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La Russie pourrait utiliser des armes nucléaires tactiques dans le cadre du conflit en Ukraine.
La Russie pourrait utiliser des armes nucléaires tactiques dans le cadre du conflit en Ukraine.
©GRIGORY DUKOR / POOL / AFP

Géopolitico Scanner

Le dramatique échec des accords de désarmement et de non-prolifération nucléaire sur fond de néo-guerre froide Occident-Russie et de chaos ukrainien...

La prolifération nucléaire reste aujourd’hui la plus grave menace pour la sécurité collective. Cette question est au coeur des tensions extrêmes autour de l'Ukraine entre les puissances de l'OTAN et la Russie de Vladimir Poutine. Un dérapage est de plus en plus possible entre les deux « blocs » dans le contexte de l'aide militaire croissante des pays occidentaux envers les forces ukrainiennes.

Alexandre Del Valle

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient dans des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan), La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) ou bien encore Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde (Editions de L'Artilleur). 

Son dernier ouvrage, coécrit avec Jacques Soppelsa, La mondialisation dangereuse, est paru en septembre 2021 aux Editions de l'Artilleur. 

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Notre chroniqueur Alexandre del Valle inaugure cette semaine un "feuilleton" d'articles qui expliquent l'historique et les causes du dramatique échec des négociations entre Russes et Etats-Unis depuis les années 2000 en matière de désarmement et d'accords de non-prolifération nucléaire. Un sujet abordé dans son ouvrage de géopolitique La mondialisation dangereuse, co-signé avec Jacques Soppelsa* et qui est d'une actualité brûlante en cette période de tensions extrêmes autour de l'Ukraine entre les puissances de l'OTAN et la Russie de Vladimir Poutine, sachant qu'un dérapage est de plus en plus possible entre les deux "blocs" dans le contexte de l'aide militaire croissante des pays occidentaux aux forces ukrainiennes, puis de la présence de nombreux officiers occidentaux sur le terrain auprès de l'armée ukrainienne et du gouvernement de M. Zelensky qui pousse l'Occident à devenir de plus en plus directement belligérant...

La rupture stratégique des années 2003-2005 et les fondements de la nouvelle guerre froide actuelle qui oppose l'Occident (pays de l'OTAN) à la Russie

Comme l’a noté justement l'ex-ambassadeur américain Michaël McFaul, pour évoluer vers une réelle alliance, la relation stratégique Occident-Russie, symbolisée par la fin de la Guerre froide en 1991 et le partenariat OTAN-Russie, aurait également dû revêtir un contenu intéressant pour le partenaire russe. A titre d’exemple, les Etats-Unis auraient pu appuyer l’adhésion de la Russie à l’OMC, ce qu'ils refusèrent jusqu'en 2012 ; établir une relation d’alliance plus formelle entre l’OTAN et la Russie; suspendre le boycott d’achat d’armes russes par les membres de l’OTAN ; contribuer au rapprochement entre l’UE et la Russie ; continuer à travailler sur la réduction des missiles balistiques ; acheter des armes russes pour les envoyer à l’Alliance du Nord en Afghanistan ; préciser l’attitude américaine sur la Tchétchénie, accépter la proposition russe d'intégrer l'OTAN en redéfinissant celle-ci ou la réformant face aux nouvelles menaces communes et non plus en maintenant son orientation exclusivement anti-russe dans une logique de traitement de la Russie considéré comme le vaincu à encercler et repousser , etc.

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Cependant, ainsi que le note le journaliste américain Peter Baker[1] dans son livre consacré à la politique étrangère de George W. Bush, la Maison-Blanche manqua largement cette opportunité en raison d’une stratégie incohérente, imprévisible, arrogante, néo-impériale et en fin de compte compte dangereuse car elle n'a abouti qu'à radicaliser la Russie de Poutine en la convainquant qu'elle serait toujours vue comme l'ennemi absolu. Au début de son premier mandat, Bush s’était pourtant certes fixé comme objectif de garder la Russie dans le camp occidental afin d’éviter un rapprochement avec la Chine, mais vers 2003 – 2004, la doctrine Bush évolua vers l’engagement (néo-conservateur) d’en finir avec la tyrannie et les Etats voyous (rogue States) partout dans le monde, et les néo-cons ainsi que le lobby militaro-industriel américain exercèrent des pressions si fortes qu'ils parvinrent à pousser la Maison-Blanche à rompre tous les accords informels des années 1990 (entre Bush père, James Baker; Helmut Khol, Michaël Gorbatchev, notamment) de non-extension de l'OTAN et de ses missiles et anti-missiles vers l'Est et de non-nuisance réciproque, ceci dans le cadre d'une stratégie d'extension vers l'Est visant à réduire la profondeur stratégique russe au détriment de son "étranger proche" et à vendre massivement des armes aux nouveaux pays-membres de l'OTAN dans une logique d'alimentation de la machine industrielle militaire américaine, quitte à risquer de refaire de l'Europe un théâtre de guerre et à risquer de relancer une dangereuse course à l'armement au détriment de tous les traités de désarmement et de non-prolifération.  Un immense gâchis stratégique qui se paie très cher aujourd'hui puisque l'OTAN et la Russie sont au bord du conflit direct autour de l'abcès de fixation ukrainien.

