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Impression du journal l'International Herald Tribune et capture d'écran de The Guardian (à droite).
Impression du journal l'International Herald Tribune et capture d'écran de The Guardian (à droite).
©Reuters

Chroniques du pot aux roses

Nocif et ridicule : le jugement porté à l'étranger sur François Hollande est-il exagéré ?

De l'International Herald Tribune au Guardian, la presse étrangère se repaît de l'affaire Julie Gayet et n'est pas tendre avec le président de la République, dont la popularité chute bien au-delà des frontières de l'Hexagone.

Serge  Federbusch

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président du Parti des Libertés, élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité politique parisienne.

Il est l'auteur du livre L'Enfumeur, (Ixelles Editions, 2013) et de Français, prêts pour votre prochaine révolution ?, (Ixelles Editions, 2014).

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1 - Nul n'est Flanby en son pays

C'est une cuisante leçon d'impertinence et d'indépendance que la presse anglaise a donné aux journalistes français à l'occasion de la visite mou-présidentielle à Londres.

"Monsieur le président, pensez-vous que votre vie privée a fait de la France un sujet de moquerie internationale ?" osa un persifleur à la conférence de presse donnée avec Cameron. Et c'est un Hollande essoufflé et poussif qui orna le même jour la une du Guardian, toujours en référence à l'affaire Gayerweiler. Rappelons que ce quotidien anglais de centre-gauche fut autrefois un chaud partisan du président socialiste. Il n’y a pas qu’en France que sa popularité est en chute libre.

A Londres, on ne donne pas dans l'autocensure et la complaisance sous prétexte de respecter vie privée et bienséance. Oui, les escapades présidentielles nocturnes, qui semblaient d'ailleurs se prolonger fréquemment jusqu'à onze heures du matin - laissant planer le doute sur l'ardeur au travail du scootard de la république -, sont effectivement du plus ridicule effet et dégradent l'image de la France à l'étranger. Que nul ne se risque à le dire à Paris, lorsque l'Elysée convoque le ban et l'arrière-ban de la presse, voilà qui témoigne de l'incapacité collective des Français à nommer ce qui ne va pas. Comme le résume plus près de nous l'International Herald Tribune : "Hollande teste les limites de la tolérance des Français." Elles sont élevées, ce qu’on avait déjà pu constater lors du scandale Cahuzac qui, dans toute démocratie digne de ce nom, aurait provoqué la chute du gHerald Tribuneouvernement.

Derrière cette omerta nationale, c'est le même refoulement qui conduit à ne pas dire que le régime des retraites est en faillite, que l'activité économique est au point mort, que la France est boudée par les investisseurs étrangers, que les atteintes à la liberté d'expression sont devenues insupportables et dignes d'un régime policier.

Est-il normal en effet qu'un activiste qui se borne à rouler dans un véhicule arborant le slogan de "Hollande démission" ou à gonfler un ballon soit amené au poste sous prétexte de publicité illicite ou de quenelle fantasmée ? Ces abus de pouvoir auraient conduit il y a quelques décennies les beaux esprits de la gauche à s'émouvoir des mauvais traitements faits à la démocratie. Avez-vous entendu une seule protestation ? Aucune. Et l'arrestation préventive de militants identitaires, quelle que soit l'opinion qu'on a d'eux, au motif qu'ils pourraient troubler l'ordre public avant une manifestation autorisée et alors qu'ils attendent le départ du cortège attablés dans un café est également un signe très inquiétant du mépris pour les libertés fondamentales de Valls et de ses sbires.

"Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire" : la vieille formule a définitivement déserté l'esprit des donneurs de leçons. Il n'y a pas qu'en italien que la gauche est sinistre.

Pourtant, rien n’y fera, le "galipettegate" présidentiel va distiller une hostilité à la personne même de François Hollande plus corrosive que ses échecs récurrents dans tous les domaines de la politique économique et de la vie institutionnelle. Ce sont les journalistes anglais qui ont raison.

A plusieurs reprises, des amies débonnaires et guère piquées de politique qui, il y a peu, ne prenaient que de légères distances avec le régime "hollandais", m'ont dit à quel point elles avaient été choquées par la muflerie de la déclaration élyséenne répudiant la première concubine. Autant les écrans de fumée vaporisés par Hollande lorsqu'il parle de fiscalité, d'emploi ou de réformes sociales rendent ses mensonges difficiles à figurer. Autant la goujaterie se voit facilement et l'identification avec Trierweiler s’opère aisément. Plus que ses subterfuges permanents, c'est par sa vie privée qu’Hollande fait comprendre aux indifférents qui il est vraiment.

