale Only Watch. C’est que cette FFP Blue a déjà une légende en plus d’avoir une signature, celle de François-Paul Journe, un des meilleurs horlogers de sa génération, Marseillais d’origine – comme quoi l’horlogerie suisse ne sera rien sans le sang français qui bat dans ses meilleures créations. Cette légende, c’est d’abord celle de ces initiales : FFC pour Francis Ford Coppola, le cinéaste qui en aurait inspiré le principe : une montre mécanique « classique », dont l’automate indiquerait les heures du bout des doigts, selon un code facile à mémoriser : alors que les minutes restent traditionnelles (un disque avec un « pointeur » fait le tour du cadran en soixante minutes), les heures sont affichées par la main, selon un code très particulier dont nous vous livrons le code secret ci-dessus.

Une main dont les cinq doigts peuvent indiquer douze heures (FP Journe)

Certains y verront une série de doigts d’honneur ou de rituels de conjuration du mauvais sort tels qu’on les trouve dans la culture méditerranéenne. On peut facilement comprendre qu’il s’agit probablement de la première mécanique horlogère capable d’afficher une heure parfaitement digitale – du bout des doigts ! On vous épargne ici les subtilités de cette mécanique Swiss Made conçue par le génie français, mais on ne peut pas vous cacher que les enchères devraient flamber pour cette FFC Blue : le plafond du million d’euros sera aisément enfoncé, tous les paris portant désormais sur le nombre de millions de l’adjudication finale (selon nous, entre quatre et six, ce qui sera un record pour un horloger français !). On attend avec impatience la première vidéo pour permettra d’admirer les heures on ne peut plus digitales de ces jeux de main qui n’ont rien de jeux de vilains…

 

FAWAZ GRUOSI : La ruée vers l’or de la Baltique…

Coucou, le revoici ! Comme les chats, le plus créatif des grands joailliers de sa génération, Fawaz Gruosi, a plusieurs vies. Hier, il avait compris que les diamants noirs étaient des diamants [place Vendôme, on les considérait à peu près comme du charbon] et il a bâti sur cette approche sa marque, De Grisogono, devenue la signature des bijoux les plus appréciés des stars, des princesses et des top models qui se pressaient comme des mouches autour de lui. Hier encore, il avait sacré le galuchat comme le caviar des peausseries de luxe. Hier, cependant, il avait victime d’actionnaires aussi angolais qu’indélicats – d’ailleurs en délicatesse avec la justice de leur pays – et rien n’avait pu empêcher le naufrage de la maison De Grisogono. Voici qu’aujourd’hui Fawaz Gruosi remonte en selle et se lance sous ses propres couleurs, avec une éblouissante première collection de haute joaillerie, plus créative que jamais, peut-être un peu plus raisonnable en prix [à peine, mais il y a de magnifiques pièces accessibles autour de la dizaine de millier d’euros] et notamment une grande idée : l’usage de l’ambre, cette résine fossilisée dont les hommes font des bijoux de parure depuis la préhistoire. Cet ambre, secrété il y a des millions d’années par les conifères et les fleurs, n’est noble que par sa rareté (la nature n’en produit plus !), son ancienneté et sa provenance : les plus beaux dépôts se trouvent en Europe, sur les rivages de la mer Baltique. Maintenant que le toujours très influent Fawaz Gruosi en a refait une gemme de grand luxe, il est probable que les « grandes signatures » de la joaillerie vont se ruer sur l’ambre. Comme cet ambre est, de plus, chargé de significations ésotériques et porteur, dit-on, de bienfaits en termes de mieux-être, on peut se demander si cet ambre n’est pas le prochain… diamant noir ! Comme Fawaz Gruosi a également décidé de refaire des montres, verra-t-on bientôt des montres en ambre ?

 

                                                               

RICHARD MILLE : Chromatiquement vôtre…

La céramique aux teintes pastellisées (dans les bleus, les roses, les lilas, les verts olive, les oranges corail et les lavandes) apparaît comme la prochaine conquête estivale des poignets féminins – du moins ceux des dames qui ne craignent pas les additions corsées, parce qu’on est ici chez Richard Mille – la gloire internationale de l’horlogerie contemporaine – et que même ces « petites » RM 07-01 automatiques valent leur lourd pesant d’euros. Elles sont si jolies qu’on les aimerait toutes à la fois au poignet des plus jolies filles du monde. Elles sont tellement horlogères (mouvement automatique manufacture, finitions superlatives) que même les plus intégristes de la montre mécanique traditionnelle en viennent aux limites du nervous breakdown – comme on dit dans Les Tontons flingueurs (on parlerait aujourd’hui de burn-out). Reste cette évidence : le « style Richard Mille » ne se réduit plus à une forme (le boîtier tonneau), ni à une mécanique extravertie, ni même à une cible de m’as-tu-vu émergents : c’est, au contraire, une grammaire esthétique qui permet de trousser de beaux discours horlogers au masculin comme au féminin, dans une langue aussi précieusement joaillière que brutalement « industrielle », mais toujours avec cette « touche française » qui équivaut, dans l’univers de la montre, à ce qu’était l’usage du français dans la diplomatie internationale du XVIIe siècle au XXe siècle – un art malheureusement perdu au profit d’un fade et barbare globish qui fait que les hommes ne s’entendent plus…