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Du point de vue (juste ou faux, peu importe), la Russie a vu sans surprise cette nouvelle approche américaine d'encerclement et de non-coopération un objectif existentiellement hostile visant, à terme, à créer les conditions d'un changement de régime à Moscou. Or, c’est à ce moment-là, au milieu des années 2000 - qui correspondait aussi à l’intervention anglo-américaine en Irak - que Vladimir Poutine commença précisément à recentrer son pouvoir, à cesser de se montrer ouvert à une libéralisation appuyée depuis l’extérieur et à considérer de nouveau les Etats-Unis comme menaçants. Une nouvelle approche, plus confrontationnelle, émergea ainsi entre 2004 (révolution orange), et 2008, lorsque George W. Bush intensifia le soutien américain à l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN. En bref, par cette provocation, en tout cas ressentie comme telle par Moscou, le Président américain rata complètement cette occasion historique.

Les relations russo-américaines se dégradèrent donc continuellement et rapidement à partir de 2003, après trois années de lune de miel pourtant porteuses d’espoir. Apparemment, ces relations demeuraient hantées par l’esprit de la guerre froide, pendant laquelle l’Union soviétique était perçue comme l’empire du mal représentant une menace mortelle pour la civilisation occidentale et pour le monde. En 2000, Condoleezza Rice notait ainsi que « les Etats-Unis ont eu beaucoup de difficultés à s’adapter au monde d’après-la-guerre-froide et à concevoir une nouvelle grande stratégie pour remplacer l’endiguement de la menace soviétique »[2]. La guerre d’Irak (mars 2003) provoqua une réelle rupture stratégique entre la Russie et les Etats-Unis. Devenu plus européen, en février 2003, Vladimir Poutine se rendit à Berlin et à Paris, capitales qui s’étaient fortement opposées à l’intervention militaire américaine en Irak. L’opposition des deux poids-lourds européens à l’approche hégémonique américaine poussa le Président russe à épouser des concepts gaullistes : le monde multipolaire et la lutte contre l’hégémonie, prises de positions autant idéologiques pragmatiques car la guerre d’Irak permit de s’opposer à la superpuissance occidentale en s’alliant à d’autres puissances occidentales. Moscou décidait ainsi de mettre en péril sa relation avec les Etats-Unis dans l’espoir de la compenser par le rapprochement avec l’Union européenne, mais cette dernière ne voulut jamais réellement poursuivre ce rapprochement dès lors qu’il n’était plus souhaité par Washington et par la direction de l’OTAN, véritable pilote des orientations stratégiques de l'UE.

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La guerre d’Irak influença non seulement la relation russo-américaine mais fit également changer radicalement la vision que Moscou avait de l’ordre international. L’impunité des Etats-Unis fit croire aux Russes que les plus forts pouvaient faire ce qu’ils voulaient sur la scène internationale. Tout ce qui s’est passé depuis lors, y compris le flirt avec les islamistes pendant le Printemps arabe, la politique américaine en Libye et l’action des Etats-Unis en Syrie, prouve que la dernière superpuissance mène une stratégie excessive. Il est vrai que les chaos irakien, libyen et syrien, consécutifs aux interventions militaires ou diplomatiques américano-occidentales, en ont fait la démonstration de façon apocalyptique. En 2004, le soutien américain à la révolution orange élargit encore un peu plus les divergences entre les deux pays, tandis que le soutien des Etats-Unis à l’indépendance du Kosovo en 2008 sembla rendre la rupture russo-américaine irréversible.

