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Les 7 défis de la COP22 survivront-ils à l'élection de Donald Trump ?
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Atlantico Green

Les 7 défis de la COP22 survivront-ils à l'élection de Donald Trump ?

Après l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, la dynamique positive de la COP 21 semble remise en question. La COP 22, qui s'est ouvert début novembre, n'en demeure pas moins un rendez-vous primordial pour lutter contre le réchauffement climatique.

Myriam Maestroni

Myriam Maestroni

Myriam Maestroni est présidente d'Economie d'Energie et de la Fondation E5T. Elle a remporté le Women's Award de La Tribune dans la catégorie "Green Business". Elle a accompli toute sa carrière dans le secteur de l'énergie. Après huit années à la tête de Primagaz France, elle a crée Ede, la société Economie d'énergie. 

Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages majeurs: Intelligence émotionnelle (2008, Maxima), Mutations énergétiques (Gallimard, 2008) ou Comprendre le nouveau monde de l'énergie (Maxima, 2013), Understanding the new energy World 2.0 (Dow éditions). 

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Atlantico : Du 7 au 18 novembre se tient la Conférence de Marrakech, plus communément appelé COP22, conférence des Nations unies sur le dérèglement climatique. Un an après la COP21 qui s'était tenue à Paris, quels sont les grands enjeux de cette édition en termes climatiques ?

Myriam Maestroni : C’est un peu moins d’un an après la COP 21, vécue, à la fois comme un véritable succès diplomatique et comme une étape clé pour agir contre le changement climatique, en essayant de maintenir le réchauffement de notre planète en deça du seuil des 2°C, que se tient la Conférence de Marrakech, faite belle comme jamais, pour accueillir la COP 22. Ce nouveau round de négociations s’inscrit comme un point d’orgue dans une dynamique de mobilisation qui est restée soutenue depuis l’Accord de Paris. Un accord, qui, il est important de le rappeler avait été signé, par les 195 Etats participants, à l’issue de discussions marathon dans un Paris encore sous le choc des attentats, le 12 Décembre dernier, et que Laurent Fabius, alors Ministre des Affaires Etrangères et du Développement, avait qualifié, "de différencié, juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement contraignant”

C’est d’ailleurs bien grâce à cette mobilisation, qu’à la surprise et satisfaction générale, Marrakech a pu démarrer en s’appuyant sur un document désormais ratifié par 103 Etats représentant 73% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Il faut noter que même l’Australie, pays, fort dépendant du charbon, et donc un des pires émetteurs par habitant de gaz à effet de serre vient de ratifier l’accord le 10 novembre dernier et donc de confirmer l’objectif de réduire ses émissions de 26 à 28% de leur niveau de 2005 à l’horizon 2030. En soi, ce bilan pré-COP, flatteur pour la Présidence française, représente un atout majeur, puisque pour entrer en vigueur cet accord devait a minima être ratifié par au moins 55 pays totalisant au moins 55% des émissions mondiales. 

C’est dans ce contexte certes privilégié sur le plan du droit, mais plus préoccupant que jamais sur le plan de l’urgence climatique, que 196 Etats sont réunis du 7 au 18 Novembre à Marrakech et que s’inscrit le tout premier enjeu de la COP 22, à savoir et sans nul doute possible celui d’accélérer la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Il s’agit de fixer notamment des objectifs universels, et ce, dans un calendrier resserré, c’est à dire sans attendre la fin de la période d’engagement prévue par le Protocole de Kyoto à 2020. Ainsi Marrakech a vocation à devrait déboucher sur un paquet de décisions à adopter en 2018 (COP24). Entretemps il conviendra de gérer les pays qui n’ont pas encore ratifié : Turquie, Russie, Japon, Espagne qui vient de sortir d’une crise électorale qui aura duré près d’un an… ou ceux, comme les Etats Unis, qui sous la nouvelle ère Trump menacent de se mettre à traîner des pieds… 

Gérer suppose, par ailleurs, de mettre en place un cadre transparent et des modalités de suivi précises pour évaluer de façon effective l’évolution des émissions Etat par Etat. Cela est un chantier à part entière puisque, en l’état actuel, les contributions nationales se basent sur des engagements volontaires, pris par les pays, dans des modalités plus ou moins précises et avec des niveaux d’ambitions encore insuffisants pour parvenir, au global, à limiter le réchauffement climatique en dessous du fameux seuil de 2°C. Il s’agit donc bien de pousser les Etats à renforcer leurs niveaux d’ambition respectifs et à caler des règles communes. 

