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Le crowdfunding : l'avenir du capitalisme ? Presque...
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Le Nettoyeur

Le crowdfunding : l'avenir du capitalisme ? Presque...

Grâce aux plateformes de crowdfunding, ces dispositifs de financement participatif, les particuliers peuvent se muer en mécènes ou en banquiers. Et ça marche : en 2013, 78 millions d'euros ont été collectés en France, selon l'association Financement participatif France.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Une des tendances les plus intéressantes, non seulement du Web mais de la vie économique en général, est le crowdfunding, c'est-à-dire l'ouverture du financement de nombreuses activités à tout un chacun. Le crowdfunding est-il un gadget ou un nouveau capitalisme ? Evidemment, ce n'est ni l'un ni l'autre. Mais c'est beaucoup, beaucoup plus qu'un gadget.

Il y a trois types de crowdfunding qui sont particulièrement intéressants.

Premièrement, il y a le crowdfunding de produits. C'est ce que permettent des plateformes comme KissKissBankBank. Si j'ai une idée d'un nouveau type de produit, je mets mon offre en ligne. Si ça plaît à assez de gens, ils le financent, je construis mon produit, et je suis lancé. Ce type de crowdfunding a de nombreux avantages. D'abord (évidemment) c'est une source de financement pour l'entreprise qui démarre, ce qui est essentiel : on peut avoir une bonne idée, si on ne peut pas la financer, on est nulle part. Permettre à une entreprise de financer par avance ses activités est une manne.

Ensuite, et on l'oublie trop, c'est un outil formidable de recherche de marché : on peut avoir une idée a priori intéressante, y a-t-il un marché ? Le crowdfunding permet de le faire. A la fin du XIXe siècle, lorsque les romans étaient vendus par correspondance, certains romanciers passaient une pub dans les journaux pour vendre un roman. S'ils recevaient assez de chèques, ils... écrivaient le roman. Sinon, ils remboursaient ceux qui avaient envoyé le chèque et essayaient un autre concept. Permettre de proposer un “concept” à la foule avant d'avoir à produire et vendre le produit est un excellent outil de recherche de marché.

Enfin et surtout, le crowdfunding permet de dépasser les fourches caudines des autorités, qu'elles soient publiques ou de marché. Un des thèmes auxquels je reviens toujours est que l'économie est un mécanisme de transmission d'information et que, toutes choses égales par ailleurs, plus ce mécanisme est décentralisé, mieux il fonctionne. Le crowdfunding le prouve. Ca fait plus de vingt ans que les geeks fantasment sur des montres interactives et des viseurs de réalité virtuelle pour jouer aux jeux vidéos. Mais les grandes entreprises qui dominaient la création des produits de grande consommation pensaient qu'il n'y avait pas de marché. Le crowdfunding a prouvé le contraire : ces produits sont aujourd'hui réalité. Une grande entreprise est un système plus décentralisé que l'Etat mais toujours trop centralisé. Plus de décentralisation des décisions économiques mène à plus de création de valeur.

Ensuite, il y a le crowdfunding du financement en capital. Le paradoxe ici est que le crowdfunding de l'investissement en capital existe depuis de nombreux siècles : ça s'appelle la Bourse. C'est ça, un marché boursier : le crowdfunding en capital des entreprises. Chacun peut décider de participer aux opérations de financement des entreprises cotées, et cette opération de crowdfunding s'appelle un marché boursier.

Le problème est que, au fur et à mesure des décennies, dans un cercle vicieux auto-entretenu, l'augmentation de la réglementation financière et de la concentration des services financiers a grippé ce mécanisme boursier, ce qui fait que ce crowdfunding n'est presque plus disponible aux PME. J'ai déjà écrit que l'Etat pouvait, en retransformant les marchés financiers en mécanisme de financement des PME, relancer l'économie. S'il ne le fait pas, le crowdfunding le fera.

Enfin, et c'est peut être le plus révolutionnaire, il y a le crowdfunding bancaire. Autrement dit, le prêt en “peer to peer.” Si vous ou une entreprise a besoin d'argent, au lieu de vous adresser à une banque, vous vous adressez à une plateforme de financement. L'intérêt (sans mauvais jeu de mots) est multiple. Pour les prêteurs, c'est un nouveau type d'investissement, dont le rendement peut souvent être très intéressant. Pour les emprunteurs, ils peuvent trouver du financement qu'ils ne peuvent pas trouver ailleurs. Pour la santé du système, par une combinaison d'investissement personnel dans le prêt (c'est votre argent, pas celui d'un employé de banque qui, au final, se soucie moins de la qualité du prêt) et/ou d'approches de big data, on peut arriver à prêter mieux et de manière plus efficace. Pour la santé de la société en général, c'est potentiellement révolutionnaire : les banques sont des intermédiaires absolument fondamentaux dans le fonctionnement de l'économie, puisqu'ils répartissent le financement dans la société, mais chacun sait qu'ils ne fonctionnent pas assez bien. Si le crowdfunding peut le faire, toute la société y gagnerait.

Est-ce que le crowdfunding va complètement transformer le capitalisme ? Pas sûr. Mais est-ce que c'est une vraie tendance lourde qui peut vraiment changer la société ? Absolument.

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