Après l'élargissement de l'OTAN à de nombreux pays de l'est devenus aussi membres de l'Union européenne, l'UE devint de facto de plus en plus une entité atlantiste sous la domination des intérêts américains. On assista à la reconstitution d'un impressionnant potentiel militaire en Pologne, qui se prépare quasi ouvertement depuis la crise ukrainienne à une guerre potentielle contre la Russie. D’autres nouveaux membres de l’Alliance (Pays baltes, Bulgarie, Roumanie) se sont placés quant à eux sous le parapluie de l’OTAN qui y a ouvert depuis 2006 des bases aériennes notamment (Bezmer et Graf Ignatievo), puis un polygone militaire (Novo Selo). Les patrouilles d’avions militaires de l’OTAN survolent désormais très régulièrement l’espace aérien des pays baltes en proximité immédiate des frontières russes, en raison de l’absence d’aviation militaire dans ces pays.

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Aujourd’hui, on ne peut que constater l’état déplorable des relations entre les deux pays. Dans ce contexte, les critiques américaines concernant l’état de la démocratie en Russie se sont multipliées, mais jamais réellement envers des régimes autoritaires islamistes comme le Qatar, l'Arabie saoudite, ou le Pakistan, parrains du jihadisme. Une contradiction qui fonctionne comme un aveu stratégique des vrais objectifs des Etats-Unis en "Eurasie", où la priorité anglo-saxonne a toujours été d'empêcher le Heartland russe d'accéder à l'Ouest et aux mers chaudes (Mer Noire, Méditerranée, Golfe arabo-persique, Océan indien, etc), d'où les stratégies du "néo-containment" et du "roll-back".

Vladimir Poutine n’a jamais accepté le projet américain de déployer en Europe centrale et orientale un système de défense antimissile, au même titre que l'ingérence occidentale en Ukraine. Il a toujours répondu fermement en assurant que si les États-Unis sortent du traité ABM, la Russie sortira du système d’accords de limitation et de maîtrise des armements stratégiques, classiques, voire tactiques, et engagera une politique indépendante en matière de dissuasion nucléaire. D'après de nombreux stratèges polonais, baltes ou anglo-saxons, Vladimir Poutine aurait donc comme objectif proche d’envahir, après l'Ukraine, les pays baltes qui abritent d’importantes communautés russophones dans l'intention de contrer l’encerclement atlantico-étatsunien, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et leurs alliés baltes et polonais ne cessant de diffuser encore plus sérieusement ce type de scénarios apocalyptiques concernant la menace russe.

En 2020, neuf États-Nations possèdent l’arme nucléaire, avec un poids certes variable, même si l'important ici n'est pas quantitatif, mais tout simplement d’en disposer ou non ("pouvoir égalisateur de l'atôme", dixit Gallois). L'ordre des puissances nucléaires est grosso modo le suivant:

-1) Leader incontesté en matière de nucléaire militaire, les États-Unis possèdent environ 5800 ogives nucléaires à ce jour[3] (dont 2 300 « en attente de démantèlement ») après en avoir eu plus de 25 000 pendant la guerre froide, avec un budget pour la recherche et le maintien de leur arsenal nucléaire de 35,4 milliards de dollars en 2019, soit une augmentation de 20% par rapport à 2018. Leur arsenal est actuellement déployé sur 19 bases, dont 5 dans des pays européens membres de l'OTAN (l'Allemagne, la Turquie, l'Italie, la Belgique et les Pays-Bas) et composé d'une centaine d'appareils aériens, de 450 missiles intercontinentaux et une composante sous-marine (deux cinquièmes de la force de frappe US) de 14 SNLE et 50 sous-marins lance-missiles de croisière.

 2) La Russie possède 6 372 ogives pour un peu moins de 400 missiles intercontinentaux[4] avec 78 bombardiers et 13 SNLE patrouillant dans le Pacifique Nord, au large du Japon, dans l'océan Arctique et au Sud. Mais l'autre fer de lance de la puissance de la Russie demeure ses forces nucléaires tactiques pour l'essentiel implantées sur les frontières des ex-Démocraties Populaires, face à l'Otan, et sur la rive de l'Amour, face à son voisin chinois.

