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Microsoft Research devrait ouvrir ce lundi 31 octobre une version expérimentale de Project Greenwich.
Microsoft Research devrait ouvrir ce lundi 31 octobre une version expérimentale de Project Greenwich.
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La minute "Tech"

Microsoft : un site expérimental pour recomposer son passé

Microsoft Research devrait ouvrir ce lundi 31 octobre une version expérimentale de Project Greenwich, un service avec lequel les internautes pourraient réorganiser leur présence numérique sur le web. Une occasion de méditer sur le rapport au Temps de l’individu hypermoderne.

Nathalie Joannes

Nathalie Joannes

Nathalie Joannès, 45 ans, formatrice en Informatique Pédagogique à l’Education Nationale : création de sites et blogs sous différentes plates formes ;  recherche de ressources libres autour de l’éducation ;  formation auprès de public d’adultes sur des logiciels, sites ;  élaboration de projets pédagogiques. Passionnée par la veille, les réseaux sociaux, les usages du web.

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Conçu par Socio-Digital Systems,  un département peu connu de la firme de Seattle, le Project Greenwich s’inscrit dans un ensemble de recherches dont la définition générique aurait sans doute intéressé le philosophe des sciences Gaston Bachelard : « Technologies élégantes pour des vies complexes ». Installé à Cambridge (Grande-Bretagne) le SDS fait travailler des informaticiens, bien sûr, mais aussi des chercheurs en sciences sociales et des designers dont un grand nombre sont européens. Le Project Greenwich s’inspire de travaux antérieurs sur la généalogie et les relations intra familiales comme Family Archives ; il ressemble à la time line (ligne temporelle) de Facebook. Mais il ne s’agit pas, en l’occurrence, de dater au jour le jour, chaque document mis en ligne de manière plus ou moins compulsive en espérant recevoir plein de commentaires d’amis.

 

Les 200 photos d’un bombardier anglais

L’idée est venue de la découverte en 2006 d’un stock de 200 photographies prises pendant la seconde guerre mondiale par un soldat de la Royal Air Force qui a appartenu à plusieurs  équipages de bombardiers envoyés au-dessus de l’Allemagne. Après le décès du vieil homme, un de ses petits-fils a constaté que les dates et les lieux bombardés avaient été soigneusement notés au dos de chaque photographie. Comme ce petit-fils, Richard Banks, est un spécialiste en design interactif chez Microsoft Research, il s’est lancé dans la construction d’une application de chronologie et il y a installé les versions numérisées de toutes les photos prises par son grand-père.

Puis Richard Banks a recherché sur le web les traces d’évènements correspondant aux dates mentionnées sur chaque photo et il a construit, en parallèle, une deuxième ligne chronologique. La juxtaposition des deux time lines, avec leurs temps forts respectifs, a montré le déroulement de deux récits imbriqués, celui d’un soldat en guerre et celui de la guerre comme séquence de l’Histoire. En développant cette fusion de lignes temporelles subjectives et historiquement validées, Richard Banks a mobilisé ses collègues psychologues et sociologues autour d’une intuition : la numérisation massive, le stockage et le partage de nos souvenirs change radicalement notre  rapport au « temps qui passe ».

Stressé par l’urgence mais jouisseur, capricieux et boulimique, l’individu hypermoderne veut tout, tout de suite et fait plusieurs choses en même temps ; il se grise d’une apparente accélération du temps, accélération qu’il crée et qu’il subit. Il ne percevra pas son propre passé de la même manière que ses parents nés avant l’avènement de l’ordinateur et du web. Le temps encore relativement « lent » des années soixante-dix et quatre-vingt, ponctué par quelques jalons singuliers et rares, produit des souvenirs plus stables et plus nets que ceux, flous et confus, du temps spasmodique qui, depuis la fin des années quatre-vingt-dix charrie de la diversion massive, désormais saturée de buzz et de lol.

Richard Banks a publié sur ce sujet un ouvrage intitulé « The Future of looking back », qui pourrait se traduire par « L’avenir du regard sur le passé ».

 

La vie des gens et l’Histoire en train de se faire

Dans la version beta de Project Greenwich, les internautes qui s’inscriront comme testeurs (inscriptions par le premier lien de « Pour en savoir plus ») se raconteront sur des lignes chronologiques, avec des photos, des textes, des sons, des vidéos. Ils seront invités, et sans doute incités, à créer des time lines synchronisées dans lesquelles ils exprimeront leur perception de ce qui les a intéressés, aussi bien dans l’actualité mondiale, qu’en politique intérieure ou dans le domaine culturel (musique, littérature, cinéma, télévision).

Un des marqueurs les plus récents de ce type de retour sur le passé a été la commémoration médiatique des attentats du 11 septembre 2001 : les radios, les télévisions et la presse écrite ont, à cette occasion, déversé des milliers de souvenirs personnels extraordinairement précis de ce que faisaient les gens au moment où ils ont appris la nouvelle. Les usages induits par les réseaux sociaux devraient, à fortiori, produire de nouveaux types de souvenirs ou de passés plus ou moins recomposés. C’est cette manière de réorganiser son passé qui semble intéresser les gens de Microsoft Research.

Dans une première phase d’expérimentation et selon le comportement des internautes, le Project Greenwich sera graduellement enrichi de fonctionnalités telles que la possibilité d’imprimer les lignes chronologiques ou d’en « embarquer » le code afin de les incruster dans des blogs.

Microsoft affirme que les données qui seront collectées grâce à ce service en ligne serviront à détecter des comportements émergents. Ces données et les enseignements qui en seront tirés devraient permettre à la firme de concevoir des applications « web 2.0 »  qui répondraient de manière plus « proactives » aux attentes des internautes.  Il est possible que le site soit ensuite intégré comme application dans une suite créative ou qu’il devienne l’embryon d’un réseau social thématique.

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