Le deuxième enjeu est celui du financement consistant notamment à rendre plus concrètes, les modalités permettant de mobiliser l’aide de 100 milliards de dollars/an prévue d’ici à 2020 de la part des nations industrialisées en faveur des pays du Sud, plus vulnérables au changement climatique. Ainsi  au delà du travail engagé par l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) qui, s’est engagée, pour la deuxième année consécutive, à comptabiliser les financements climat, publics et privés, bilatéraux et multilatéraux, des pays du Nord vers ceux du Sud, il s’agit de penser l’action climatique en prenant en compte les attentes en matière d’adaptation (actions mises en œuvre pour faire face aux impacts du réchauffement) et plus seulement de l’atténuation (mesures de réduction des émissions). Un sujet particulièrement sensible à Marrakech, que certains qualifient de "COP africaine", un continent qui constate et vit au quotidien les effets du réchauffement. Selon les calculs de l’OCDE, les sommes allouées à l’adaptation devraient doubler, de 8 à 16 milliards de dollars par an, d’ici à 2020. Un montant en augmentation, mais inadapté aux coûts réels, qui pourraient atteindre entre 140 et 300 milliards de dollars d’ici à 2030 selon l’ONU.

Le troisième enjeu est de continuer à mobiliser l’ensemble des acteurs engagés à un niveau sans précédent pour lutter contre le réchauffement climatiques. Ils sont nombreux et d’importance. La COP 21 aura constitué pour eux un révélateur fort, en mettant en lumière une myriade d’initiatives à tous les niveaux.

Il convient de relever d’abord, les initiatives territoriales qui impliquent des acteurs publics, étatiques ou non étatiques : collectivités territoriales, ONG, régions, villes, agissant seules ou en réseaux désormais structurés. De nombreux regroupements ont vu le jour  à tous les niveaux. Ainsi pour n’en mentionner qu’un parmi des dizaines, le R20 fondé par Arnold Schwarzenegger, et désormais présidé par la française Michèle Sabban, qui regroupe les régions les plus en pointe en matière de lutte contre les émissions, et d’ores et déjà très engagé en faveur de femmes, premières victimes du changement climatique, dans de nombreux pays. En ce qui concerne les villes, qui représentent 3/4 des émissions mondiales, on constate aussi un fort engagement. Ainsi, selon le dernier rapport annuel du Carbon Disclosure Project (CDP), publié le 4 octobre dernier, 190 villes dans le monde ont décidé de réduire leurs émissions de GES, dont quelques exemples phares : Stockholm qui s’est engagé à ne plus utiliser d’énergies fossiles en 2040, en réduisant d’ores et déjà les émissions par habitant à 2,3 tonnes équivalent pétrole (tep) en 2040, New York déterminé à réduire de 80% ses émissions calculées sur la base 2005 d’ici à 2050, en annonçant un programme ambitieux de rénovation énergétique des bâtiments. Il est important de souligner le changement de mentalités qui accompagne cet engagement croissant. En effet, là où on ne voyait qu’une contrainte écologique alimentée par des épisodes climatiques extrêmes (inondations, températures extrêmes, stress hydrique…) on commence à identifier des opportunités de croissance économique… un pas majeur pour maintenir l’enthousiasme dans la durée, et orienter les choix stratégiques en matière de sensibilisation des habitants, de politique de transport, ou encore d’économie d’énergie, face à des citoyens de plus en plus sensibilisés et attentifs.

A ces initiatives du secteur public ou para public, s’ajoutent les initiatives privées, venant des entreprises, de l’industrie et du secteur financier, dont le soutien est clairement vu comme plus nécessaire que jamais à l’occasion de cette COP. M. Salaheddine Mezouar, le Président de la COP22 a ainsi déclaré : "Nous devons transformer la technologie en projets concrets. Nous avons besoin de plus d’engagements des entreprises pour cette transformation". Il est bien évident que les projets d’investissements tant dans les projets de développement de la part des énergies renouvelables ou d’amélioration de l’efficacité énergétique, passent par des synergies fortes entre le jeu des acteurs publics et privés. Les évolutions récentes sont encourageantes, mais le chemin encore à parcourir n’est pas sans embûches. Parmi ces dernières on pourrait noter en particulier, le prix du carbone, pourtant vu par tous les experts au niveau mondial mais aussi par bon nombre de patrons de grandes entreprises, comme un des vecteurs sine qua non de cette lutte contre le changement climatique, qui a continué à chuter juste après la COPI 21 et semble désormais à des niveaux plus bas que jamais… et, en tout cas, bien loin des 30 ou des 100$ souhaités. Corollaire bien regrettable… le prix du pétrole et des énergies fossiles pourtant largement reconnus comme principales causes de l’effet de serre reste extrêmement bas (même si on vient de franchir la barre des 50 dollars par baril de pétrole), et ces mêmes énergies longtemps vues comme en voie de raréfaction semblent soudain plus disponibles et en quantité que jamais, au point de nous avoir presque tous fait oublier le peak oil.

Enfin la COP 22 a également vocation à essayer de repenser l’agriculture. L’initiative "Triple A", (pour Adaptation de l’Agriculture ­Africaine) réunit 27 pays d’Afrique, et a vocation à  proposer de nouvelles pratiques de gestion des sols, d’agroforesterie, de maîtrise de l’eau, d’aide aux petits exploitants, dans les pays en développement au titre des actions d’adaptation. Un sujet qui trouve un écho dans les débats complexes concernant l’utilisation des produits phytosanitaires nocifs pour l’eau et l’environnement dans nos propres pays, comme le soulignait les intervenants concernés lors de la dernière Assemblée Générale du Mouvement des Entreprises de la Nouvelle Economie (MENE).

