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Un « objet du temps » singulier, qui juxtapose ses rouages au lieu de les empiler (Code41)…
Un « objet du temps » singulier, qui juxtapose ses rouages au lieu de les empiler (Code41)…
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Atlantic-Tac

Quand le paysage remet le temps à plat et quand les crânes s’offrent un dernier verre : c’est l’actualité pré-hivernale des montres

Mais aussi quatre lettres qui ont affolé les non-initiés, un calendrier perpétuel viriditaire, douze parts de tarte à la rhubarbe et une Lune trop élégante pour ne pas être française…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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BELL & ROSS : La vie rêvée des crânes…

Vous ne le savez sans doute pas, mais les têtes de morts s’ennuient ! La preuve a été mise en évidence par la maison française Bell & Ross, dont le crâne baille à s’en décrocher la mâchoire dès qu’on remonte le mouvement de la montre. Certains disent que ce crâne rit plus qu’il ne baille : allez savoir ! Tout ce que demandent ces têtes de mort, crucifiées depuis des éons sur leurs tibias décharnés, c’est un peu d’animation : la BR 01 Cyber Skull Sapphire de Bell & Ross leur apporte ainsi de quoi se réjouir. Ce n’est évidemment pas le premier skull horloger (« skull » = « crâne » pour les anglomanes) proposé par Bell & Ross, mais c’est la première fois qu’on joue à ce point avec la lumière pour un crâne : le boîtier est en verre saphir totalement transparent, de même que les éléments du crâne et des tibias qui entretoisent le mouvement. Les reflets sur les facettes et les effets de prisme de cette lumière apportent une touche de mystère, alors que les composants métalliques du mouvement donnent à l’ensemble un accent de vérité cybernétique qui nous rappelle le formalisme expressionniste du Metropolis de Fritz Lang. On dépasse ici la simple image de non-conformisme et de rébellion qui s’attache au culte de ces crânes pour aborder un territoire plus proche des beaux-arts numériques, de l’univers des pixels, mais aussi de l’art japonais du pliage (origami). Avec Bell & Ross, on ne s’ennuie jamais !

OMEGA : Quelques douzièmes d’année…

La série des Globemaster d’Omega a été pionnière en devenant la première collection horlogère à être certifiée « Master Chronometer » – la plus haute distinction suisse pour la précision et la résistance d’une montre aux agressions du quotidien. Mécaniquement très avancées, les Globemaster sont, par leur design, un parangon de l’élégance classique selon les codes horlogers suisses : cadran de 41 mm, cadran à douze « facettes » [façon « parts de tarte » comme Omega en réalisait dans les années 1950], logo Omega, index et étoile Constellation en or blanc, lunette délicatement cannelée et fond gravé de cet Observatoire astronomique qui a permis à Omega de battre des dizaines de records de précision depuis l’aube du XXe siècle. La bonne idée est ici double : reprendre ce cadran soleillé en vert – couleur très mode, mais ici très distinguée – et utiliser ces douze « parts de tarte » pour créer un calendrier annuel qui indique non seulement la date, mais aussi le mois et, avec un peu d’attention et pas mal d’approximation, la semaine dans le mois. Le tout en bénéficiant du mouvement coaxial (exclusif Omega) certifié « Master Chronometer » et avec cinq ans de garantie. De la belle ouvrage… Dommage qu’on ait préféré les mois en anglais : en français, cela aurait été autrement plus chic, même et surtout pour des amateurs exotiques !

