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La pollution atmosphérique est responsable chaque année de dizaines de milliers de décès en France.
La pollution atmosphérique est responsable chaque année de dizaines de milliers de décès en France.
©JOEL SAGET / AFP

Atlantico Green

Pourquoi nous savons si mal mesurer la réalité de la pollution atmosphérique aujourd’hui

Et par conséquent le nombre de morts que l’on peut lui attribuer.

Gilles Dixsaut

Gilles Dixsaut

Gilles Dixsaut est spécialiste du fonctionnement de l'appareil respiratoire. Il a été conseiller scientifique auprès du ministère de la Santé de 1983 à 2003. 

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Atlantico : Selon le Air Quality Life Index report publié le 1er septembre aux Etats-Unis, la pollution aux particules PM2.5 réduirait l'espérance de vie de 2 à 5 ans. Quel est l'impact de la pollution de l'air, notamment par les combustibles fossiles, sur l'espérance de vie ?

Dr Gilles Dixsaut : Les publications à ce sujet existent depuis longtemps. Le problème de cette étude, c'est qu'elle est centrée sur les PM2.5, une pollution des années 1980 en termes de réglementation. En France, on en est encore à étudier les PM10, une pollution des années 1950-1960. La réglementation et les études ont des dizaines d'années de retard sur la technologie et sur la connaissance des mécanismes liés aux particules fines. La pollution actuelle concerne plutôt les PM1 et PM0.1, des particules 100 fois plus petites et donc beaucoup plus dangereuses. Fonder la réglementation sur les PM10 est juste une réaction aux lobbies, qui prétendent ainsi lutter contre la pollution alors que s'il y a moins de PM10, c'est simplement car il y a moins de locomotives à vapeur et de chauffage à charbon. Les PM2.5 correspondent à la pollution des produits pétroliers des années 1980. Actuellement, les véhicules diesel émettent du PM0.1 et les véhicules essence des PM0.08. Du fait de ce décalage, ces études sous-estiment le risque pour la santé de la pollution atmosphérique.

A combien estimez-vous l'impact de ces particules plus récentes sur l'espérance de vie ?

Cela dépend de l'exposition et de sa durée. La pollution particulaire ultrafine pénètre dans le corps et la circulation sanguine. Elle va se retrouver, pendant la grossesse, dans le fœtus. Cela entraîne des fausse-couches, des retards mentaux, etc. L'impact de cette pollution n'est donc pas seulement sur l'espérance de vie post-naissance, mais apparaît même avant. Or, si on se concentre sur les PM2.5, on passe à côté de cet aspect. Avec les PM1 ou PM0.1, on voit beaucoup plus de problèmes.

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Des études européennes montrent que cette réduction de l'espérance de vie est de 4 ans en Roumanie, de un an à Paris. Mais tout dépend des marqueurs que l'on prend et des pathologies que l'on étudie. En 2016, une publication de Santé Publique France a estimé que la pollution atmosphérique était responsable de 43.000 décès en France. Une autre publication, dans le Journal européen de cardiologie, a avancé le chiffre de 76.000 décès car il prenait en compte d'autres pathologies, dont les pathologies cardio-vasculaires en relation avec les particules fines, mais pas avec les PM2.5. Une autre publication récente est monté à 100.000 décès attribués par an en France à la pollution atmosphérique.

Quand on parle d' « espérance de vie », parle-t-on du fait que chaque individu vit moins longtemps, ou que les morts prématurés font baisser l'espérance de vie globale ?

Nous ne sommes pas égaux devant la maladie pour des raisons génétiques et pour des facteurs environnementaux. Ces valeurs sont donc des valeurs moyennes : la pollution va, chez certain, réduire l'espérance de vie de dix ans, tandis que d'autres ne seront pas affectés.

Peut-on inverser cette tendance ?

Oui, à condition de supprimer les sources de pollution. Mais on ne va pas ce sens-là. Actuellement, nous modifions les sources de pollution pour les rendre conformes à des réglementations complètement obsolètes. La réglementation en France sur les seuils d'alerte en cas de pollution atmosphérique est fondée sur les PM10. C'est la forme évolutive la plus tardive de la coagulation des particules. Quand on commence à sonner l'alarme, il est donc déjà trop tard. Il faudrait se baser sur les PM0.1 ou PM1 pour plus d'efficacité. Inverser la tendance, cela passe par le fait de faire évoluer la législation vers quelque chose de plus en accord avec la situation actuelle. Nous avons intégré il y a quelques mois en France les PM2.5 dans la réglementation, avec soixante ans de retard, mais les procédures d'alerte sont toujours calées sur les PM10, la pollution des locomotives à vapeur.

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Quels sont les autres effets des particules fines sur la santé ?

La première chose qui vient à l'esprit est les maladies respiratoires : le cancer du poumon, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), l'asthme (la pollution n'est pas un facteur déclenchant mais aggravant de l'asthme), les maladies pulmonaires. Mais en fait, le principal problème sont les maladies cardio-vasculaires : elles représentent les deux tiers de la mortalité, car les particules ultra-fines modernes pénètrent la circulation sanguine et vont se fixer sur les artères. Cela entraîne des infarctus du myocardes, des accidents vasculaires-cérébraux, d’embolies pulmonaires...

Viennent ensuite d'autres problèmes, comme le retard de développement de l'enfant, les accouchements prématurés, les fausse-couches, etc. Il y a aussi des effets sur les maladies neurologiques et neurovasculaires, comme le développement des démences. Enfin, nous avons des maladies auto-immunes, comme le diabète, car lorsque les particules ultra-fines pénètrent l'organisme, elles se retrouvent dans la plupart des organes.

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