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Les microplastiques pourraient bientôt (sauf miracle) nous empêcher de manger des huîtres
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Les microplastiques pourraient bientôt (sauf miracle) nous empêcher de manger des huîtres

Même si le décret précisant l'interdiction progressive des sacs plastiques non réutilisables en France publié le 31 mars va dans le bon sens, il faudra en faire beaucoup plus pour que les huîtres continuent d'arriver à se reproduire. Les microplastiques et autres pollutions marines les menacent d'extinction.

Arnaud  Huvet

Arnaud Huvet

Arnaud Huvet, chercheur au Laboratoire de physiologie des invertébrés à l'Ifremer.

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Atlantico  : La dernière étude publiée par la revue PNAS montre que les microplastiques sont un ennemi pour l'huître. Quels effets ont ces particules plastiques sur ces mollusques?

Arnaud Huvet : Après deux mois d'exposition en laboratoire à des microparticules de polystyrène de 2 et 6 µm (taille préfentiellement ingérée par les huitres), les huîtres avaient une reproduction réduite avec moins d'ovules (réduction de 40%). De même, leurs spermatozoïdes étaient nettement moins mobiles comparés à ceux des huîtres mises dans des bassins sans micro-plastique, ce qui est un indicateur de leur qualité à l'instar de chez l'homme.

Les gamètes, une fois produits par les huîtres exposées aux microplastiques, ont été collectés ce qui nous a permis de réaliser une fécondation au laboratoire. Les résultats montrent que la fécondité était en forte baisse - 41% de réduction de jeune larves produites - avec des conséquences sur la génération suivante en termes de croissance (-20%) amenant à un délai de 6 jours de la fixation de ces jeunes larves en juvéniles, début de leur vie adulte.

Pour la consommation, aucun risque montré par cette étude puisque la concentration de plastique exposée (en particules par litre) est supérieure d'au moins 100 fois à ce que l'on peut détecter dans le milieu marin. Par contre, cette étude peut être vue comme une alerte car si rien ne change, d'ici 2025, la quantité de microplastiques-déchets en mer devrait augmenter d'au moins un facteur 10. Il faut donc s'en préoccuper maintenant.

Ces microplastiques viennent en partie des sacs plastiques abandonnés à la rive. Le décret publié le 31 mars interdisant les sacs plastiques fins va donc dans le bon sens?

Oui clairement. En légiférant sur les sacs plastiques, on peut s'attendre à une réduction de cette partie de macrodéchets en mer, mais bien-sûr pour que cela soit efficace, il faudrait que cette interdiction soit mondiale.

En s'attaquant aux macrodéchets, on réduira par conséquence une source de microplastiques. En effet, les microplastiques sont issus de la fragmentation de déchets plastiques déversés dans les océans (bouteilles, sacs plastiques, emballages, mégots de cigarette), et aussi directement des rejets issus de nos usages, fibres synthétiques (issues de nos machines à laver), cosmétiques (microbilles présentes dans les exfoliants ou dentifrices), abrasifs industriels, granulés plastiques industriels, matières premières de la plasturgie.

Les sacs plastiques plus épais, réutilisables, pourront encore être distribués et donc jetés à la mer. Est-ce que les huitres feront la différence?

Aucune donnée à ce jour ne permet de répondre à cette question mais des études sont déjà en réflexion pour exposer en laboratoire des animaux marins, comme des coquillages ou des poissons, à ces nouveaux plastiques faits de polymères oxo-biodégradables.

Quelle est la solution idéale? Et la solution pragmatique?

Aucune solution n'est idéale, il faut une juxtaposition de solutions :

- Modifier nos usages, à nous consommateurs : réduire l'utilisation du plastique notamment dans les emballages, pas indispensables à notre vie courante voir peu utiles et à durée de vie très courte, alors que les emballages plastiques constituent le premier poste de déchets en mer (40%). Pour cela, il faut clairement sensibiliser sur cette problématique des déchets plastiques en mer ; faire comprendre que cela vient de nos usages, que 80% de ces déchets viennent de la terre, contre 20% des activités maritimes ; 

- Favoriser la réutilisation, et bien-sûr développer et favoriser le recyclage des matières plastiques ;

- Favoriser les développements technologiques par les industriels (des pilotes existent, par exemple, pour tenter de soustraire aux eaux traitées en stations d'épuration les microplastiques, telles que les fibres synthétiques issues de nos machines à laver le linge quand celui-ci est en matière synthétique) ;

- Suppression prévue en 2017 des particules de polyéthylène dans les produits cosmétiques par les plus gros producteurs de cosmétiques mondiaux, remplacées par des produits naturels (exemple noyaux d'abricots) ;

- Légiférer, comme c'est le cas pour les sacs plastiques.

Propos recueillis par Clémence Houdiakova

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