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La Californie menacée par une version géante d’El Niño
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Atlantico Green

La Californie menacée par une version géante d’El Niño

Selon le service de prévisions météorologiques et climatiques américain, une version extrêmement puissante du phénomène météorologique El Niño, un courant saisonnier chaud au large des côtés, pourrait toucher la Californie dès le début de l'hiver. Un phénomène qui s'accompagne de nombreuses anomalies climatiques.

Serge Planton

Serge Planton

Serge Planton est ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts à Météo-France et responsable du groupe de recherche climatique au Centre National de Recherches Météorologiques. 

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Atlantico : Qu'est-ce que le phénomène El Nino ? Comment fonctionne-t-il ? 

Serge Planton : A l’origine, il s’agit du nom donné par les pêcheurs péruviens à un courant saisonnier chaud au large de leurs côtes associé à une pêche moins abondante."El Niño", cela signifie pour eux l’enfant Jésus parce que le phénomène se produit aux environs de Noël. Mais le nom a ensuite été réservé aux épisodes les plus chauds se produisant tous les 2 à 7 ans, années au cours desquelles non seulement les rendements de pêche s’effondrent, mais où des perturbations climatiques affectent tout le Pacifique tropical et même d’autres régions réparties sur toute la planète.

Dans les conditions normales, les vents alizés soufflent de l’Est vers l’Ouest en entraînant avec eux les eaux de surface océanique. Il en résulte une remontée d’eaux profondes plus froides au large des côtes du Pérou pour compenser le transport de l’eau vers l’Ouest. Cela explique les eaux plus chaudes à l’Ouest du bassin Pacifique tropical, favorables au déclenchement des précipitations notamment au-dessus de l’Indonésie. Dans les conditions d’un épisode El Niño, tout s’inverse. Les alizés s’affaiblissent et peuvent même souffler vers l’est dans la partie ouest du bassin. Les courants de surface s’écoulent alors vers l’est entraînant avec eux les eaux plus chaudes et les précipitations vers le centre et l’est du bassin. Autre conséquence au large du Pérou, les eaux profondes riches en nutritifs ne remontent plus vers la surface ce qui entraîne l’effondrement des rendements de pêche. Ces anomalies culminent vers la fin de l’année mais peuvent se maintenir pendant environ 9 mois.

Quels sont les risques pour les populations que ce phénomène pourrait potentiellement toucher ? 

Les risques pour les populations sont directement liés aux anomalies climatiques qui accompagnent le phénomène. Pour l’Indonésie, l’est de l’Australie ou la Nouvelle Calédonie, il s’agit de sécheresses qui affectent la production agricole et augmentent le risque d’incendies. Les incendies indonésiens ont été particulièrement importants au cours des mois de septembre à novembre 1997, l’année d’un des épisodes El Niño record du XXe siècle. Pour la partie est du Pacifique, et en particulier les régions côtières péruviennes ou de l’Equateur, ce sont au contraire les pluies diluviennes qui sont à l’origine de catastrophes naturelles comme des glissements de terrain. Le phénomène s’accompagne aussi d’une modification du risque cyclonique avec des trajectoires inhabituelles qui peuvent dans certains cas extrêmes s’approcher de la Polynésie française comme cela a été le cas en 1982, une autre année record pour le phénomène.

Mais les populations vivant dans ces îles du Pacifique ou dans ces régions continentales qui l’entourent ne sont pas les seules à être affectées par les risques climatiques liés à ces épisodes. Les études statistiques ont montré que d’autres régions tropicales pouvaient subir des sécheresses importantes comme l’Afrique du Sud ou le Nordeste brésilien. A l’inverse, ces années-là, des pluies intenses touchent notamment certaines régions d’Afrique de l’Est. Des régions des moyennes et hautes latitudes comme l’Alaska, le Québec ou le Japon peuvent elles connaître des hivers particulièrement doux. Les conséquences humaines et économiques d’El Niño peuvent donc être considérables.

Ce type de phénomène peut-il être amener à prendre de l'ampleur ? Et à se multiplier en nombre ? 

Les scientifiques ont pu reconstituer la température de surface de certaines régions de l’océan Pacifique tropical à partir de l’analyse de coraux. Ils ont ainsi pu constater que le phénomène était bien présent il y a plusieurs milliers d’années et qu’il a fortement varié en fréquence et en intensité à des échelles de temps de quelques dizaines à quelques centaines d’années. Ainsi, même si la fréquence d’El Niño a été plus importante au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, la variabilité naturelle du phénomène ne permet pas d’attribuer ce changement de fréquence à un effet des activités humaines. 

Pour le futur, les changements d’ampleur et de nombre des épisodes sont très incertains. Le dernier rapport du GIEC conclut simplement que le phénomène El Niño, et son pendant La Niña qui correspond à l’amplification des conditions "normales", resteront au XXIe siècle les phénomènes dominants de la variabilité naturelle du climat à l’échelle interannuelle. Mais il conclut aussi que les précipitations associées à ces épisodes seront probablement plus intenses dans les différentes régions de la planète concernées.

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