DE BETHUNE : En vert et contre tout…

Puisque le vert est devenu, au printemps dernier, la couleur fétiche des horlogers suisses, on repeint joyeusement en vert tous les cadrans, en attendant la prochaine « couleur de l’année » [qui pourrait bien être ce « bleu sarcelle » dont nous parlons plus bas] ! L’essentiel, c’est de participer – avec d’autant plus d’allant que le vert est aussi la couleur préférée de ces Mahométans et autres Émiratis qui constituent un des bastions de clientèle les plus fidèles de l’horlogerie helvétique. Va donc pour le vert, dont les horlogers vont finir par nous révéler les cinquante et plus nuances que personne ne soupçonnait l’existence. De Bethune s’acquitte de cette obligation viriditaire – « nature de ce qui est vert » – avec son nouveau quantième perpétuel DB25 logé dans un boîtier en titane (44 mm). L’exercice de style est aussi maîtrisé que d’habitude chez De Bethune, avec un cadran au guillochage « soleillé » en douze vagues, un tour d’heures néoclassique bombé très soigné et une intégration élégante et tout aussi bombée des dates du mois (quantième à six heures). Dommage que l’indication du jour et celle du mois n’aient pas été traitées en harmonie, contrastée ou fondue, avec le vert du cadran. On pourrait en dire autant de l’affichage de la Lune sur son ciel étoilé, dont la couleur triste, affadit la force de ce cadran par ailleurs d’une couleur originale : une Lune sphérique traitée dans un autre couleur aurait été bien plus expressive ! Reste ce chef-d’œuvre de belle mécanique de haut niveau que constitue ce calendrier perpétuel, qui ne se décalera d’un jour de retard que tous les 122 ans, ce qui laisse de la marge – on vous épargne ici tous les arguments innovants de ce mouvement qui dispose de cinq jours de réserve de marche…

HERBELIN : Mécanique céleste…

L’affichage des « phases de la Lune » a toujours fasciné les horlogers : l’évolution apparente des formes de la Lune dans le ciel nocturne (quartiers, croissants, pleine Lune, etc.) remonte aux horloges astronomiques monumentales de nos cathédrales médiévales, et même bien avant si on se réfère à des mécaniques de précision comme la Machine d’Anticythère, voire aux encoches très précises que pratiquaient sur certains outils nos ancêtres de la préhistoire, il y a 30 000 ans, pour noter ces évolutions, qui les aidaient à anticiper le retour des saisons et des migrations de leur gibier. Autant dire que cet affichage, aujourd’hui purement décoratif, fait vibrer en nous des cordes rendues sensibles par des dizaines de milliers d’années d’osmose avec les rythmes naturels de la planète. On n’en apprécie pas moins les efforts de la maison familiale indépendante française Herbelin pour rendre ces « phases de lune » plus accessibles : la montre automatique Inspiration, d’une sobriété quasiment monacale, ne dépassera pas les 1 300 euros, ce qui est particulièrement bien placé pour ce boîtier rond de 40 mm qui propose un cadran convexe et un verre saphir bombé pour l’indispensable touche vintage. Le mouvement est suisse [la France horlogère ne produit plus de telles mécaniques], mais la montre est fièrement « Made in France » – on s’en serait douté à l’élégance très française qui se dégage de ses lignes…

CODE41 : Une remise à plat du temps…

Ce n’est pas tous les jours qu’on a le privilège d’inventer un nouveau format d’objet horloger : jusqu’à présent, on connaissait en gros les montres-bracelets, les montres de poche, les horloges et les pendules, avec très peu d’objets intermédiaires, mais beaucoup de diversité dans les tailles. La jeune équipe indépendante de Code41 vient cependant d’imaginer une sorte de chaînon manquant entre la montre mécanique traditionnelle et la pendulette de bureau, quelque chose qui serait plus qu’une montre de poche [encore qu’il puisse glisser dans la poche] et un peu moins qu’une des horloges portatives qui faisaient la fierté de leurs premiers propriétaires dans les années 1480-1530 [de nombreux tableaux de l’époque démontrent la vogue de ces premiers objets du temps portables par chacun : c’était une manière de s’approprier le temps et d’affirmer sa souveraineté personnelle]. Ce Mecascape – « meca » pour mécanique et « scape » pour landscape, parce que tout un paysage horloger s’ouvre au regard – a la taille d’un petit smartphone contemporain (environ 106 mm x 68 mm) : entièrement mécanique, il propose en fait sur un seul plan horizontal tous les rouages qu’une montre mécanique empile et compile. Il juxtapose les composants au lieu de les imbriquer : c’est une géniale remise à plat du temps qui passe, avec des heures, des minutes et des secondes élégamment décentrées, le tout dans un souci de transparence esthétique qui est aussi une exigence éthique : tous les composants seront suisses et sourcés localement, avec beaucoup de clarté dans le décompte des marges et le calcul du prix public, qui se situera autour des 7 000 euros – soit le prix d’une belle montre en acier de grande marque. Existe-t-il un marché pour un « ovni » aussi déroutant que ce Mecascape, qui a le privilège d’instituer une nouvelle lignée d’’objets du temps ? On le saura lors de la souscription finale, annoncée dans quelques semaines…

