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Pataphysique fiscale : la France subventionnera désormais les producteurs chinois de vélos électriques
©Reuters

En roue libre

Pataphysique fiscale : la France subventionnera désormais les producteurs chinois de vélos électriques

Encourager l'abandon de la voiture pour le vélo électrique sur les trajets urbains est une excellente idée. Mais l'argent public serait mieux dépensé en aménagements cyclables qu'en subventions à l'industrie chinoise.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Grand cycliste urbain devant l'Éternel, ce qui est juste une expression convenue parce que je ne crois pas vraiment que l'Éternel, s'il existe, se préoccupe de la manière dont je me déplace - il a certainement d'autres chats à fouetter je l'espère pour Lui - je me félicite de toute initiative publique visant à favoriser l'usage du vélo en ville...

 

Ça ne m'empêche pourtant pas de me poser des questions sur le bien fondé de ces initiatives. Et parfois de ne pas les trouver spécialement pertinentes. Notre gouvernement bien aimé vient en effet de décider, par décret, de subventionner les acquéreurs de vélos électriques à hauteur de 20% du prix d'achat (avec un plafond de 200 euros), ce qui a tous les attributs extérieurs d'une bonne idée.

 

Ainsi, si vous avez envie d'abandonner votre auto pour vous rendre au boulot, que vous n'êtes peut-être pas dans une condition physique qui vous permette de pédaler sans assistance sur 5 ou 6 km (auquel cas vous devriez peut-être vous interroger sur votre style de vie en général mais, bon, ce n'est pas le sujet) et que vous n'avez pas envie de débarquer tout transpirant en réunion, le concept de la bicyclette à énergie nucléaire sonne effectivement comme une excellente solution.

 

Pour autant, dans un monde où la Chine exporte 90% de la production mondiale d'e-bikes, et lorsque l'on sait que ses coûts de production réels sont souvent proches, et parfois inférieurs, au montant maximal de la subvention, on se dit que la France pourrait verser directement son pognon aux industriels chinois, s'épargnant ainsi tout le cirque fiscal des remboursements aux acheteurs...

 

C'est comme ça, on n'y peut rien, nous ne fabriquons plus grand chose et encore moins des vélos électriques. Ce n'est d'ailleurs pas nécessairement un drame : le salaire d'un ouvrier assemblant ces engins à 2 ou 300 dollars pièce n'est probablement pas très attractif, même s'ils sont ensuite mystérieusement commercialisés aux alentours de 1 500 euros. C'est d'ailleurs toute la difficulté, en économie ouverte, de rendre du pouvoir d'achat par la subvention à des consommateurs qui en profiteront immédiatement pour accroître un peu plus le déficit commercial.

 

Mon conseil aux preneurs de décrets, qui vaut ce qu'il vaut je m'en rends compte, serait plutôt de consacrer l'argent des impôts à la construction massive d'aménagements cyclables dignes de ce nom, ce qui reste tout de même le meilleur des encouragements à laisser sa voiture au garage pendant la semaine. Le marché devrait alors se développer naturellement, forçant les industriels chinois à se battre comme des chiffonniers en rapprochant leurs prix de vente de leur coûts de production pour en profiter (et les distributeurs à pratiquer des marges plus raisonnables si la concurrence s'intensifie).

 

Les Français deviendront alors plus nombreux à aller bosser en vélo électrique, pollueront moins et décideront eux même d'affecter les économies réalisées où bon leur semble. Qui sait, ils s'achèteront peut-être des voitures françaises pour partir en week-end...

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