De manière assez amusante, c'est au moment où un débat oiseux sur la théorie du genre encombre les esprits que, par son comportement, Mou-président provoque des réactions politiques sexuées, les femmes étant particulièrement sensibles à l'abus dont Trierweiler a été la victime.

Décidément, le président qui devait apaiser est l’homme de tous les clivages.

2 - Les permanents du clientélisme

Un sympathique entrepreneur du 10ème arrondissement m'a fait part de sa consternation à la lecture de courriers dont il ressort que les intermittents du spectacle vont sans doute échapper aux dispositions de la loi de finance pour 2014 qui prévoient l’intégration des dépenses engagées par l’employeur lors de la mise en place d’une complémentaire maladie dans l’impôt sur le revenu des salariés.

Cette mesure se traduit par une augmentation de la pression fiscale sur lesdits salariés, contrairement aux proclamations de pause du gouvernement. Et aussi par une énorme usine à gaz dans la correction rétroactive que les employeurs doivent apporter aux feuilles de paie.

Pour tenter de s’y soustraire, les intermittents du spectacle et leurs employeurs ont plaidé que le montant de la part patronale alimentant le Fonds collectif du spectacle pour la santé, mis en place dans leur accord interbranche de prévoyance, n'était pas concerné par cette réforme.

Ils ont déjà obtenu qu'Audiens Prévoyance, organisme paritaire de gestion de ces risques, déclare, au nom des employeurs, les contributions du Fonds pour les seuls salariés bénéficiaires. Les intermittents sont sauvés. Et il se dit que l'administration fiscale va se ranger à cette position.

Ouf ! Une profession qui creuse le déficit de l'assurance-chômage à raison d'un milliard d'euros annuellement ne doit décidément pas être traitée comme les autres.

3 - L’ «illibéralisme» français fait de la résistance

Alors que les taxis parisiens, recordmen de France de l'hostilité à la concurrence, tentent de juguler la montée en puissance des loueurs de véhicules avec chauffeurs en bénéficiant de la complicité du gouvernement, l'inénarrable Montebourg est à la manœuvre pour s'émouvoir de l'excès de compétition dans le domaine des télécommunications.

Quatre opérateurs c'est trop ! proclame-t-il en vomissant le principe même de l'émulation capitaliste, retrouvant les accents les plus démagogiques de sa campagne des primaires socialistes. Bien sûr, tout n'est que posture chez ce politicien professionnel qui a promis tout et son contraire à des milliers de salariés d'Arcelor-Mittal, Doux, Fralib, Sanofi, etc. Une seule constance dans son action : l'absence de résultats.

Au passage, Montebourg s’en est pris au Conseil de la concurrence et à l’Autorité de régulation des télécommunications, s’inspirant de Laignel qui conspuait en 1981 ceux qui selon lui avaient juridiquement tort car ils étaient politiquement minoritaires : « Vous êtes contre les ententes et moi je les organise. Vous, vous êtes nommé et moi, je suis élu. Donc, qui a raison ? Forcément, moi ! »

Montebourg est partisan de tout ce qui peut entraver la baisse des prix et le libre choix du consommateur au prétexte que les marchés réglementés et les usagers captifs seraient plus favorables à l'emploi. Ce malthusianisme, dont la France espère en vain qu'il la protègera de son désarroi, a beau être démenti par toute l'histoire du développement économique, il est encore des "socialistes" prompts à entretenir le vieux mythe.

C'est naturellement oublier que les rares cas où l'interventionnisme industriel a pu se révéler temporairement efficace, dans le développement phénoménal de l'Asie du Nord au vingtième siècle par exemple, sont justement ceux où l'Etat, en échange de sa protection, contraignait ses entreprises nationales à une compétition féroce entre elles.

L'illibéralisme français, dont Montebourg n'est qu'un piètre porte-voix, se trompe sur toute la ligne, comme à son habitude. Et si le ministre du sous-développement improductif nous annonçait clairement qu'il souhaite une taxe supplémentaire sur les communications téléphoniques pour venir en aide à Orange, Bouygues et SFR ? A quoi bon porter le masque, ce serait beaucoup plus simple.

A lire de l'auteur de cet article :  "L'enfumeur", de Serge Federbusch, (Ixelles éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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