3) Le Royaume-Uni dispose aujourd'hui de 195 ogives, dont 4 SNLE armés de Trident. Depuis 1992, tout en confirmant son engagement à n'utiliser l'arme atomique qu'en riposte à une attaque nucléaire, le Royaume-Uni a abandonné sa composante aérienne et n'a donc plus que sa force sous-marine. Autre originalité de la Grande-Bretagne, eu égard à la genèse de ses forces nucléaires: le principe de "double clef", qui suppose l'autorisation préalable de Washington quant à l'utilisation en seconde frappe de ses forces. Plus qu'un symbole, les missiles britanniques sont aujourd'hui stockés dans la base américaine de Kings Bay, en Géorgie.

4) La France, troisième puissance nucléaire du globe, dispose de 290 ogives. Sa force de dissuasion repose sur deux composantes, ses forces aériennes (Mirages, Rafale) et ses forces sous-marines, notamment six SNA, progressivement remplacés via la politique de modernisation des sous-marins d'attaque, et quatre SNLE dotés chacun de seize missiles.

5) La Chine dispose aujourd'hui de 320 ogives nucléaires, 140 missiles balistiques; et sa composante marine, qui était il y a peu dérisoire (un seul SNLE équipé de douze missiles il y a dix ans), est maintenant de six SNLE de la classe 094 (certaines sources donnent 4 SNLE équipés de 12 Ju Lang-2 (OPEX) et deux autres pas encore opérationnels), armés de douze missiles JL-2. Deux nouveaux sous-marins SNLE viennent d'être construits et, d'ici 2030, Pékin va se doter d’un nombre de SNLE permettant une présence simultanée de deux à trois sous-marins en mer, Pékin devant armer un total incompressible de quatre à six lots de missiles (pour tenir compte des rotations et de la maintenance), pour un total de 6 à 8 SNLE, ce qui est logique eu égard à l'importance des façades littorales du pays et de sa vocation potentielle à s'implanter dans le Pacifique.

6) L'Inde recenserait 150 ogives, une capacité de frappe potentielle suffisante pour dissuader la Chine et, a fortiori, le Pakistan. New Dehli dispose aussi d'une petite composante sous-marine, 4 SNA prévus, 3 construits et un opérationnel, grâce à son partenariat avec Moscou. L'Inde est le seul État avec la Chine, parmi les puissances nucléaires historiques, à poursuivre un programme de construction de SNLE.

7) Le Pakistan possède 160 ogives nucléaires, des missiles à moyenne portée, dans le cadre de sa coopération militaire avec les États-Unis, dont un missile de croisière (le Tigre). Le Pakistan possède ainsi des forces nucléaires susceptibles de dissuader un adversaire potentiel, et donc incontournables dans les relations qu'il entretient avec ses voisins indien et chinois.

8) Israël a longtemps disposé d'un arsenal nucléaire caché, pour des raisons politiques évidentes. L’Etat hébreu disposerait d'une centaine de missiles balistiques, rendant parfaitement crédible une riposte, voire une frappe préventive, en cas d'agression d'un ennemi potentiel comme l'Iran. En outre, Tel Aviv s'est doté depuis quinze ans d'une flottille de 6 SNA Dolphin qui font d'Israël une puissance navale non négligeable au cœur de la Méditerranée.

9) La Corée du Nord a procédé, le 9 octobre 2006, à son premier tir, à la stupéfaction de maints États de la planète y compris de son allié chinois, puis à d'autres en mars 2009, en mai 2013, en janvier 2016, en 23 avril 2016 (tir d'un missile depuis un sous-marin), en septembre 2017, et en août 2019. Tout cela en dépit de la multiplication des sanctions économiques décidées par la communauté internationale. L'Etat nord-coréen disposerait actuellement de 35 ogives. D'autres sources estimaient en 2016, l’arsenal nord-coréen était entre 10 et 16 bombes atomiques, mais ce chiffre pourrait vite monter à 20 à 30 unités d'ici 2020.

10) Pays dit "du seuil", l'Iran des Mollahs risque de devenir dans un avenir assez proche le prochain pays doté du feu nucléaire, dans le cas où les Etats-Unis et Israël se refuseraient à intervenir militairement pour empêcher ce scénario désormais inexorable étant donnée l'inefficacité des sanctions imposées depuis des années à la République islamique iranienne.

La non-prolifération nucléaire en question, un dramatique et périlleux échec global...

La prolifération nucléaire reste aujourd’hui la plus grave menace pour la sécurité collective, car étant donné le nombre de nations ayant ou pouvant avoir l’arme atomique, aucun État ou institution internationale à l’heure actuelle n’est en mesure de faire accepter ses décisions ou de faire respecter les traités de non-prolifération.