                                                                   

 

RESSENCE : Un feu qui passe au rouge…

S’agit-il d’un hommage aux « Diables rouges », cette équipe nationale belge de football, presque aussi prématurément éliminée de l’Euro que l’équipe de France (ils ont quand même tenu jusqu’en quart de finale ? S’agit-il d’une soudaine envie de fantaisie, pour rompre avec la rigueur clergymanesque des précédentes Type 01 de Ressence, cette jeune indépendante belge dont les montres ont satellisé les heures et les minutes qui tournent en orbite autour du cadran tout en tournant sur elles-mêmes pour rester parfaitement lisibles ? S’agit-il de sacrifier à l’air du temps, dans une sorte de sanglant coucher de soleil qui saluerait la fin du monde d’avant ? Peu importe puisque ce nouveau brutalisme horloger, qui se contente de quelques touches de blanc et de gris, nous oblige à regarder autrement cette Type 01 – et donc à reconnaître d’un œil nouveau la fluidité des lignes et la discrétion des volumes de ce véritable « tableau de bord » du temps qui passe. Benoît Mintiens, le créateur de la marque, s’est même offert la transgression d’un bracelet en caoutchouc qu’il se refusait jusqu’ici à pratiquer. Dans son minimalisme trop évident pour être honnête, cette Type 01 est une des montres les plus disruptives de ce XXIe siècle horloger : on retiendra qu’elle est belge dans son esprit, même si sa lettre est Swiss Made comme il se doit…

BON À SAVOIR : En vrac, en bref et en toute liberté…

••• BELL & ROSS : non contente d’équiper maintenant la Patrouille de France (on en saura plus cette semaine), la maison française Bell & Ross nous administre une démonstration magistrale de sa créativité avec la BR 01 Cyber Skull imaginée pour la vente Only Watch 2021 (celle dont parle le premier paragraphe de cette chronique). C’est une stylisation abstraite, mais très expressive, du principe des Memento Mori (« Souviens-toi que tu es mortel ») de l’Antiquité romaine, exercice philosophique dont cette BR 01 s’attache à maintenir la tradition vanitaire : tout en transparence, le boîtier est en verre saphir, tout comme le crâne facetté aux nuances ambrées. Entre le culte gaulois des crânes et Terminator, c’est aussi un chef-d’œuvre d’horlogerie mécanique, avec un « tourbillon » logé sur le front de la tête de mort, dont les tibias soutiennent l’architecture du mouvement. Mais il faut savoir que ce crâne « sourit » : la mâchoire s’ouvre et se referme quand on remonte cette BR 01 Cyber Skull. Grimace fatale, qui nous rappelle à notre humble condition mortelle – c’est le but du jeu… ••• JACQUES BIANCHI : des nouvelles de la souscription lancée sur Kickstarter pour la relance de la JB200 d’un autre horloger marseillais de légende, l’octogénaire Jacques Bianchi (vidéo ci-dessous et Atlantic-tac du 18 juin dernier). On avait dépassé ce matin les 700 000 euros : à une semaine de la fin de la campagne, c’est assez encourageant pour atteindre les 900 000 euros, voire même peut-être flirter avec le million d’euros, ce qui serait une première pour une « plongeuse » militaro-civile française. On peut croire au miracle en palanquées, la renaissance de cette grande référence française en étant déjà un… ••• GREUBEL FORSEY : encore une belle histoire d’horlogerie suisse imaginée par un Français ! Robert Greubel est un Alsacien bon teint, associée au Britannique Stephen Forsey pour créer leur marque éponyme – une maison indépendante qui s’est hissée au sommet de la pyramide suisse, avec le prix moyen le plus élevé de toute l’offre Swiss Made (430 000 euros en moyenne par montre pour l’ensemble de la collection, même s’il est vrai qu’ils ne font qu’une centaine de montres par an !). À ce sommet difficilement surpassable, les décisions doivent être radicales. Elles le sont, comme le prouve cette décision de la manufacture Greubel Forsey de renoncer définitivement à tout cuir d’origine animale pour ses bracelets. C’est audacieux, c’est courageux, mais c’est précieux pour la planète parce que c’était honteux pour les industries du luxe : certaines images de mise à mort d’animaux dont on « fait la peau » par simple passion ostentatoire (les reptiles de la faune sauvage, les alligators dans les « fermes » qui sont autant de camps de la mort, les massacres d’animaux domestiques dans les abattoirs, etc.) ne passent plus. Quelques grands noms de la mode ont renoncé à ces cuirs animaux. Greubel Forsey restera comme la première maison horlogère à avoir abjuré ce culte barbare, qui ne remontait guère qu’un début du XXe siècle, quand les montres étaient passées de la poche au poignet…

 

                                                               

 

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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