BON À SAVOIR : En vrac, en bref et en toute liberté…

•••• TIFFANY & CO : il y a plus d’un siècle et demi, précisément 170 ans, (1851-2021), que la maison horlogère suisse Patek Philippe réalise pour la maison joaillière américaine Tiffany & Co des éditions spéciales de ses montres. Tiffany & Co a procédé de même avec d’autres horlogers, comme Rolex ou Cartier. Dix-sept décennies, ce n’est pas rien : on comprend que l’équipe de Tiffany & Co (marque qui est récemment entrée dans le portefeuille du groupe français LVMH) ait eu envie de s’offrir un gâteau d’anniversaire un peu spécial : une Nautilus réf. 5711 de Patek Philippe, éditée en 170 exemplaires, avec un cadran bleu « sarcelle » emblématique chez Tiffany & Co. Si on ajoute à une des montres les plus recherchées du monde (introuvable en boutique partout dans le monde), le bleu d’une des signatures les plus recherchées, on obtient l’icône horlogère absolue, celle qui n’a pas de prix pour les collectionneurs ! Surtout avec un cadran aussi reconnaissable, qui sera très vite un signe extérieur de reconnaissance entre collectionneurs de très haut niveau… •••• COMPLÈTEMENT MARTEAU : proposée en boutique autour des 50 000 euros et forcément déjà réservée par une élite d’initiés, cette montre devrait très rapidement se vendre quinze ou vingt fois son prix catalogue sur le marché secondaire – soit un bon million pour une montre en acier ! La toute première sera offerte aux enchères dans quelques jours, lors de la vente newyorkaise de Phillips, dans le cadre d’une opération charitable. Sous le marteau d’Aurel Bacs, personne ne doute de l’établissement d’un nouveau record. Rappelons que la précédente édition, tout aussi rare, de la même Nautilus réf. 5711 (lancée en avril 2021), mais cette fois avec un cadran vert olive, était proposée en boutique autour des 30 000 euros, mais la première à affronter les enchères a été adjugée par Antiquorum, l’été dernier, pour 416 000 euros. Quand les collectionneurs veulent être les premiers à porter une montre, le prix n’est plus qu’un indicateur secondaire… •••• LVMH : à peine née, cette Nautilus x Tiffany & Co a déjà une légende. Sur le fond, une gravure rappelle l’anniversaire « 1851-2021 » qui justifie cette édition, mais, dans le jambage du « 1 » de ce « 2021 », on peut lire les quatre initiales « LVMH ». Il n’en fallait pas plus pour que les naïfs et les ravis de la crèche en concluent que le groupe LVMH avait (ou allait) racheté la manufacture indépendante Patek Philippe, joyau de la couronne horlogère suisse. Il est vrai que Bernard Arnault rêve d’un tel rachat et qu’il a déjà fait des propositions substantielles à la famille Stern, propriétaire de l’entreprise. Cette prise de contrôle de la marque indépendante genevoise par le magnat français du luxe relève cependant au mieux de l’histoire à dormir debout, sinon, au pire, de la désinformation. La vérité est sans doute plus prosaïque : pour rester dans le patrimoine horloger genevois et pour échapper à tout prédateur étranger, il semble bien que la maison familiale Patek Philippe ait été définitivement « sanctuarisée » par un jeu de fondations croisées avec la Fondation Wilsdorf, propriétaire du groupe Rolex. Et, en Suisse, les fondations sont inexpugnables ad vitam aeternam

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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