En quoi l'élection à la présidence des États-Unis de Donald Trump, qui s'est distingué par des prises de position climato-sceptiques durant sa campagne, pourrait-elle mettre à mal la lutte contre le dérèglement climatique et la réalisation d'objectifs décidés lors de cette COP 22 ?

L’élection inattendue de Donald Trump à la Présidence des Etats Unis d’Amérique est de nature à doucher le léger regain d’optimisme sous lequel s’ouvraient les négociations de Marrakech.  En effet, le nouveau Président a annoncé la couleur en déclarant que son administration rejetterait les politiques du Président Barack Obama pour lutter contre le changement climatique, ce qui, bien sûr acterait un sévère infléchissement à une dynamique de discussions pourtant plus nécessaire que jamais. 

Sur le plan technique, il est encore assez délicat de spéculer sur la façon dont Trump pourrait mettre sa promesse à exécution. En effet, l’accord, entré en vigueur quatre jours avant son élection, établit, dans son article 28, la possibilité pour un pays, de le dénoncer, mais sous réserve de respecter un délai de quatre ans après sa ratification. Cela supposerait donc d’attendre la 4 Novembre 2020, c’est à dire quelques jours avant la nouvelle élection présidentielle. Echapper à cet article, et donc réduire ce préavis, supposerait de dénoncer la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, et ainsi à balayer plus de 20 ans d’histoire puisque cette convention a été signée en 1992 par George Bush (père) et a bien été approuvée par le Sénat américain. Il pourrait y avoir d’autres moyens, mais dans tous les cas, ce recours serait assorti d’un coût politique élevé… d’autant que les circonstances ont beaucoup évolué depuis lors, dans une Amérique, toujours en situation de gaspillage énergétique, mais avec des citoyens plus sensibilisés, des "opinions makers" plus engagés et plus visibles (dont Leonardo de Caprio qui vient de présenter son dernier film Before the Flood il n’y a que quelques jours), des ONG plus déterminées, mais aussi des acteurs financiers et économiques, au premier rang desquels les compagnies d’assurance qui se sont convertis en acteurs plus revendicatifs, dans un pays qui paie un lourd tribut en terme de dégâts liés aux épisodes climatiques extrêmes, à mettre sur le compte du réchauffement climatique (inondations en Louisiane, pluies torrentielles en Virginie, incendies en Californie…).

Il faut néanmoins être vigilant car l’opportunisme climato-sceptique du nouveau Président sert les intérêts d’une industrie pétrolière américaine renaissante dans un pays encore extrêmement consommateur d’énergies fossiles, tant de pétrole (en 2015, les Etats Unis ont consommé plus de 7 milliards de barils de pétrole, soit plus de 20 barils en moyenne par habitant) que de gaz (qui représente un tiers de l’énergie consommée dans le pays). Cette industrie a, d’ailleurs, fort mal vécu la pression sur les prix qui ont chuté de moitié depuis 2008 et les multiples pressions contre le pétrole et gaz de schiste, en particulier, et contre le réchauffement climatique, en général. Mais les années se suivent et ne se ressemblent pas… Ainsi la remontée le cours du Brent qui est passé au dessus du seuil de 51USD pour la première fois en octobre, combinée à la victoire du candidat républicain qui constitue un vrai soutien a de quoi réjouir les sociétés pétrolières américaines, qui avaient été nombreuses à se placer en procédure d’insolvabilité au cours des deux dernières années.

Aussi la question sera de maintenant de savoir, si l’ensemble des autres parties prenantes parviendra à être suffisamment audible pour faire contrepoids, face à des arguments assez fallacieux qui remettent en cause l’urgence (Trump pense que le problème ne se pose pas avant 100 à 200 ans) et les causes (il a tendance à imputer le changement climatique aux Chinois).

La nouvelle donne américaine, rend le défi de la COP 22 et de celles à venir, encore plus ambitieux et important que jamais. Il s’agit de tout mettre en œuvre pour limiter à 2°C maximum le réchauffement climatique… et donc de préserver la vie humaine sur notre planète. Rappelons que le mois de juillet dernier a été reconnu par les experts comme le mois le plus chaud de l’histoire depuis le début du relevé des températures en 1880… et se profile déjà un bien triste record…, celui de voir 2016 battre de nouveaux records de chaleur après ceux déjà battus en 2015 et en 2014, tandis que pour la première fois, la concentration annuelle moyenne de CO2 dans l’atmosphère mesurée à la station de Mauna Loa (Hawaï) a franchi le cap symbolique des 400 ppm (parties par millions).

Einstein disait "nous ne pouvons pas résoudre les problèmes au niveau de conscience auquel ils ont été créés".

Saurons-nous trouver le niveau de conscience qui nous permettra construire le "monde dans lequel non seulement nous aurons envie de vivre" (pour reprendre une des questions de Jean Tirole) "mais un monde dans lequel il sera encore possible de vivre ?" telles seront les réflexions qui sous-tendent aux discussions de Marrakech sur le climat.

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