A l'heure de la disparition de l'Union soviétique, et donc du système bipolaire, la Commission des Nations Unies consacrée à cette question considérait officiellement qu' « une bonne douzaine d'États disposaient de la capacité de fabriquer la bombe atomique », ils sont aujourd’hui le double! Figurent dans cette liste des puissances d'Europe occidentale, comme la Belgique, l’Allemagne, l’Italie, le Danemark, la Suède, la Finlande, la Norvège ou l’Espagne, qui maîtrisent la technologie mais qui, pour de raisons diverses, refusent de s'y engager. D’autres pays n’ont pas besoin actuellement de la développer car ils bénéficient de la protection du parapluie américain, à l'image du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle Zélande ou du Japon. Mais d’autres, comme l’Iran, par exemple, les pays moyen-orientaux ou certains pays asiatiques, essayent actuellement ou pourraient essayer à l’avenir de l’obtenir. Le Japon et la Corée du Sud pourraient être tentés d’acquérir à leur tour l’arme nucléaire face à l'hégémonie militaire croissante de la Chine et face au pouvoir de nuisance de la Corée du Nord.

La course au nucléaire est par conséquent loin d’être terminée: en 2019, les neuf pays disposant de l’arme nucléaire ont dépensé 66,5 milliards d’euros pour cette technologie (10% de plus qu’en 2018). Aujourd’hui encore, les armes nucléaires peuvent constituer une grave menace pour la paix et la sécurité internationale, car les armes nucléaires sont des armes de destruction massive dont les conséquences de leur utilisation peuvent non seulement faire des dégâts (humain et matériel) incommensurables, mais aussi remettre en cause la survie même de l’humanité. Le Traité sur la non-prolifération (TNP) est plus que jamais menacé (infra) et sa crédibilité est réduite depuis l’obtention de l’arme nucléaire par le Pakistan, l’Inde et surtout la Corée du Nord.           

Le cauchemar du "terrorisme nucléaire"

En plus de comporter un fort risque de déstabilisation de l’ordre géopolitique mondial, la prolifération nucléaire comporte également aujourd'hui le risque que des organisations terroristes obtiennent un jour des armes nucléaires, certes rudimentaires, mais au potentiel dévastateur sans précédent. Il y a actuellement deux régions dans lesquelles le risque de prolifération est élevé : le Moyen-Orient et l’Asie du Nord-Est, principalement dû au contexte régional complexe et à la multiplicité des acteurs. Certes, la construction d’une arme nucléaire et son utilisation sont très difficilement accessibles à des groupes terroristes. Toutefois, ceux-ci pourraient s’en procurer soit en l’achetant à un Etat - peu probable - soit en prenant le pouvoir dans un pays qui la possède, soit en fabriquant des bombes sales après avoir acheté de la matière fissile auprès d'États ex-soviétiques ou trafiquants de ces pays ayant accédé à des stocks. Des armes atomiques du pauvre seront de plus en plus faciles à fabriquer à l’avenir en raison du nombre très élevé de sources radioactives et des contrôles beaucoup trop légers (peu de réglementation sur les vieux stocks de déchets radioactifs). Un rapport d'information du Sénat estime "à plusieurs milliers le nombre de sources radioactives dites 'orphelines', perdues, abandonnées ou volées, dont certaines peuvent présenter un risque important pour la sécurité. » Un autre point sensible à l’avenir concerne le développement accéléré des nouvelles technologies (notamment le cyber) qui rend encore plus incertains et fragiles les systèmes de sécurisation de ces armes.

* La mondialisation dangereuse, vers le déclassement de l'Occident, L'Artilleur, 2021, co-signé avec l'ex-président de la Sorbonne et géopolitologue Jacques Soppelsa.

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[1] Peter Baker, Days of Fire: Bush and Cheney in the White House, Hardcover, Anchor, 2013.

[2] Condoleezza Rice, "Campaign 2000: Promoting the National Interest", Foreign Affairs, janvier 2000.

[3] “Status of World Nuclear Forces”, Federation of American Scientist, septembre 2020

[4] Rapport d’information du Sénat : « Désarmement, non-prolifération nucléaires et sécurité de la France - L'évolution de l'arsenal nucléaire russe », 19 janvier 2021

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